Stétho, Marmots, Dodo et autres petits bobos...

23 octobre 2014

Chroniques de là bas #6 : quand l'appétit va tout va

Première rencontre avec le médecin du dispensaire. Il va quitter le centre hospitalier car il n'est pas d'accord avec le système qui fait qu'une personne qui n'a plus l'argent nécessaire est obligée d'arrêter son traitement. Il veut instaurer un système de forfait je crois.
 

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Ce matin j'étais à l'hôpital pour suivre la visite du Dr Y. en pédiatrie.

Bien sûr, les chambres individuelles n'existent pas. De 4 à 10 paillasses dans chaque pièce. Qui dit hospitalisation des enfants, dit également hébergement des mamans, qui ont parfois d'autres enfants. Nous disons donc 4 paillasses, 2 étagères, 1 ventilateur, 4 mamans, 6 enfants dont 4 malades, et les tapis sur lesquels dorment les mamans. Et les visiteurs.

Scènes de vie, tranches de misère.

- Cette femme est séropositive, elle a choisi l'allaitement artificiel pour ne pas contaminer son bébé, mais son bébé ne grandit pas depuis 5 mois, elle n'a pas assez d'argent pour lui acheter à manger, parce que son mari est mort, et la belle-famille lui a tout pris.

- Cette femme a 19 ans. Elle n'a pas eu le droit de sortir pendant sa jeunesse par peur du SIDA. Puis elle a été donnée à un homme qui avait déjà une femme. Il est séropositif. Maintenant elle est séropositive et son bébé aussi.

- Cet enfant est déshydraté. On a dit à sa mère de lui donner à boire, elle ne l'a pas fait. Elle veut des solutés pour son enfant mais elle n'a pas l'argent pour payer. Pour les gens l'eau n'est pas un médicament.

- Cette femme a la jambe toute gonflée, elle a une nécrose osseuse. Cela fait des mois. Si elle était venue plus tôt, ça aurait été moins grave, ça aurait couté moins cher et elle était sûre de guérir. Mais les gens ne veulent pas aller à l'hôpital parce qu'il faut payer. Du coup maintenant il faut qu'elle se fasse opérer, ça va lui coûter encore plus cher et elle n'est pas sûre de guérir.

- Nous retrouvons sa gamine un peu plus loin, squelettique, sous oxygène.

Y. s'énerve. Qui sont ces maris ? A quoi servent-ils pour laisser leurs femmes et leurs enfants finir dans cet état ?

- Cet enfant a 1 an. A vue d'oeil il pèse 4kg. Un squelette minuscule, une petit tas d'os, recouvert d'une peau trop grande, le tout attaché à une grosse tête bandée, avec de grands yeux qui n'ont plus la force d'être expressifs.

 

Là, si j'avais pu, j'aurais inséré une photo d'un gamin squelettique avec un Kwashiorkor et des mouches dans les yeux. L'image qu'on voit un peu partout et qui vend bien l'humanitaire.

J'ai l'impression qu'en voulant décrire ce que j'ai vraiment ressenti, je suis tombée à fond dans le cliché. Mais ce voyage était une plongée dans les clichés. C'était tout ça. C'était des gamins cachectiques portées par des femmes en boubou colorés. C'était la misère et la famine. C'était l'une des régions les plus pauvres et les plus désertiques du pays. C'était comme à la télé. C'est peut être ça qui m'a le plus surpris. Je voulais voir comment c'était en vrai, ben en vrai, c'est vraiment ça.

 

La plupart des gamins sont là pour dénutrition, ou parce qu'ils n'ont pas l'argent pour acheter les médicaments. Parfois Y., énervé d'être si impuissant, paye lui-même les médicaments ou les tri-thérapies. Parfois aussi, quelque occidental de passage compatit et paye pour le traitement de quelqu'un.

J'admire le Dr Y. Après avoir fait toutes ses études en France, il aurait pu y rester et avoir un bon salaire. Mais ici c'est son pays et il est plus utile ici. Et c'est incroyable de voir avec quelle impuissance et avec quelle rage il se bat encore et toujours, tous les jours, depuis des années. On pourrait penser qu'au bout d'un moment on se blase, on baisse les bras. Pas lui. Il dit que pour être médecin ici, il faut vraiment avoir la vocation et être fort.

Avant, avec l'aide de différentes assos, il arrivait à tenir un stock de médicaments qu'il revendait au prix d'achat.Avec l'argent, il rachetait d'autres médicaments. C'était un service social, ça revenait moins cher aux gens. Mais on leur a dit que c'était illégal, on pensait qu'ils se faisaient du bénéfice dessus. Depuis Y. est obligé de donner les médicaments, et ne peut maintenir son stock que grâce aux dons, dont les nôtres. C'est pourquoi pour son dispensaire il veut instaurer un forfait hébergement + Nourriture + médicaments que les patients payeront à leur arrivée.

 

Le dispensaire sur lequel nous travaillions à l'époque, à lessiver puis vernir les murs, a effectivement ouvert ses portes dans les mois qui ont suivi, prenant en charge les enfants souffrant de malnutrition, avec des consultations à prix réduits, et un forfait hospitalier unique quelque soit les traitements ou examens faits. Il fonctionne toujours avec l'aide de nombreuses associations françaises entre autre. Nous n'avons qu'apporté une petite pierre à l'édifice. Mais une pierre quand même.

 

Je les admire de continuer à se battre alors que tout se ferme toujours devant eux, que les obstacles se dressent les uns après les autres.

Si tous les médecins pouvaient garder la même mentalité : ça ne sert à rien d'être payé si on n'arrive pas à sauver des vies, si les gens meurent. Les gens qui l'acceptent n'ont pas de consience. C'est une mentalité que l'on a presque tous étudiants mais que beaucoup perdent...

 

STOOOOOP

 

HEU...

