Stétho, Marmots, Dodo et autres petits bobos...

28 octobre 2014

Chroniques de là-bas #8 : les aventuriers

On nous charge nous et les sacs sur des mobylettes et on nous emmène jusqu'à la villa. C'est le grand luxe : sol carrelé, 1 WC, 1 salle de bain, 3 chambres, quelques meubles. La pâte à tartiner et le saucisson que j'ai ramenés sont fortement appréciés. L'eau de boisson fonctionne selon un système de bouteilles numérotées et notées selon l'heure à laquelle elles ont été mises à purifier. Dans le groupe, personne ne porte de montre. On s'en sert pour purifier les bouteilles d'eau principalement.

Il est plus simple encore de boire de la bière locale.

Le premier palu est arrivé.

Nous sommes obligés de repasser nos vêtements, au cas où des mouches aient pondu dedans pendant qu'ils séchaient. Le soir c'est également Savarine, vêtements longs, spray qui-pue sur la peau, moustiquaire la nuit.

 

Cette panique que nous avons eu du linge pendu en plein air m'a suffisament traumatisé pour que je fasse quelques années plus tard immédiatement le brillant diagnostic de ver de Cayor chez un patient à la fois époustouflé (par mon savoir) et répugné (par son hôte).

 

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Nous trouvons avec difficulté l'hôtel. Nous avons réservé 6 chambres pour 16. Pour des raisons d'économie, nous n'en avons pris que 2 avec WC. Le délabrement de l'hôtel donne tout son charme à l'équipée. C'est l'aventure. On n'est pas venu là pour aller dans un 4 étoiles. On est heureux de vivre à la dure. Le petit hôtel fait aussi « dancing populaire ». Nous nous prenons donc les décibels en direct mais cela ajoute encore plus de charme à notre échappée.

 

Il est évident qu'il faut avoir 20 ans et une vie ordinaire plutôt confortable pour trouver que dormir à 3 par lit avec des cafards, sans chiottes alors qu'une personne sur 2 à la chiasse, avec Sean Paul à fond dans les oreilles toute la nuit, a du charme.

Il y a des musiques qui nous rappellent inmanquablement des moments ou des endroits. Réentendre Sean Paul me renvoit forcément au "dancing club de l'Amitié", où il était on ne peut plus populaire. Le coupé-décalé, encore quasi inconnu en France, était omniprésent là bas.

Les play-lists, pas du tout redondantes, ressemblaient donc un peu à ça : coupé-décalé / Sean Paul / coupé-décalé / Sean Paul /... ce qui, vous imaginez bien, ne nous donnait pas DU TOUT envie de nous frapper la tête contre les murs.

Ce qu'on aurait fait si on avait osé toucher les murs bien sûr.

 

Nouvel hôtel, conseillé par un autre groupe de blancs. Nous arrivons à avoir 6 chambres pour 14. Elles ont l'air d'être un peu plus salubres, si ce n'est les sanitaires, où nous avons déjà rencontré quelques cafards. En même temps, après avoir vécu plusieurs nuits avec notre pote le cafard dans le précédent hôtel, nous sommes blasés. Par contre la propreté des matelas et des draps est douteuse. L'un d'entre nous s'est allongé 5 minutes et est ressorti plein de plaques. Les puces sûrement.

 

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Ici la présence des insectes est à la limite du supportable. Les douches-trous ou WC-trous, pleins de cafards, et à la tombée de la nuit, des nuées d'éphémères et autres papillons divers qui nous tombent dessus, foncent dans les cheveux, sans répit. La découverte d'énormes grillons ou apparentés de 5 ou 6 cm de long ne nous a pas plus rassuré.

 

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Tel Robinson Crusoé, nous avons tué le coq et nous l'avons dégusté. Peu de viande, mais très bonne, et la sensation d'avoir vécu quelque chose d'exceptionnel, d'avoir dû tuer un coq de nos propres mains pour pouvoir survivre...

 

Heureusement qu'il y a écrit "sensation". Imaginez si on était vraiment mort de faim de ne pas avoir réussi. Ephrem - le coq - me demandez pas pourquoi - était un cadeau du chef du village, en remerciement de nos actions là bas. Il faut bien se rendre compte de la valeur du cadeau pour eux, même si nous, nous nous sommes regardé d'un air bien embarrassé une fois la bestiole dans nos bras. Une fois rentré chez nous, Ephrem a donc élu domicile avec nous dans la maison. On n'était plus à ça prêt. Et comme on était réveillé à 5h du matin par la chaleur/la lumière/les douleurs/les ronflements des autres, un petit chant de coq à 50 cm de l'oreille ne faisait qu'ajouter un peu de folklore.

Mais le départ approchant, il a bien fallu se résoudre à se séparer d'Ephrem, et ce de la meilleure façon possible : par voie orale. Pour ce grand jour, nos plus proches amis locaux étaient là. Pour nous aider en cuisine, et pour leur faire profiter du festin. Mais surtout pour nous aider en fait. Quand l'heure fut venue de passer à l'action, la plupart des filles se détournèrent avec une moue dégoûtée, les mecs ont fait les cakes mais n'avait pas la moindre idée de la façon de faire, et moi, guère plus qu'eux. Auguste, 15 ans, nous a regardé d'un air affligé, et armé d'une vieille lame rouillée, s'est attaqué à la chose. Cela aurait pu être fait proprement si la lame avait eu encore un peu de tranchant, mais là, en l'occurence, il fallait avoir le coeur bien accroché, c'était une véritable boucherie.