 

Alors ouais, j'ai écrit ça. Je me suis un peu étranglée avec ma salive en me relisant quand même. Mais ça m'a permis de réfléchir à ma vision de mon métier, et son évolution.

C'est mignon de me lire, et cette mentalité, je ne dirais pas que je l'ai perdue. Mais... mais celle qui a écrit ça ne connaissait ni la vie ni le métier, encore.

C'est mignon, mais ce n'est pas vraiment réaliste. Si je ne devais être payée que quand je sauve des vies, autant dire qu'avec ma spécialisation en rhumes et bouchons d'oreille, je serais rapidement à la rue. [Aparté avant qu'on ne me fasse la remarque : évidement que j'ai un peu plus de considération pour ma spécialité que ça hein] Oh j'ai ptet déjà sauvé une vie. J'espère. Je sais pas en fait. J'ai aidé des gens en tous cas.

J'ai pris en charge des gens mourant, aussi. Et je n'ai pas cherché à les sauver, juste à les accompagner vers la mort, pare que c'est ça aussi mon boulot. Alors si "ça ne sert à rien d'être payé si les gens meurent"... bon.

Je n'ai jamais refusé de soigner quelqu'un qui ne pouvait pas payer, mais je considère aussi que j'ai le droit d'être payée pour mon boulot. Là je pourrais partir sur des discussions beaucoup plus longues sur le rapport des médecins à l'argent, le rapport des médecins aux patients sur l'argent et inversement, le rapport de la société à l'argent supposé gagné des médecins-ces-nantis. Bon je pourrais m'auto troller sur rue89 en disant que quand même nous en France on n'a pas la vocation et on fait ça pour le fric alors que lui... Je pourrais.

C'est faux bien sûr, mais il n'empêche que niveau sacerdoce, lui il se pose là. Et je ne suis effectivement pas sûre qu'en vieillissant, et en travaillant dans les mêmes conditions que lui j'aurais gardé cette volonté. Je l'espère et je me plais à le croire (comme je me plais à croire que je suis l'alter ego de Lara Croft) mais au fond, je n'en sais vraiment rien.

 

 

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20 octobre 2014

Chroniques de là-bas #5 : tranches de vie quotidienne

Toujours les mêmes paysages dans les rues, des enfants qui saluent ou viennent toucher nos mains. Ils n'ont souvent qu'une chemise, un vieux T shirt, des vieilles robes démodées pour les filles. Les cheveux des filles sont toujours bien coiffés, des tresses, des torsades.

 

Il y a des animaux plein les rues. Des chèvres, des poules, de temps en temps une vache attachée à un arbre, ou un âne. L'âne est le second moyen de transport national. On peut voir des gamins juchés sur des charrettes.

 

charrette

 

Un ami m'a dit « Alors ça te surprend ? C'est pas comme tu l'imaginais ? »

Au contraire, ça me surprend, ça m'étonne, ça me choque parfois, parce que c'est justement comme je l'imaginais. C'est les petits villages pauvres, c'est la ville dont les rues ne sont pas goudronnées, à part une ou deux. D'ailleurs, on habite « vers le goudron » ou « à gauche après le goudron »... c'est les femmes en boubou, avec les gamins dormant dans le dos, et leurs paniers sur la tête.

Le marché couvert, ou plutôt fermé, est constitué d'une succession de petites boutiques en dur : du tissu, des chaussures, tout en fait, on peut y trouver des médicaments même.

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Le marché des femmes, un peu plus loin, est l'endroit où l'on achète la nourriture. Chacune a sa petite parcelle avec son gamin, ses quelques fruits et les mouches qui vont avec.

Au fur et à mesure on apprend le marchandage, tout se négocie. Nous avons nos marchands habituels : ils nous font des prix, des petits cadeaux. En échange on s'engage à revenir. On peut trouver de tout sur le marché, même du tissu et des tailleurs. Un pantalon sur mesure nous revient à 3€.

 

Les gosses nous accompagnent, nous tiennent la main parfois, tout simplement fiers de marcher à côté de nous. Ils veulent nous toucher, on a l'impression de les bénir.

La ville est grouillante, des femmes au panier, des enfants, des mob partout.

 

Le maire est en train de goudronner les grands axes de la ville, mais la circulation n'est pas bloquée, ce qui ajoute au bordel ambiant.

 

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 On peut observer le ciel pour une fois. Les étoiles ne brillent pas très fort mais le ciel est beau. On se sent bien sous ce clair de lune.

 

La nuit, la ville devient une autre. Le brouhaha du jour s'efface petit à petit, laissant tout de même une trace dans la nuit. Quelques rires rappellent que des gens habitent toujours là, sinon la ville est plongée dans le noir. Un sentiment de tranquillité nous enveloppe, alors que la terre rouge rend toute la chaleur emmagasinée dans la journée. Les seules lumières sont celles des mob et des petits restos locaux. Il faut apprendre à se déplacer dans la pénombre.

 

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Le soir, le ciel nous a refait un beau spectacle. L'orage éclatait, à des dizaines de kilomètres, peut-être plus, mais sans bruit. Réunis sur le toit de la maison, bières à la main, nous regardions le ciel qui se fâchait en silence, mais en puissance. Les éclairs, invisibles derrières les nuages, éclairaient pourtant tout le ciel, nous laissant apercevoir furtivement les formes mouvantes des nuages. Feu d'artifice à l'horizon. Jeu d'ombre et de lumière, jeu de formes, ombres chinoises. Et au dessus de nous, les étoiles...

 

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 Nous sommes le 13 juillet. En France les gens font la fête en bas de chez moi et s'émerveillent devant le feu d'artifice. Environ 5000km plus au sud, une dizaine de blancs kiputés, en habits sales, regardent la pluie tomber en buvant des bières et en jouant aux cartes.