L'un d'entre nous a donc tenu la bête, pendant qu'Auguste y mettait tout son coeur. La tête a fini par être plutôt arrachée que coupée. Et oui, le coq a continué de courir un moment sans sa tête.

Ayant bien compris notre haut niveau de débrouillardise, Auguste s'est également chargé de le plumer et le vider, avant que nous nous chargions de le mettre nous même dans la casserole parce que quand même, il était notre invité.

Dans les faits, je crois que c'était de la carne, et qu'il n'avait rien sur les os. Mais comme ça faisait un mois et demi qu'on ne mangeait que de la semoule, il avait des saveurs de restaurant gastronomique.

 

 

 

Toi aussi plonge toi dans l'ambiance (à écouter minimum 6 fois en boucle pour un meilleur rendu)

 

On a vécu dans des conditions plutôt précaires, certes avant tout pour des raisons économiques, mais on était content. On avait l'impression de découvrir la vraie vie là bas, alors qu'on restait loin de ce que pouvait être la vie quotidienne de ces personnes. Hors de question d'aller au fin fond de la brousse si c'était pour avoir des conditions de vie confortable, fallait quand même qu'on puisse raconter nos aventures en rentrant. Dans un sens, ça faisait partie de du jeu.

 

 

 

[La rédaction de ce billet a entraîné d'intenses séances de remuage de popotin avec Tétarde au milieu du salon]

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26 octobre 2014

Chroniques de là-bas #7 : histoires d'eau

La douche est un moment attendu toute la journée. Tellement attendue qu'on la repousse toujours et toujours, redoutant le moment où ça sera déjà fini.

Deuxième jour et les séances d'application de qui-pue sont déjà une torture, le produit brûle la peau.

On prend petit à petit le rythme de ce pays rouge où rien n'est pressé, rien n'est rapide.

 

Pas un souffle d'air ce soir. Nous faisons le moins de mouvements possible pour ne pas augmenter la chaleur environnante. Une chaleur moite, qui nous suit partout, impossible à fuir.

Le soir est le seul moment où la température descend un peu. Pourtant, impossible d'en profiter, vêtements longs obligés.

On s'habitue petit à petit à la couche de substances que l'on a en permanence sur la peau. Cela varie dans la journée :

  • forfait jour : transpiration + poussière + vernis + crème solaire

  • forfait nuit : transpiration + poussière + vernis + qui-pue

 

On apprend à être sale. L'eau est chère, on ne prend qu'une douche par jour. Le reste du temps on se rafraîchit ou on se nettoie à l'aide de lingettes pour bébé. C'est une option aux forfaits.

Le vernis est en série pour tout le monde, on essaie de temps en temps de l'enlever avec du pétrole, mais il en reste toujours un petit peu, surtout sur les pieds.

Et pour enlever le pétrole, on utilise de la lessive.

On croît avoir bronzé, en fait on est juste sale.

 

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Nous sommes à l'aise maintenant dans ce pays avec sa chaleur et sa poussière rouge. Nos habits, tout comme nous, ont pris la couleur locale, une teinte rougeâtre. Nous sommes aussi couleur locale, je m'aperçois avec bonheur que sous la couche de crasse un joli bronzage a fait son apparition [il en faut peu pour être heureux hein] ce qui fait dire à nos amis autochtones que je ne suis plus une vraie blanche.

 

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La saison des pluies approche, mais toujours aucune goutte d'eau depuis 3 semaines. La chaleur est omniprésente, on recherche le moindre souffle d'air. Cet après midi, alerte. Le vent se lève, les nuages approchent. Comme avant chaque pluie, tempête de poussière, de sable. Les gens se calfeutrent chez eux, rangent leurs étalages, ferment les fenêtres si c'est possible. On savoure déjà le moment, le vent, la température qui baisse. On attend toujours le don du ciel, on le scrute. La tension monte. Quad arrivera-t-elle ? Enfin la délivrance, la pluie.

Elle est arrivée et repartie aussitôt. Fausse joie, le sol est toujours aussi sec. L'orage est là mais pas la pluie.

 

Elle est arrivée, tard, et très légère. Le matraquage sur sur la tôle de la maison donnait l'impression d'une vraie tempête, comme si la nature se déchainait après avoir été trop longtemps retenue. Pour le vent c'était vrai. La pluie n'a fait qu'illusion, le sol était toujours aussi sec.

Au moins le bruit m'a aidé à m'endormir.

 

 

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Enfin hier soir la tempête a éclaté sans prévenir. Un peu de vent et le ciel a éclaté. On aurait vraiment dit qu'il s'ouvrait pour déverser toute l'eau emmagasinée pendant des mois. Le tonnerre explosait, la pluie sur le toit de l'hôtel nous assourdissait. On se demandait presque si l'hôtel allait tenir.

J'aurais aimé être sur le marché pour pouvoir regarder la tête des gens, se précipitant pour ranger leurs affaires, mais tellement heureux de l'arrivée des pluies, c'est la vie ici.

 

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La température est descendue pendant la nuit. Peut être même jusqu'à 20°, nous sommes en plein hivernage après. Nous restons en T-shirt, en savourant le plaisir d'avoir froid, et de pouvoir enfin sortir le pull que nous avions amené « au cas où ». Notre ami Auguste arrive, il grelotte.