 

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Nous sommes dans une des plus grosses villes du pays, mais avec ses 2 malheureuses routes goudronnées elle garde une ambiance campagnarde. Les gens ne sont pas stressés, un « petit » marché local, et dès que l'on rentre dans la cour d'une petite maison, on se retrouve complètement isolé du reste de la ville, au calme, au milieu des poules.

En même temps, on est au milieu des poules dans la rue aussi.

 

J'aime la vie ici, malgré la chaleur. La région n'est pas touristique, n'offre pas les plus beaux paysages du pays ni le meilleur climat ; mais ici la vie est simple, on se sent chez nous, les gens nous sourient et nous saluent, simplement parce qu'ils sont heureux de nous voir chez eux et non pour essayer de nous vendre quelque chose à tout prix.

 

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Ce soir cinéma. Nous eumes droit à des bancs en ferraille avec dossier. Devant nous, des places moins chères, bancs en pierre, sans dossier. Derrière nous des places plus chères, chaises en fer individuelles avec dossiers et accoudoirs... en face de nous, pas d'écran. Un mur blanc.

Au dessus de nous, pas de toit, le ciel, toujours ce beau ciel.

Une bobine usée, qui a dû faire toutes les salles d'Europe avant de finir sa vie ici. Un son d'une qualité incroyablement mauvaise, mais un très bon moment.

 

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Pour le départ des premiers, nous organisons une soirée crêpes grâce aux œufs offerts par le chef du village, un peu de rhum déniché au maquis et c'est une vraie soirée de fête qui s'organise.

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18 octobre 2014

Chroniques de là-bas #4 : au village

Ce matin nous sommes allés dans le village où nous finissons de faire construire une école. Le directeur nous y emmène en mob. 47Km de piste, nos fesses s'en souviennent.

Il y a quelques années, il a été muté, à contre cœur, dans le village. Là il se rend compte que la seule chose que l'Etat a envoyé dans ce village, c'est lui. Aucune subvention, rien. Il décide alors que la première chose à faire, c'est d'avoir une vraie école, et non pas un bâtiment précaire avec un toit en paille qu'il faut reconstruire tous les ans.

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Il tape à toutes les portes pour construire son école, jusqu'à ce qu'il tombe sur nous. Cette année nous finissons de construire la dernière salle de classe.

Dans les villages les enfants sont encore plus timides. Les plus petits pleurent, les moyens fuient, les grands nous observent sans rien dire, même quand nous leur parlons.

Pour une année, un enfant doit payer 10 francs pour aller à l'école, sans compter les fournitures. C'est trop pour la plupart des enfants, surtout l'année dernière où il y a eu la sécheresse, et pas à manger. Nous finançons donc la construction, l'achat de matériel, et l'apport de fournitures scolaires dans la mesure du possible. Nous avons jumelé l'école avec une école française qui participe également.

 

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Il nous montre une concession, l'arbre à palabre. Je demande s'il y a une structure de santé dans le village. Non il n'y en a pas, le dispensaire le plus proche est à 3 km. Ce n'est pas très loin, et quelqu'un du village est plus ou moins formé pour les premiers secours. Le village est donc bien desservi par rapport à la moyenne.

 

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Nous allons passé la journée au village avec une asso locale. Tout le monde, soit une trentaine de personnes, entassé à l'arrière d'un camion avec tout le matériel, sur les pistes cahotantes. Durant les deux dernières semaines ils ont répété 2 petites pièces de théâtre de sensibilisation contre l'excision et le SIDA.

 

Cela me rappelle une discussion surprise entre quelques collègues et nos amis locaux, lors d'une soirée un peu arrosée...

« Quoi ? Tu fais pas le cuni ? Y'a pas que ta b***, faut penser au clitoris aussi !

- ah oui, mais elles n'ont plus ça ici. »

Ah. Oui. Hum.

 

 

Lors des pièces de théâtre j'observais les réactions du public avec attention. Les femmes ont rit et applaudit à la pièce contre l'excision. L'instituteur était ravi de leur réaction. Il nous explique que c'est toujours la coutume ici, et également que les fillettes sont promises vers l'âge de 6-7 ans. Il nous dit fièrement qu'il a fait en sorte qu'aucune fille de son école ne soit promise.

La pièce sur le SIDA a fait beaucoup rire. Trop rire ? Fallait-il traiter le sujet avec plus de sérieux ? Je ne sais pas, sachant que le public visé était plus ou moins absent. La population du village semble composée de vieux et d'enfants. Nous interrogeons l'instituteur. Où sont les jeunes de notre âge ?

 

Dans le pays voisin, à quarante kilomètres, ils partent 1 an ou 2 pour travailler et gagner un peu d'argent pour pouvoir rentrer, acheter un vélo et se marier, au village. Parfois ils ne rentrent pas. C'est la guerre là-bas.

 

Nous nous interrogeons sur le sens de la vie de ces gens. Se lever, cultiver pour pouvoir manger, se coucher. Faire des enfants. La plupart ne sortiront jamais de leur village, pas d'amour, pas d'envie.

 

(Erf je m'interroge régulièrement sur le sens de ma propre vie aussi. Et je me pose probablement beaucoup plus de questions existentielles à la con qu'eux, en fait. Et probablement que leur vie a beaucoup plus de sens que a nôtre pour beaucoup d'entre nous.)

 

Nous sommes vraiment immergés au plus profond de la culture africaine ; les pièces se jouent sous l'arbre à palabre ; en fond les femmes en boubou pilent le mil, petite musique régulière à 2, 3 ou 4 temps, les bébés dans le dos.

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Quelques vieillards osent s'approcher et nous touchent les cheveux en rigolant. Ils ne voulaient pas croire que c'était des vrais.

Nous passons la nuit là bas. Sensation unique et indescriptible d'être dans un autre monde, observer le ciel africain, où tout paraît beaucoup plus proche, soleil, lune ou étoile, à des dizaines de kilomètres de toute source d'électricité ou d'eau potable.

 

L’événement doit être exceptionnel pour le village. Une animation, des blancs qui viennent, un dancing le soir. Les gosses dansent. Nous arrivons pour danser à notre tour, un cercle se forment immédiatement autour de nous pour nous laisser danser. Nous sommes gênés mais rien n'y fait, notre public ne se mêlera pas à nous et restera statique.

 

Le village semble vraiment heureux de notre venue et nous remercie, surtout pour la construction de leur école. Même le chef du village, dont le visage ne trahit aucune émotion, tient à nous offrir un coq et des œufs.

 

Les femmes font une danse pour notre départ, nous sommes vraiment touchés.

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02 octobre 2014

Marre-mots #9

"- Oh maman t'as fait une surprise rigolote pour le repas !

- Eh oui, c'est parce que je suis une super-maman !

- Heu...

 

non, juste rigolote."

 

Okay.

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01 octobre 2014

Chroniques de là-bas #3 : un ami bien

Sortie sur le marché cet après midi pour acheter quelques fruits et de quoi faire un repas. Tous les fruits sont au soleil, du poisson séché aussi. Les mouches s'accumulent dessus, c'est guère engageant.

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Je suis arrivée depuis 2 jours, j'ai mal au ventre, envie de vomir.

Par chance, ma chambre est juste à côté des toilettes. Ma collègue me tend une bassine.

« Oh ça ira, je suis juste à côté des toilettes...
- heu oui, mais prend là quand même. »

Je n'insiste pas et pose la bassine au pied du matelas. Quand je me suis relevée dans un soubresaut au milieu de la nuit et que mes intestins se sont exprimés en même temps que mon estomac, j'ai eu un grand moment de solitude, mais j'ai compris pourquoi la bassine était toujours dans les toilettes.

 

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Sortie au « restaurant » ce soir. Une grande table en bois, 2 énormes marmites. Pâtes, riz, tho, sauce à la pâte d'arachide principalement. La vaisselle se fait sous nos yeux dans une bassine, à l'eau. Nous voulions manger du poulet. Il n'y a plus de poulet, ni de pintade. Ah ? Des crudités alors. Y'en n'a plus non plus. Bon vous avez quoi ? Ben, des frites. Bon ben 16 frites alors. On prend l'habitude, nos repas sont guère variés.

Soirée au dancing après. Quelques uns ne peuvent pas y aller. Malgré nos précautions, quelques parasitoses ont l'air bien installées.

 

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J'ouvre les yeux. Je jette un coup d'oeil à ma montre. 5h du matin.

Pourquoi est-ce que je me réveille ? Certes le soleil est déjà levé, à peine caché par le drap qui nous sert de volet, mais il m'en faut plus que ça d'habitude pour me faire émerger.

Je regarde au dessus de moi la moustiquaire mollement agitée par les rares souffles d'air. J'attrape mon appareil photo et je prend une photo. Je trouve ça romantique, j'ai l'impression de dormir dans un lit à baldaquin. Un baldaquin exotique, il manque un peu de clarinette et me voilà Out of Africa.

Alors qu'en fait il n'y a rien de romantique là. Autour de moi une dizaine d'autres personnes dorment sous leurs moustiquaires sur des matelas posés au sol. Le manque d'intimité nous oblige à porter des vêtements, alors que nous rêvons de dormir entièrement nus pour offrir au moindre recoin de peau la chance d'avoir un souffle d'air.

La douleur me tord soudain sur mon matelas. Ah, voilà pourquoi je me suis réveillée. J'essaie de calmer les spasmes de mon ventre et je jette un coup d'oeil dans le couloir, vers la porte des toilettes. Non rien de romantique, vraiment.

BORDEL il y a déjà 4 personnes qui attendent. A 5h du matin.

Dans notre petite communauté, le monde se divise en deux groupes : ceux qui ont une amibiase, et ceux qui ont une giardiase. Moi, je suis dans le deuxième groupe. Les matinaux.

 

J'ai emmené mes cours de parasitologie. Pas spécialement pour que ça nous aide sur place, mais parce que j'avais senti le coup venir : j'ai eu le temps juste avant mon départ d'avoir les résultats des partiels au téléphone. Je me doutais un peu que je devrais y repasser en septembre, mais quand on m'a annoncé 10 matières sur 13 à repasser, j'ai - quand même - un peu - accusé le coup. Le prix à payer pour un peu trop d'engagements associatifs divers et variés. Quite à traîner des cours sur place, autant se mettre en situation. Parasitologie, VIH, palu. Du coup les symptomes rentrent plutôt bien en mémoire.

"Diarrhée acqueuse, explosive et nauséabonde. Crampes abdominales. Anorexie. Perte de poids." Ouais je visualise très bien pour le coup.

Alors qu'une nouvelle crampe me vrille le ventre, je me résoud à prendre place dans la file, de peur de perdre ma place. Au bout du deuxième à sortir, l'odeur est déjà intenable. L'insonorisation des toilettes balaye le semblant d'intimté que nous pourrions encore avoir. Nous sommes malades, et personne ne peut l'ignorer.

Devant moi, E. abandonne soudain sa place et se précipite dehors au fond du jardin. Il n'aura pas pu attendre son tour. Je ne peux que me réjouir. C'est bientôt à moi.

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Re-paradoxe de ce pays : avant hier grosse pluie, le lendemain matin plus d'eau courante. Nous nous demandons combien de temps ça va durer, avec une inquiétude croissante.

Nous ne pouvons pas nous laver, ce n'est pas grave, de toutes façons nous sommes re-sales 1/2h après la douche.

Nous ne pouvons pas préparer le repas, passe encore.