 

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Les douches en plein air sont un moment inoubliable. Il faut d'abord puiser l'eau au puits pour remplir les seaux. Ensuite nous nous « isolons » dans les petits cabines en brique, à ciel ouvert. Il n'y a pas de trou, juste un petit écoulement à travers le mur. Nous versons l'eau avec une petite tasse, en nous parlant par dessus le mur, sous le soleil. Une tête apparaît de l'autre côté du mur : quelqu'un est aux toilettes. Ca va ? Ouais ouais et vous, bonne douche ?

Nous nous lavons en regardant le coucher de soleil sur le paysage, les gens dans les champs, le petit village.

 

 

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23 octobre 2014

Chroniques de là bas #6 : quand l'appétit va tout va

Première rencontre avec le médecin du dispensaire. Il va quitter le centre hospitalier car il n'est pas d'accord avec le système qui fait qu'une personne qui n'a plus l'argent nécessaire est obligée d'arrêter son traitement. Il veut instaurer un système de forfait je crois.
 

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Ce matin j'étais à l'hôpital pour suivre la visite du Dr Y. en pédiatrie.

Bien sûr, les chambres individuelles n'existent pas. De 4 à 10 paillasses dans chaque pièce. Qui dit hospitalisation des enfants, dit également hébergement des mamans, qui ont parfois d'autres enfants. Nous disons donc 4 paillasses, 2 étagères, 1 ventilateur, 4 mamans, 6 enfants dont 4 malades, et les tapis sur lesquels dorment les mamans. Et les visiteurs.

Scènes de vie, tranches de misère.

- Cette femme est séropositive, elle a choisi l'allaitement artificiel pour ne pas contaminer son bébé, mais son bébé ne grandit pas depuis 5 mois, elle n'a pas assez d'argent pour lui acheter à manger, parce que son mari est mort, et la belle-famille lui a tout pris.

- Cette femme a 19 ans. Elle n'a pas eu le droit de sortir pendant sa jeunesse par peur du SIDA. Puis elle a été donnée à un homme qui avait déjà une femme. Il est séropositif. Maintenant elle est séropositive et son bébé aussi.

- Cet enfant est déshydraté. On a dit à sa mère de lui donner à boire, elle ne l'a pas fait. Elle veut des solutés pour son enfant mais elle n'a pas l'argent pour payer. Pour les gens l'eau n'est pas un médicament.

- Cette femme a la jambe toute gonflée, elle a une nécrose osseuse. Cela fait des mois. Si elle était venue plus tôt, ça aurait été moins grave, ça aurait couté moins cher et elle était sûre de guérir. Mais les gens ne veulent pas aller à l'hôpital parce qu'il faut payer. Du coup maintenant il faut qu'elle se fasse opérer, ça va lui coûter encore plus cher et elle n'est pas sûre de guérir.

- Nous retrouvons sa gamine un peu plus loin, squelettique, sous oxygène.

Y. s'énerve. Qui sont ces maris ? A quoi servent-ils pour laisser leurs femmes et leurs enfants finir dans cet état ?

- Cet enfant a 1 an. A vue d'oeil il pèse 4kg. Un squelette minuscule, une petit tas d'os, recouvert d'une peau trop grande, le tout attaché à une grosse tête bandée, avec de grands yeux qui n'ont plus la force d'être expressifs.

 

Là, si j'avais pu, j'aurais inséré une photo d'un gamin squelettique avec un Kwashiorkor et des mouches dans les yeux. L'image qu'on voit un peu partout et qui vend bien l'humanitaire.

J'ai l'impression qu'en voulant décrire ce que j'ai vraiment ressenti, je suis tombée à fond dans le cliché. Mais ce voyage était une plongée dans les clichés. C'était tout ça. C'était des gamins cachectiques portées par des femmes en boubou colorés. C'était la misère et la famine. C'était l'une des régions les plus pauvres et les plus désertiques du pays. C'était comme à la télé. C'est peut être ça qui m'a le plus surpris. Je voulais voir comment c'était en vrai, ben en vrai, c'est vraiment ça.

 

La plupart des gamins sont là pour dénutrition, ou parce qu'ils n'ont pas l'argent pour acheter les médicaments. Parfois Y., énervé d'être si impuissant, paye lui-même les médicaments ou les tri-thérapies. Parfois aussi, quelque occidental de passage compatit et paye pour le traitement de quelqu'un.

J'admire le Dr Y. Après avoir fait toutes ses études en France, il aurait pu y rester et avoir un bon salaire. Mais ici c'est son pays et il est plus utile ici. Et c'est incroyable de voir avec quelle impuissance et avec quelle rage il se bat encore et toujours, tous les jours, depuis des années. On pourrait penser qu'au bout d'un moment on se blase, on baisse les bras. Pas lui. Il dit que pour être médecin ici, il faut vraiment avoir la vocation et être fort.

Avant, avec l'aide de différentes assos, il arrivait à tenir un stock de médicaments qu'il revendait au prix d'achat.Avec l'argent, il rachetait d'autres médicaments. C'était un service social, ça revenait moins cher aux gens. Mais on leur a dit que c'était illégal, on pensait qu'ils se faisaient du bénéfice dessus. Depuis Y. est obligé de donner les médicaments, et ne peut maintenir son stock que grâce aux dons, dont les nôtres. C'est pourquoi pour son dispensaire il veut instaurer un forfait hébergement + Nourriture + médicaments que les patients payeront à leur arrivée.