L'eau potable par contre commence à manquer. Une délégation part puiser de l'eau au forage.

Mais surtout l'absence de chasse d'eau commence à se faire sentir, dans tous les sens du terme.

 

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Avec la chaleur le moindre effort est fatiguant, pourtant je n'ai jamais faim. Je me force à manger quelques crudités à chaque repas, mais je n'en ressens pas le besoin.

 

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 Je regarde d'un air morne mon assiette. Dedans, de la semoule. Comme presque tous les jours en fait. Nous avons chacun amené de France quelques sachets de sauce déshydratée, pour agrémenter nos plats de pâtes/riz/semoule quotidiens.

Aujourd'hui, semoule sauce madère. Pourtant d'habitude il passe bien celui là. Ma cuillère joue avec les grains. Je n'ai pas faim. Ma collègue insiste. "Il faut que tu manges, c'est important !"

Les seules choses que j'arrive à ingurgiter sont des tomates ou des concombres. Ce qui au final n'arrange rien. Comme avec les enfants elle attrape le tube de ketchup et dessine des yeux et une bouche à mon bonhomme-semoule. "Des cheveux aussi ?" Avec un petit sourire j'acquiesse.

Puis j'attrape ma cuillère, et je deale avec moi même de manger au moins les cheveux.

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21 septembre 2014

Chroniques de là-bas #2 : on the road

Départ en bus de brousse.Tout est chargé dans les soutes : sacs, cartons, poules, vélos, mob... La route est jonchée de petits villages typiques : quelques huttes, une enceinte, plusieurs pour les gros villages.

 

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A chaque arrêt de bus, des femmes et des enfants se précipitent et tendent aux fenêtres des paniers remplis de gâteaux, de fruits, de graines voire parfois du poisson séché, dont la qualité est parfois douteuse.

Le paysage n'est jamais désert, on trouve toujours un homme, une femme, un groupe d'enfants. Ils marchent, le long de la route, ou pas, on ne sait pas où ils vont, ce qu'ils font. On est a des kilomètres de tout village. Eux le savent sûrement. Ils vivent.

 

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Pendant 9h de route il me fût impossible de détacher mes yeux du paysage. Mes yeux s'habituaient aux petits villages qui se succédaient, mais en aucun cas ne s'en lassaient.

Paysage difficile à décrire mais incroyable à découvrir.

Un autre monde s'étalait devant nous, à mille lieues de ce qu'on peut connaître, ou de ce qu'on croît connaître.

Toujours les mêmes scènes de vie qui se déroulent sous nos yeux : des femmes qui bêchent la terre, leurs gamins solidement attachés dans le dos ; un gosse, seul avec un troupeau de vache ; des hommes ramassant du bois ; et toujours cette succession de petites enceintes, bourgeonnant les unes des autres, petites cellules de vie en communauté.

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La misère est beaucoup plus palpable dans les villes, où les exclus existent. Dans les villages, tout le monde est à égalité, on vit en communauté, un gosse orphelin sera élevé comme les autres.

On se rend compte que le seul but dans la vie de ces gens est de vivre. Ils passent leurs journées à gratter un bout de terre, à la main, pour récolter fruits et légumes que les femmes iront vendre au bord de la route, histoire de gagner 3 sous pour pouvoir survivre. Mais ils sont heureux, les gosses jouent avec 3 fois rien, et leurs mères les regardent en souriant.

 

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Chaque enceinte est une concession, habitée par une seule famille. Le mari, sa femme, ses enfants, son autre femme, ses autres enfants, sa troisième femme, parfois les sœurs veuves de sa femme, ses neveux, ses nièces. Enfin la famille quoi.

Certaines huttes se situent sur « pilotis », à l'entrée de la concession. Ce sont en fait les greniers.

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Je m'aperçois que j'aime ce bus cahotant. C'est un endroit privilégié pour découvrir le pays. Sans bouger, il fait frais grâce au vent qui rentre par la fenêtre, et les nombreux paysages se déroulent sous nos yeux. Petit à petit le paysage passe de rouge et vert foncé ; à rouge et vert clair, puis rouge et jaune.

 

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Je m'aperçois que la moitié de mes photos ont été prise depuis la fenêtre du minibus. Installée au fond, fenêtre entrouverte, mon vieux Pintax à la main, je devorais des yeux le paysage, et mitraillais. Pourtant on ne peut pas dire que j'avais du matériel de qualité : un vieil argentique dont le flash ne marchait plus et dont le compartiment à piles tenait grâce à un bout de sparadrap.

J'ai découvert pendant ce voyage que le rembobinage de pellicule ne marchait plus vraiment non plus. J'ai malheureusement bousillé quelques pellicules en improvisant une chambre noire sur mon pull et en tentant de les rembobiner à la main.

Bref, il était déjà au bout du rouleau en fait cet appareil, mais j'ai une affection particulière pour lui, et je l'ai toujours avec moi. Les photos que j'ai prises avec lui ont une âme que je n'ai jamais vraiment retrouvée après.

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18 septembre 2014

Chroniques de là-bas #1

Je me souviens de mon arrivée. Seule, parce que le reste de l'équipe était déjà sur place. On a utilisé au maximum les 30 kg de bagages qui m'étaient impartis, je trimbale un peu de matériel et des médicaments qu'on doit donner. Ça m'a posé quelques problèmes aux douanes, mais j'étais plus inquiète pour le saucisson caché au fond de mon sac.

Je me suis trimballé mes 30 kg toute seule dans le bus, puis dans le TGV, puis dans le RER, et l'autre RER, et l'aéroport. Évidemment ça devait arriver, je me suis cassé la figure dans le métro. J'ai glissé entre le quai et la rame, entraînée par mes 30 kg. J'ai pas trop compris, le biiip a retenti, des mains nous ont agrippés moi et mes sacs et traînés à l'intérieur de la rame.