 

Le dispensaire sur lequel nous travaillions à l'époque, à lessiver puis vernir les murs, a effectivement ouvert ses portes dans les mois qui ont suivi, prenant en charge les enfants souffrant de malnutrition, avec des consultations à prix réduits, et un forfait hospitalier unique quelque soit les traitements ou examens faits. Il fonctionne toujours avec l'aide de nombreuses associations françaises entre autre. Nous n'avons qu'apporté une petite pierre à l'édifice. Mais une pierre quand même.

 

Je les admire de continuer à se battre alors que tout se ferme toujours devant eux, que les obstacles se dressent les uns après les autres.

Si tous les médecins pouvaient garder la même mentalité : ça ne sert à rien d'être payé si on n'arrive pas à sauver des vies, si les gens meurent. Les gens qui l'acceptent n'ont pas de consience. C'est une mentalité que l'on a presque tous étudiants mais que beaucoup perdent...

 

STOOOOOP

 

HEU...

 

Alors ouais, j'ai écrit ça. Je me suis un peu étranglée avec ma salive en me relisant quand même. Mais ça m'a permis de réfléchir à ma vision de mon métier, et son évolution.

C'est mignon de me lire, et cette mentalité, je ne dirais pas que je l'ai perdue. Mais... mais celle qui a écrit ça ne connaissait ni la vie ni le métier, encore.

C'est mignon, mais ce n'est pas vraiment réaliste. Si je ne devais être payée que quand je sauve des vies, autant dire qu'avec ma spécialisation en rhumes et bouchons d'oreille, je serais rapidement à la rue. [Aparté avant qu'on ne me fasse la remarque : évidement que j'ai un peu plus de considération pour ma spécialité que ça hein] Oh j'ai ptet déjà sauvé une vie. J'espère. Je sais pas en fait. J'ai aidé des gens en tous cas.

J'ai pris en charge des gens mourant, aussi. Et je n'ai pas cherché à les sauver, juste à les accompagner vers la mort, pare que c'est ça aussi mon boulot. Alors si "ça ne sert à rien d'être payé si les gens meurent"... bon.

Je n'ai jamais refusé de soigner quelqu'un qui ne pouvait pas payer, mais je considère aussi que j'ai le droit d'être payée pour mon boulot. Là je pourrais partir sur des discussions beaucoup plus longues sur le rapport des médecins à l'argent, le rapport des médecins aux patients sur l'argent et inversement, le rapport de la société à l'argent supposé gagné des médecins-ces-nantis. Bon je pourrais m'auto troller sur rue89 en disant que quand même nous en France on n'a pas la vocation et on fait ça pour le fric alors que lui... Je pourrais.

C'est faux bien sûr, mais il n'empêche que niveau sacerdoce, lui il se pose là. Et je ne suis effectivement pas sûre qu'en vieillissant, et en travaillant dans les mêmes conditions que lui j'aurais gardé cette volonté. Je l'espère et je me plais à le croire (comme je me plais à croire que je suis l'alter ego de Lara Croft) mais au fond, je n'en sais vraiment rien.

 

 

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20 octobre 2014

Chroniques de là-bas #5 : tranches de vie quotidienne

Toujours les mêmes paysages dans les rues, des enfants qui saluent ou viennent toucher nos mains. Ils n'ont souvent qu'une chemise, un vieux T shirt, des vieilles robes démodées pour les filles. Les cheveux des filles sont toujours bien coiffés, des tresses, des torsades.

 

Il y a des animaux plein les rues. Des chèvres, des poules, de temps en temps une vache attachée à un arbre, ou un âne. L'âne est le second moyen de transport national. On peut voir des gamins juchés sur des charrettes.

 

charrette

 

Un ami m'a dit « Alors ça te surprend ? C'est pas comme tu l'imaginais ? »

Au contraire, ça me surprend, ça m'étonne, ça me choque parfois, parce que c'est justement comme je l'imaginais. C'est les petits villages pauvres, c'est la ville dont les rues ne sont pas goudronnées, à part une ou deux. D'ailleurs, on habite « vers le goudron » ou « à gauche après le goudron »... c'est les femmes en boubou, avec les gamins dormant dans le dos, et leurs paniers sur la tête.

Le marché couvert, ou plutôt fermé, est constitué d'une succession de petites boutiques en dur : du tissu, des chaussures, tout en fait, on peut y trouver des médicaments même.

medic marché

 

 

Le marché des femmes, un peu plus loin, est l'endroit où l'on achète la nourriture. Chacune a sa petite parcelle avec son gamin, ses quelques fruits et les mouches qui vont avec.

Au fur et à mesure on apprend le marchandage, tout se négocie. Nous avons nos marchands habituels : ils nous font des prix, des petits cadeaux. En échange on s'engage à revenir. On peut trouver de tout sur le marché, même du tissu et des tailleurs. Un pantalon sur mesure nous revient à 3€.

 

Les gosses nous accompagnent, nous tiennent la main parfois, tout simplement fiers de marcher à côté de nous. Ils veulent nous toucher, on a l'impression de les bénir.

La ville est grouillante, des femmes au panier, des enfants, des mob partout.

 

Le maire est en train de goudronner les grands axes de la ville, mais la circulation n'est pas bloquée, ce qui ajoute au bordel ambiant.

 

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 On peut observer le ciel pour une fois. Les étoiles ne brillent pas très fort mais le ciel est beau. On se sent bien sous ce clair de lune.

 

La nuit, la ville devient une autre. Le brouhaha du jour s'efface petit à petit, laissant tout de même une trace dans la nuit. Quelques rires rappellent que des gens habitent toujours là, sinon la ville est plongée dans le noir. Un sentiment de tranquillité nous enveloppe, alors que la terre rouge rend toute la chaleur emmagasinée dans la journée. Les seules lumières sont celles des mob et des petits restos locaux. Il faut apprendre à se déplacer dans la pénombre.

 

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Le soir, le ciel nous a refait un beau spectacle. L'orage éclatait, à des dizaines de kilomètres, peut-être plus, mais sans bruit. Réunis sur le toit de la maison, bières à la main, nous regardions le ciel qui se fâchait en silence, mais en puissance. Les éclairs, invisibles derrières les nuages, éclairaient pourtant tout le ciel, nous laissant apercevoir furtivement les formes mouvantes des nuages. Feu d'artifice à l'horizon. Jeu d'ombre et de lumière, jeu de formes, ombres chinoises. Et au dessus de nous, les étoiles...

 

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 Nous sommes le 13 juillet. En France les gens font la fête en bas de chez moi et s'émerveillent devant le feu d'artifice. Environ 5000km plus au sud, une dizaine de blancs kiputés, en habits sales, regardent la pluie tomber en buvant des bières et en jouant aux cartes.

 

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Nous sommes dans une des plus grosses villes du pays, mais avec ses 2 malheureuses routes goudronnées elle garde une ambiance campagnarde. Les gens ne sont pas stressés, un « petit » marché local, et dès que l'on rentre dans la cour d'une petite maison, on se retrouve complètement isolé du reste de la ville, au calme, au milieu des poules.

En même temps, on est au milieu des poules dans la rue aussi.

 

J'aime la vie ici, malgré la chaleur. La région n'est pas touristique, n'offre pas les plus beaux paysages du pays ni le meilleur climat ; mais ici la vie est simple, on se sent chez nous, les gens nous sourient et nous saluent, simplement parce qu'ils sont heureux de nous voir chez eux et non pour essayer de nous vendre quelque chose à tout prix.

 

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Ce soir cinéma. Nous eumes droit à des bancs en ferraille avec dossier. Devant nous, des places moins chères, bancs en pierre, sans dossier. Derrière nous des places plus chères, chaises en fer individuelles avec dossiers et accoudoirs... en face de nous, pas d'écran. Un mur blanc.

Au dessus de nous, pas de toit, le ciel, toujours ce beau ciel.

Une bobine usée, qui a dû faire toutes les salles d'Europe avant de finir sa vie ici. Un son d'une qualité incroyablement mauvaise, mais un très bon moment.

 

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Pour le départ des premiers, nous organisons une soirée crêpes grâce aux œufs offerts par le chef du village, un peu de rhum déniché au maquis et c'est une vraie soirée de fête qui s'organise.

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18 octobre 2014

Chroniques de là-bas #4 : au village

Ce matin nous sommes allés dans le village où nous finissons de faire construire une école. Le directeur nous y emmène en mob. 47Km de piste, nos fesses s'en souviennent.

Il y a quelques années, il a été muté, à contre cœur, dans le village. Là il se rend compte que la seule chose que l'Etat a envoyé dans ce village, c'est lui. Aucune subvention, rien. Il décide alors que la première chose à faire, c'est d'avoir une vraie école, et non pas un bâtiment précaire avec un toit en paille qu'il faut reconstruire tous les ans.

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Il tape à toutes les portes pour construire son école, jusqu'à ce qu'il tombe sur nous. Cette année nous finissons de construire la dernière salle de classe.

Dans les villages les enfants sont encore plus timides. Les plus petits pleurent, les moyens fuient, les grands nous observent sans rien dire, même quand nous leur parlons.

Pour une année, un enfant doit payer 10 francs pour aller à l'école, sans compter les fournitures. C'est trop pour la plupart des enfants, surtout l'année dernière où il y a eu la sécheresse, et pas à manger. Nous finançons donc la construction, l'achat de matériel, et l'apport de fournitures scolaires dans la mesure du possible. Nous avons jumelé l'école avec une école française qui participe également.

 

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Il nous montre une concession, l'arbre à palabre. Je demande s'il y a une structure de santé dans le village. Non il n'y en a pas, le dispensaire le plus proche est à 3 km. Ce n'est pas très loin, et quelqu'un du village est plus ou moins formé pour les premiers secours. Le village est donc bien desservi par rapport à la moyenne.

 

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Nous allons passé la journée au village avec une asso locale. Tout le monde, soit une trentaine de personnes, entassé à l'arrière d'un camion avec tout le matériel, sur les pistes cahotantes. Durant les deux dernières semaines ils ont répété 2 petites pièces de théâtre de sensibilisation contre l'excision et le SIDA.

 

Cela me rappelle une discussion surprise entre quelques collègues et nos amis locaux, lors d'une soirée un peu arrosée...

« Quoi ? Tu fais pas le cuni ? Y'a pas que ta b***, faut penser au clitoris aussi !

- ah oui, mais elles n'ont plus ça ici. »

Ah. Oui. Hum.

 

 

Lors des pièces de théâtre j'observais les réactions du public avec attention. Les femmes ont rit et applaudit à la pièce contre l'excision. L'instituteur était ravi de leur réaction. Il nous explique que c'est toujours la coutume ici, et également que les fillettes sont promises vers l'âge de 6-7 ans. Il nous dit fièrement qu'il a fait en sorte qu'aucune fille de son école ne soit promise.