Ce n'est qu'en essuyant mes larmes assise par terre au milieu des gens que j'ai réalisé que ça aurait pu être beaucoup plus grave qu'un pantalon déchiré et une cheville en vrac.

 

Pour le coup, ma cheville, bien que strappée à l'arrache, ne m'aide pas à porter mes bagages.

Mon avion a eu du retard, je ne sais même plus pourquoi. Sauf qu'à l'arrivée, ici, ils ont pas su dire combien de retard, plusieurs heures seulement. Je suppose que mes collègues sont venus, puis repartis. Je n'ai aucun moyen de les joindre, alors je prend mes bagages, et je m'assoie sur les marches à la sortie de l'aéroport.

Je chasse inlassablement les taxis qui insistent les uns après les autres pour m'emmener. Comme je ne sais même pas où je dois aller, c'est facile de refuser.

Je reste assise et j'attends. Je ne m'inquiète même pas, ça n'aurait servi à rien. De toutes façons, je n'ai pas trop le choix, je suis dans une ville inconnue d'un pays inconnu avec une cheville comme un ballon et 30kg de bagages, je ne vais pas aller bien loin, le meilleure chose à faire, c'est de rester là.

 

 

Arrivée à la capitale en charter. Ici le scooter est le moyen de transport national, il ne semble pas y avoir de code de la route, le slalom est un sport à maîtriser.

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Les plus riches maisons ont un toit, les autres se contentent de tôle ondulée. Les petites boutiques se succèdent, se payant parfois le luxe d'une enseigne en bois. La clop ou la portion de vache qui rit s'achète à l'unité, l'eau en petite poche de plastique.

Les gosses grouillent partout, ils semblent ne pas avoir de famille. Les mères les allaitent par terre sur le palier, à côté des canaux qui semblent servir de réseau d'égout précaire.

La poussière c'est le quotidien, tout est fait de terre battue, il va falloir s'y faire, ce pays c'est Roland Garros.

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Chroniques de là-bas : #introduction

Attaquons une nouvelle partie de moi, une partie qui avait soignement mis 3 sous de côté, et qui est partie voir ailleurs.

Il y a des écrits qui ne sont pas faciles à sortir. Non pas que j'ai vécu des situations difficiles. Mais il s'agit là de choses écrites il y a maintenant 10 ans. Je tenais à les retranscrire telles quelles, mais ma pensée a relativement évolué depuis.

 

Alors il y aura un peu des deux. Et ça ressemblera un peu à rien, tant pis.

 

En italique, la retranscription à l'identique de mes carnets de l'époque.

Posté par docmam à 23:28 - - Commentaires [1] - Permalien [#]

10 septembre 2014

Un rendez vous au cabinet

Pourtant je pensais m'y être pris suffisament à l'avance. J'ai appelé quelques jours avant la rentrée, je voulais que tout soit réglé d'ici là.

Et pourtant pas de rendez-vous avant DEUX SEMAINES. Pffff on peut mourir hein. Bon certes j'ai pris rendez-vous pour deux, c'est un peu plus difficile à caser.

"- ah non jeudi je ne travaille pas

- ah oui mais là y'a école

- non le mardi je peux pas venir je bosse tard"

Elle a fini par me donner rendez-vous pour moi, puis pour Tétarde 1h plus tard, après l'école. Mais quand même dans deux semaines quoi. En raccrochant j'ai hésité à appeler ailleurs pour voir si on ne pouvait pas me prendre plus vite. Mais bon c'était pas très sympa de ma part quand même, et puis soyons honnête, c'était pas vital.

Mais je n'étais quand même pas très bien la semaine avant, limite je comptais les jours.

 

Elle avait du retard, alors j'ai pris un magazine périmé en attendant. Ca parle de bio et de remèdes naturels. C'est son truc à elle. Ca me va. Au bout d'un moment elle m'a fait signe de venir m'asseoir.

Son associée est partie, elle est toute seule maintenant, ça explique les délais. Elle s'efforce de prendre toutes les personnes qui étaient déjà clients ici mais "je ne prend plus de nouveaux clients" me dit-elle avec un petit sourire. Elle m'explique que ça n'a pas été facile, surtout qu'elle a du s'arrêter à cause d'une blessure. Heureusement sa remplaçante habituelle a pu la dépanner au pied levé. Mais elle tient à garder son jour de repos, malgré les reproches. On a ce luxe dans nos boulots, de pouvoir choisir nos jours et nos horaires de travail me dit-elle, alors autant en profiter, elle tient à passer du temps avec ses enfants. J'acquiesse. Et puis à côté de ça, elle bosse tous les samedis.

Je m'assois, elle me regarde dans les yeux.

"Alors, expliquez-moi."

C'est un peu mon problème ça en fait. J'arrive jamais à expliquer comme il faut. Elle me pose quelques questions pour être sûre, me redemande de temps en temps des précisions. Ca fait du bien de se laisser aller un peu, et de sentir que quelqu'un prend soin de moi, ça change. Aujourd'hui, pour une fois, j'ai envie de causer. Des fois, souvent, non. C'est pas grave, dans ces cas là elle n'insiste pas.

Comme d'habitude, je n'ai pas suivi ses recommandations, ni ses traitements. Et comme d'habitude, je lui demande plutôt si elle n'a pas une solution magique pour faire disparaître les problèmes là. Un truc définitif, qui demande pas trop d'effort et pas trop de temps. Elle sourit, me répond ce que je sais déjà - que non ça n'existe pas, qu'elle n'a pas de baguette magique - mais que je m'en sors plutôt bien.

Et finalement, elle arrive à comprendre exactement ce que je veux dire, elle le comprend mieux que moi même. J'ai bien fait de ne pas prendre rendez-vous ailleurs. Ici elle me connaît bien, je peux avoir confiance. Au moment de payer, je lui demande si je peux payer les 2 rendez-vous en même temps, vu que je reviens avec Tétarde tout à l'heure. Pas de problème.

 

Tétarde, d'habitude je m'en occupe moi même. Je me suis dit que ça lui ferait pas de mal que pour une fois ça soit quelqu'un d'autre. Un oeil nouveau, extérieur, professionnel. Bon après je pense que je reprendrais les choses en main, mais elle me donne des conseils, et je la laisse faire. Pendant ce temps là j'essaie de canaliser la Squatteuse qui touche à tout son matériel.

 

Tétarde a le sourire en sortant, visiblement ça lui a plu. Moi aussi. Me voilà repartie pour 2 mois, ou 3, vu que je vais reprendre rendez-vous en retard, comme d'habitude. Mais bon, ce n'est pas grave, un rendez-vous chez le coiffeur, c'est pas vital. Enfin presque.

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25 août 2014

Tout, tout, tout, vous saurez tout sur le PTMG

Vous vous en souvenez (puisque vous connaissez ce blog par coeur), je vous avais exposé il y a quelques mois le PTMG pour les nuls.

Je concluais que c'était quand même un peu du foutage de gueule.

 

Alors me direz-vous, pourquoi est-ce que j'ai (quand même) signé un contrat PTMG ? (et que j'en suis bien contente)

Découvrez enfin les vraies vérités qui ne mentent pas sur la réaité de ce qu'on ne vous dit pas. Au moins.

 

 

1) Parce qu'on me l'a proposé. Ce billet pourrait s'arrêter là mais ça ne serait pas drôle.

On me l'a proposé parce que Marisol a prévu 200 contrats, et qu'il fallait qu'elle présente des bons résultats pour dire que sa stratégie de santé est formidable, donc qu'ils soient tous signés. Au final, que je m'installe dans une zone sous-médicalisée ou non, finalement c'était accessoire. L'exercice regroupé était même dans les critères prioritaires pour obtenir un contrat. (et tout le monde sait bien que c'est trop facile de se regrouper dans un endroit où il n'y a déjà plus de médecins)

Ce que vous lisez/entendez dans les médias : ça incite des jeunes médecins à aller s'installer dans des déserts médicaux.

Pour de vrai : on a contacté toutes les personnes qui avaient prévu de s'installer dans la région, désert médical ou non, pour pouvoir signer tous les contrats avant la fin de l'année.

 

2) Parce que je travaille à mi-temps (enfin ce qu'on peut environ appeler un mi-temps de médecin, c'est à dire environ 35h/semaine)

Ce qu'on vous dit : un salaire de 6900€ garanti pendant 2 ans. (un salaire, c'est net, et c'est pas pour les libéraux, mais c'est pas grave...)

Pour de vrai : un chiffre d'affaire brut de 6900€ par mois si on travaille au moins 9 demi-journées par semaine, pour un an, éventuellement reconductible une fois (selon quels critères ? mystère)

C'est à dire le plus souvent : 3450€ brut garanti par mois pendant 1 an pour un médecin "à temps partiel" (40h par semaine à raison de 10h par jour 4 jours sur 7 par exemple)

 

3) Parce que j'ai une protection sociale "améliorée". Alors c'est pas trop d'engagement de dire ça, puisque mieux que ZERO c'est pas trop dur à faire.

Ce qu'on vous dit : une protection sociale améliorée.

Pour de vrai : à "temps partiel", en cas d'arrêt maladie 776,25 € brut par mois avec un délai de carence de 7 jours ; sous réserve d'avoir déjà travaillé 3 mois en tant que PTMG. (donc c'est amélioré, mais c'est pas Byzance non plus hein)

 

4) Parce que je suis une femme

On pourrait tourner autour du pot du politiquement correct de la féminisation de la profession qui ne change rien, mais la vraie vérité c'est qu'une femme a plus de chance d'être en congé maternité qu'un homme. Et bien que je ne sache absolument pas si j'aurais l'occasion de "profiter" d'un congé maternité durant mon contrat, l'idée que je puisse toucher quelque chose en plus si ça m'arrive est intéressante.

Ce qu'on vous dit : une protection sociale améliorée.

Pour de vrai : à "temps partiel", un congé maternité de 1 552,50 € brut par mois sans délai de carence, sous réserve d'avoir déjà travaillé 3 mois en tant que PTMG. A ajouter aux indemnités déjà perçue avec la CARMF. Donc un vrai plus.

 

5) Parce que j'ai des congés payés

Enfin c'est pas tout à fait aussi simple que ça, mais le concept est assez nouveau pour les libéraux.

Ce qu'on vous dit : ben... rien, dans les médias, on n'en a pas trop parlé. Bizarrement.

Pour de vrai : "Lorsque le praticien territorial de médecine générale se fait remplacer, il n'est pas tenu compte, pour le calcul du complément de rémunération, des honoraires résultant de l'activité de son remplaçant."

Et c'est là que c'est intéressant. C'est à dire que si on ne tient pas compte du travail d'un remplaçant pour le calcul de minimum d'actes par mois à réaliser, on ne tient pas compte non plus de ce qu'il va gagner pour "compléter" la rémunération du mois en question. Si je m'arrête 3 semaines en août, et sous réserve d'avoir effectué mes 83 actes la semaine où je travaille, je toucherais quand même un complément de rémunération (pouvant aller jusqu'à 1500 € brut environ)

 

6) Parce que je fais des gardes

Je participe à la permanence des soins, c'était déjà acté avant la signature du contrat, et c'est même un des seuls engagements que demande l'ARS.

Ce qu'on vous dit : un salaire de 6900€ garanti.