La pièce sur le SIDA a fait beaucoup rire. Trop rire ? Fallait-il traiter le sujet avec plus de sérieux ? Je ne sais pas, sachant que le public visé était plus ou moins absent. La population du village semble composée de vieux et d'enfants. Nous interrogeons l'instituteur. Où sont les jeunes de notre âge ?

 

Dans le pays voisin, à quarante kilomètres, ils partent 1 an ou 2 pour travailler et gagner un peu d'argent pour pouvoir rentrer, acheter un vélo et se marier, au village. Parfois ils ne rentrent pas. C'est la guerre là-bas.

 

Nous nous interrogeons sur le sens de la vie de ces gens. Se lever, cultiver pour pouvoir manger, se coucher. Faire des enfants. La plupart ne sortiront jamais de leur village, pas d'amour, pas d'envie.

 

(Erf je m'interroge régulièrement sur le sens de ma propre vie aussi. Et je me pose probablement beaucoup plus de questions existentielles à la con qu'eux, en fait. Et probablement que leur vie a beaucoup plus de sens que a nôtre pour beaucoup d'entre nous.)

 

Nous sommes vraiment immergés au plus profond de la culture africaine ; les pièces se jouent sous l'arbre à palabre ; en fond les femmes en boubou pilent le mil, petite musique régulière à 2, 3 ou 4 temps, les bébés dans le dos.

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Quelques vieillards osent s'approcher et nous touchent les cheveux en rigolant. Ils ne voulaient pas croire que c'était des vrais.

Nous passons la nuit là bas. Sensation unique et indescriptible d'être dans un autre monde, observer le ciel africain, où tout paraît beaucoup plus proche, soleil, lune ou étoile, à des dizaines de kilomètres de toute source d'électricité ou d'eau potable.

 

L’événement doit être exceptionnel pour le village. Une animation, des blancs qui viennent, un dancing le soir. Les gosses dansent. Nous arrivons pour danser à notre tour, un cercle se forment immédiatement autour de nous pour nous laisser danser. Nous sommes gênés mais rien n'y fait, notre public ne se mêlera pas à nous et restera statique.

 

Le village semble vraiment heureux de notre venue et nous remercie, surtout pour la construction de leur école. Même le chef du village, dont le visage ne trahit aucune émotion, tient à nous offrir un coq et des œufs.

 

Les femmes font une danse pour notre départ, nous sommes vraiment touchés.

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02 octobre 2014

Marre-mots #9

"- Oh maman t'as fait une surprise rigolote pour le repas !

- Eh oui, c'est parce que je suis une super-maman !

- Heu...

 

non, juste rigolote."

 

Okay.

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01 octobre 2014

Chroniques de là-bas #3 : un ami bien

Sortie sur le marché cet après midi pour acheter quelques fruits et de quoi faire un repas. Tous les fruits sont au soleil, du poisson séché aussi. Les mouches s'accumulent dessus, c'est guère engageant.

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Je suis arrivée depuis 2 jours, j'ai mal au ventre, envie de vomir.

Par chance, ma chambre est juste à côté des toilettes. Ma collègue me tend une bassine.

« Oh ça ira, je suis juste à côté des toilettes...
- heu oui, mais prend là quand même. »

Je n'insiste pas et pose la bassine au pied du matelas. Quand je me suis relevée dans un soubresaut au milieu de la nuit et que mes intestins se sont exprimés en même temps que mon estomac, j'ai eu un grand moment de solitude, mais j'ai compris pourquoi la bassine était toujours dans les toilettes.

 

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Sortie au « restaurant » ce soir. Une grande table en bois, 2 énormes marmites. Pâtes, riz, tho, sauce à la pâte d'arachide principalement. La vaisselle se fait sous nos yeux dans une bassine, à l'eau. Nous voulions manger du poulet. Il n'y a plus de poulet, ni de pintade. Ah ? Des crudités alors. Y'en n'a plus non plus. Bon vous avez quoi ? Ben, des frites. Bon ben 16 frites alors. On prend l'habitude, nos repas sont guère variés.

Soirée au dancing après. Quelques uns ne peuvent pas y aller. Malgré nos précautions, quelques parasitoses ont l'air bien installées.

 

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J'ouvre les yeux. Je jette un coup d'oeil à ma montre. 5h du matin.

Pourquoi est-ce que je me réveille ? Certes le soleil est déjà levé, à peine caché par le drap qui nous sert de volet, mais il m'en faut plus que ça d'habitude pour me faire émerger.

Je regarde au dessus de moi la moustiquaire mollement agitée par les rares souffles d'air. J'attrape mon appareil photo et je prend une photo. Je trouve ça romantique, j'ai l'impression de dormir dans un lit à baldaquin. Un baldaquin exotique, il manque un peu de clarinette et me voilà Out of Africa.

Alors qu'en fait il n'y a rien de romantique là. Autour de moi une dizaine d'autres personnes dorment sous leurs moustiquaires sur des matelas posés au sol. Le manque d'intimité nous oblige à porter des vêtements, alors que nous rêvons de dormir entièrement nus pour offrir au moindre recoin de peau la chance d'avoir un souffle d'air.

La douleur me tord soudain sur mon matelas. Ah, voilà pourquoi je me suis réveillée. J'essaie de calmer les spasmes de mon ventre et je jette un coup d'oeil dans le couloir, vers la porte des toilettes. Non rien de romantique, vraiment.

BORDEL il y a déjà 4 personnes qui attendent. A 5h du matin.

Dans notre petite communauté, le monde se divise en deux groupes : ceux qui ont une amibiase, et ceux qui ont une giardiase. Moi, je suis dans le deuxième groupe. Les matinaux.

 

J'ai emmené mes cours de parasitologie. Pas spécialement pour que ça nous aide sur place, mais parce que j'avais senti le coup venir : j'ai eu le temps juste avant mon départ d'avoir les résultats des partiels au téléphone. Je me doutais un peu que je devrais y repasser en septembre, mais quand on m'a annoncé 10 matières sur 13 à repasser, j'ai - quand même - un peu - accusé le coup. Le prix à payer pour un peu trop d'engagements associatifs divers et variés. Quite à traîner des cours sur place, autant se mettre en situation. Parasitologie, VIH, palu. Du coup les symptomes rentrent plutôt bien en mémoire.

"Diarrhée acqueuse, explosive et nauséabonde. Crampes abdominales. Anorexie. Perte de poids." Ouais je visualise très bien pour le coup.

Alors qu'une nouvelle crampe me vrille le ventre, je me résoud à prendre place dans la file, de peur de perdre ma place. Au bout du deuxième à sortir, l'odeur est déjà intenable. L'insonorisation des toilettes balaye le semblant d'intimté que nous pourrions encore avoir. Nous sommes malades, et personne ne peut l'ignorer.

Devant moi, E. abandonne soudain sa place et se précipite dehors au fond du jardin. Il n'aura pas pu attendre son tour. Je ne peux que me réjouir. C'est bientôt à moi.

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Re-paradoxe de ce pays : avant hier grosse pluie, le lendemain matin plus d'eau courante. Nous nous demandons combien de temps ça va durer, avec une inquiétude croissante.

Nous ne pouvons pas nous laver, ce n'est pas grave, de toutes façons nous sommes re-sales 1/2h après la douche.

Nous ne pouvons pas préparer le repas, passe encore.

L'eau potable par contre commence à manquer. Une délégation part puiser de l'eau au forage.

Mais surtout l'absence de chasse d'eau commence à se faire sentir, dans tous les sens du terme.

 

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Avec la chaleur le moindre effort est fatiguant, pourtant je n'ai jamais faim. Je me force à manger quelques crudités à chaque repas, mais je n'en ressens pas le besoin.

 

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 Je regarde d'un air morne mon assiette. Dedans, de la semoule. Comme presque tous les jours en fait. Nous avons chacun amené de France quelques sachets de sauce déshydratée, pour agrémenter nos plats de pâtes/riz/semoule quotidiens.

Aujourd'hui, semoule sauce madère. Pourtant d'habitude il passe bien celui là. Ma cuillère joue avec les grains. Je n'ai pas faim. Ma collègue insiste. "Il faut que tu manges, c'est important !"

Les seules choses que j'arrive à ingurgiter sont des tomates ou des concombres. Ce qui au final n'arrange rien. Comme avec les enfants elle attrape le tube de ketchup et dessine des yeux et une bouche à mon bonhomme-semoule. "Des cheveux aussi ?" Avec un petit sourire j'acquiesse.

Puis j'attrape ma cuillère, et je deale avec moi même de manger au moins les cheveux.

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21 septembre 2014

Chroniques de là-bas #2 : on the road

Départ en bus de brousse.Tout est chargé dans les soutes : sacs, cartons, poules, vélos, mob... La route est jonchée de petits villages typiques : quelques huttes, une enceinte, plusieurs pour les gros villages.

 

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A chaque arrêt de bus, des femmes et des enfants se précipitent et tendent aux fenêtres des paniers remplis de gâteaux, de fruits, de graines voire parfois du poisson séché, dont la qualité est parfois douteuse.

Le paysage n'est jamais désert, on trouve toujours un homme, une femme, un groupe d'enfants. Ils marchent, le long de la route, ou pas, on ne sait pas où ils vont, ce qu'ils font. On est a des kilomètres de tout village. Eux le savent sûrement. Ils vivent.

 

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Pendant 9h de route il me fût impossible de détacher mes yeux du paysage. Mes yeux s'habituaient aux petits villages qui se succédaient, mais en aucun cas ne s'en lassaient.

Paysage difficile à décrire mais incroyable à découvrir.

Un autre monde s'étalait devant nous, à mille lieues de ce qu'on peut connaître, ou de ce qu'on croît connaître.

Toujours les mêmes scènes de vie qui se déroulent sous nos yeux : des femmes qui bêchent la terre, leurs gamins solidement attachés dans le dos ; un gosse, seul avec un troupeau de vache ; des hommes ramassant du bois ; et toujours cette succession de petites enceintes, bourgeonnant les unes des autres, petites cellules de vie en communauté.

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La misère est beaucoup plus palpable dans les villes, où les exclus existent. Dans les villages, tout le monde est à égalité, on vit en communauté, un gosse orphelin sera élevé comme les autres.

On se rend compte que le seul but dans la vie de ces gens est de vivre. Ils passent leurs journées à gratter un bout de terre, à la main, pour récolter fruits et légumes que les femmes iront vendre au bord de la route, histoire de gagner 3 sous pour pouvoir survivre. Mais ils sont heureux, les gosses jouent avec 3 fois rien, et leurs mères les regardent en souriant.