Pour de vrai : "Les actes réalisés, les honoraires et rémunérations forfaitaires au titre de la permanence des soins organisée ne sont pas pris en compte pour vérifier le respect du seuil minimum d'actes, ni inclus dans les revenus servant au calcul de la rémunération complémentaire"

En gros : tout ce que je touche au titre de la permanence des soins (astreinte, honoraires) c'est du bonus, et ça ne fait pas parti du minimum garanti. Comme actuellement sur le secteur on tourne à 6 médecins, autant dire que le bonus peut être intéressant. Je peux si je le souhaite prendre plus de gardes, sans que ça remette en cause un complément de rémunération potentiel.

 

7) Parce qu'on ne me demande rien (ou presque)

 Ce qu'on vous dit : engagement à s'installer dans une zone déficitaire et à participer à la permanence des soins et au projet de santé du territoire (et autres blabla)

Pour de vrai : ben on m'a rien demandé.

- mon projet d'installation était déjà ficelé quand ce contrat est arrivé sur le tapis.

- il était déjà prévu que je m'installer en exercice regroupé, dans une maison de santé ayant des projets de soins pour le territoire blabla

- il était déjà prévu que je participe à la permanence de soins du secteur.

Et c'est tout. Je dois fournir une déclaration d'activité faisant mention du nombre d'actes réalisés et du montant des honoraires correspondant. Aucun autre justificatif n'est demandé. Je ne doute pas que si la demande était faite je devrais prouver mes déclarations, mais pour l'instant on ne m'a rien demandé, et je doute qu'on le fasse. Jusqu'à présent je suis honnête dans mes déclarations...

 

8) Parce que ça sécurise surtout les 1ers mois d'installation.

Ce qu'on vous dit : un salaire de 6900€ garanti pendant 2 ans.

Pour de vrai : le revenu est garanti par mois les 6 premiers mois. A partir de 6 mois, les revenus sont calculés trimestriellement.

Pour ma part actuellement, on me garanti 10350 € de chiffre d'affaire par trimestre, et non 3450€ par mois. La différence est tenue, mais elle existe. Si j'ai un mois tout pourri, mais que le suivant est surchargé, je ne toucherais rien. Je prends 3 semaines de vacances en août, mais si je croule sous les certifàlacon en septembre et octobre, je ne toucherais pas forcément quelque chose. Sur le principe ça ne me choque pas, mais encore faut-il être au courant.

 

Et pour de vrai vraiment, le 1er mois, le plus dur et incertain financièrement, je l'ai eu dans l'os. Les contacts téléphoniques ont été pris bien avant mon installation effective. Mon interlocuteur m'a affirmé à plusieurs reprises que serait bien prise en compte la date effective de mon début d'activité.
 Ils ont mis un moment avant de m'envoyer les contrats. Que j'ai relus et qui étaient plein d'erreurs. Que j'ai donc retournés, puis attendu les nouveaux, puis signé les nouveaux, que j'ai retournés et qui ont été signés par l'ARS 3 semaines après mon installation.

Et j'ai reçu un coup de fil qui disait grosso merdo "allo oui je m'étais trompé en fait c'est la date de signature du contrat qui compte pas la date d'installation huhuhu que c'est drôle, allez bisous"

Traduction : les 700€ à 800€ sur lesquels je comptais en théorie je pouvais m'asseoir dessus. Sans rancune, bisous.

 

EN CONCLUSION

 

C'est un contrat assez flou, avec une notion de temps partiel absolument pas adaptable ni adaptée à notre mode de travail. Personnellement mes "matinées" finissent en général vers 16h30, et comment compter si l'on travaille un samedi sur deux etc.

Je ne vais pas cracher dans la soupe (bien que le 1er mois où je ne touche rien uniquement à cause d'erreurs de leur part me reste un peu en travers), je suis contente d'avoir pu en bénéficier. Les premiers mois, il m'a permis de regarder sereine le planning vide sans (trop) angoisser ni chercher à faire du clientèlisme et piquer les patients des collègues. C'est là à mon avis son principal atout.

Je l'ai signé en me disant que j'avais rien à perdre, et peut être un petit peu à gagner. Et effectivement j'ai pour l'instant touché des compléments de rémunération à 2 reprises.

Mais que les choses soient claires : j'ai touché quelque chose JUSTEMENT parce que je ne suis pas installée toute seule dans une zone en pénurie de médecins. Si ça avait été le cas, je n'aurais probablement eu aucun mal à remplir mon planning.

La possibilité de toucher un complément de congé maternité, si j'en ai l'occasion, sera le 2nd bon point.

 

Cependant je persiste dans mon opinion : raconter à grand coup de com' que grâce à 200 contrats signés on incitera les médecins à s'installer dans les déserts, c'est de la foutaise et de la démagogie. Ces contrats sécurisent l'installation, offrent une protection sociale renforcée et devraient peut être même être proposés à tous, mais ils n'incitent à rien du tout, qu'on se le dise. Parce que le problème de l'installation dans un "désert médical" ça n'est pas l'argent. Ces contrats ont tous été signés par des personnes qui avaient déjà le projet de s'installer, pour que Marisol puisse dire qu'elle fait quelque chose et que ça marche.

Mais c'est faux.

 

 

 

(on pourrait enchaîner sur un débat sur le côté VRAIMENT libéral de notre profession, ça serait d'actualité... après le blocage des honoraires, les discussions récurrentes sur la liberté d'installation, le tiers payant généralisé qui entrainerait un paiement par les caisses et non plus par le patient, une obligation de permanence des soins... bref, après tout ça, que reste-t-il encore de libéral ? Ce contrat avec un revenu garanti (payé par la sécu) et une protection sociale ne nous fait-il pas glisser encore plus en dehors du libéral ?

Je n'ai pas la prétention d'avoir des réponses et encore moins d'en faire un billet et de mener un débat constructif, mais cela laisse vraiment à réfléchir...)

 

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