 

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Chaque enceinte est une concession, habitée par une seule famille. Le mari, sa femme, ses enfants, son autre femme, ses autres enfants, sa troisième femme, parfois les sœurs veuves de sa femme, ses neveux, ses nièces. Enfin la famille quoi.

Certaines huttes se situent sur « pilotis », à l'entrée de la concession. Ce sont en fait les greniers.

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Je m'aperçois que j'aime ce bus cahotant. C'est un endroit privilégié pour découvrir le pays. Sans bouger, il fait frais grâce au vent qui rentre par la fenêtre, et les nombreux paysages se déroulent sous nos yeux. Petit à petit le paysage passe de rouge et vert foncé ; à rouge et vert clair, puis rouge et jaune.

 

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Je m'aperçois que la moitié de mes photos ont été prise depuis la fenêtre du minibus. Installée au fond, fenêtre entrouverte, mon vieux Pintax à la main, je devorais des yeux le paysage, et mitraillais. Pourtant on ne peut pas dire que j'avais du matériel de qualité : un vieil argentique dont le flash ne marchait plus et dont le compartiment à piles tenait grâce à un bout de sparadrap.

J'ai découvert pendant ce voyage que le rembobinage de pellicule ne marchait plus vraiment non plus. J'ai malheureusement bousillé quelques pellicules en improvisant une chambre noire sur mon pull et en tentant de les rembobiner à la main.

Bref, il était déjà au bout du rouleau en fait cet appareil, mais j'ai une affection particulière pour lui, et je l'ai toujours avec moi. Les photos que j'ai prises avec lui ont une âme que je n'ai jamais vraiment retrouvée après.

Posté par docmam à 22:37 - - Commentaires [1] - Permalien [#]

18 septembre 2014

Chroniques de là-bas #1

Je me souviens de mon arrivée. Seule, parce que le reste de l'équipe était déjà sur place. On a utilisé au maximum les 30 kg de bagages qui m'étaient impartis, je trimbale un peu de matériel et des médicaments qu'on doit donner. Ça m'a posé quelques problèmes aux douanes, mais j'étais plus inquiète pour le saucisson caché au fond de mon sac.

Je me suis trimballé mes 30 kg toute seule dans le bus, puis dans le TGV, puis dans le RER, et l'autre RER, et l'aéroport. Évidemment ça devait arriver, je me suis cassé la figure dans le métro. J'ai glissé entre le quai et la rame, entraînée par mes 30 kg. J'ai pas trop compris, le biiip a retenti, des mains nous ont agrippés moi et mes sacs et traînés à l'intérieur de la rame.

Ce n'est qu'en essuyant mes larmes assise par terre au milieu des gens que j'ai réalisé que ça aurait pu être beaucoup plus grave qu'un pantalon déchiré et une cheville en vrac.

 

Pour le coup, ma cheville, bien que strappée à l'arrache, ne m'aide pas à porter mes bagages.

Mon avion a eu du retard, je ne sais même plus pourquoi. Sauf qu'à l'arrivée, ici, ils ont pas su dire combien de retard, plusieurs heures seulement. Je suppose que mes collègues sont venus, puis repartis. Je n'ai aucun moyen de les joindre, alors je prend mes bagages, et je m'assoie sur les marches à la sortie de l'aéroport.

Je chasse inlassablement les taxis qui insistent les uns après les autres pour m'emmener. Comme je ne sais même pas où je dois aller, c'est facile de refuser.

Je reste assise et j'attends. Je ne m'inquiète même pas, ça n'aurait servi à rien. De toutes façons, je n'ai pas trop le choix, je suis dans une ville inconnue d'un pays inconnu avec une cheville comme un ballon et 30kg de bagages, je ne vais pas aller bien loin, le meilleure chose à faire, c'est de rester là.

 

 

Arrivée à la capitale en charter. Ici le scooter est le moyen de transport national, il ne semble pas y avoir de code de la route, le slalom est un sport à maîtriser.

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Les plus riches maisons ont un toit, les autres se contentent de tôle ondulée. Les petites boutiques se succèdent, se payant parfois le luxe d'une enseigne en bois. La clop ou la portion de vache qui rit s'achète à l'unité, l'eau en petite poche de plastique.

Les gosses grouillent partout, ils semblent ne pas avoir de famille. Les mères les allaitent par terre sur le palier, à côté des canaux qui semblent servir de réseau d'égout précaire.

La poussière c'est le quotidien, tout est fait de terre battue, il va falloir s'y faire, ce pays c'est Roland Garros.

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Posté par docmam à 23:44 - - Commentaires [1] - Permalien [#]

Chroniques de là-bas : #introduction

Attaquons une nouvelle partie de moi, une partie qui avait soignement mis 3 sous de côté, et qui est partie voir ailleurs.

Il y a des écrits qui ne sont pas faciles à sortir. Non pas que j'ai vécu des situations difficiles. Mais il s'agit là de choses écrites il y a maintenant 10 ans. Je tenais à les retranscrire telles quelles, mais ma pensée a relativement évolué depuis.

 

Alors il y aura un peu des deux. Et ça ressemblera un peu à rien, tant pis.

 

En italique, la retranscription à l'identique de mes carnets de l'époque.

Posté par docmam à 23:28 - - Commentaires [1] - Permalien [#]



Fin »