Stétho, Marmots, Dodo et autres petits bobos...

16 mai 2012

L'habit ne fait pas le moine... bis

Il paraît que c'est la première chose à laquelle on pense quand on commence à parler mariage. Il paraît. Sauf que nous, on a pensé bonne bouffe, bon vin, et pour ma part, joli lieu. Alors au salon du mariage de GrosseVille, j'espèrais bien trouver la robe de mes rêves sans trop d'efforts. Enfin disons ma robe tout court, parce que je vous rappelle que je n'en ai jamais rêvée.

J'ai donc cherché l'inspiration dans les nombreux catalogues présents.

Je pensais naïvement que la quête de ma robe serait chose facile. Il existe des milliers de modèles différents, je n'ai pas d'idée bien précise en tête, ça ne devrait donc pas être trop dur de trouver quelque chose qui me convienne. Bon j'avais tout de même quelques critères éliminatoires.

 

En une heure j'avais donc éliminé tous les modèles de tous les catalogues.

Le maigre enthousiasme que je pouvais avoir commença à s'étioler.

 

Heureusement, des vendeuses compréhensives me remontèrent rapidement le moral.

« Pardon ? C'est pour cet été et vous n'avez toujours pas choisi votre robe ? Faudrait peut être vous dépêcher là ! »

« Nan mais comment vous pouvez dire que vous aimez pas alors que vous avez même pas essayé ? » (heu... parce que c'est moche ?)

 

En pleine rédaction de thèse, et n'étant pas transportée d'une forte excitation pour la chose, je n'ai pris rendez-vous que dans les 2 magasins spécialisés de GrosseVille. L'idée même d'aller à MégaCity me farcir 15 autres boutiques me faisait déprimer d'avance.

 

Jusqu'à ma première visite dans la première boutique, je croyais bêtement que c'était la future mariée (on dit bride-to-be quand on est « in » il paraît) qui choisissait sa robe. Mais il semblerait que les vendeuses décident de te refourguer ce qu'ELLES veulent, sans qu'il y ait vraiment de relations avec tes desiderata.

J'avais pourtant fait des efforts, passant des soirées entières à délaisser ma thèse (et je vous assure que j'aurais parfois préféré écrire ma thèse) pour dénicher des photos afin de me faire un peu une idée de ce qui me plairait. Ne trouvant pas une robe remplissant tous les critères, j'avais même – langue entre les lèvres – esquissé un croquis de ma robe idéale. Sans trop de détails hein, je suis pas compliquée, juste pour leur donner une idée de la coupe ou de la forme que je voudrais.

 

J'ai vainement cherché la ressemblance avec mon schéma devant les robes qu'on a sorties devant moi. Mais déjà quand j'ai dit « je veux pas de bustier » j'ai senti que je l'emmerdais. Visiblement 80% des robes étaient des robes bustiers, et si ce n'étaient pas le cas, elles étaient … heu... moches.

Alors quand j'ai osé ajouter « et pas de traîne, et pas trop de volume en fait, un truc assez fluide, qui tombe simplement », son regard en a dit long. C'est d'un air pincé qu'elle s'est attelé à mon cas.

« Bon déjà, vous voudriez quelle couleur ?

- ben blanche ou... comme ça là.

- Ça c'est pas blanc, c'est ivoire.

- Oui, blanc, ivoire, voilà.

- Ah c'est pas la même chose blanc et ivoire !

- Heu oui oui, mais j'ai pas de préférence particulière... » Ce qui voulait dire, je m'en branle, du moment que la robe me plaît.

 

Il faut être honnête, sur leurs porte-manteaux, aucune robe ne me tapait particulièrement dans l'oeil.

Une fois en cabine, je découvre tous le rituel : le jupon (« non mais moi je veux pas de jupon... - si. - ah bon. »), les chaussures ivoires moches, le soutien-gorge ivoire moche sans bretelle, le truc que tu peux pas enfiler tout seul, et tout ce volume de tissu superflu que j'essaie d’aplatir sous l’œil courroucé de la gentille vendeuse. Bref, on est quand même loin du conte de fée.

 

Mais... mais... quand je suis sortie de la cabine dans ma robe scintillante (en trébuchant dessus car c'est du 44 alors que je fais du 38) ben ça a quand même fait son petit effet. Contre mon gré même, je m'y attendais pas, mais j'ai bien vu que même ma copine-témouine qui n'est pas non plus du genre à fantasmer sur « le-plus-beau-jour-de-sa-vie » était restée silencieuse quelques instants avec de grands yeux.

 

Au bout de quelques essayages, il a bien fallu se rendre compte que les robes-pas-bustier que je m’entêtait à essayer ne ressemblaient à rien. Et qu'en plus de vouloir me refourguer des robes moches, la vendeuse ne se gênait pas sur les gentilles remarques.

« bon vous allez avoir un voile ? - Heu non. - vous laissez poussez les cheveux alors ? - non. - Ah »

« Mais il FAUT une traîne, c'est plus joli pour la sortie de l'église !!! »

« Bon là c'est sûr, ça va pas, comme vous avez la taille marquée et pas de poitrine... » (heu... je t'emmerde?)

J'ai cru que j'avais blasphémé quand j'ai dit que plaire à mon mari, c'était certes bien, mais qu'il fallait peut être que ça me plaise à moi aussi.

 

En repartant, même si j'avais trouvé 2 ou 3 jolies robes qui feraient bien l'affaire, il a bien fallu que j'accepte que la robe qui remplissait mes quelques critères n'existait pas. Ou alors ailleurs, et bien plus cher.

 

Après quelques visites pour être sûre, mon choix s'est donc porté sur une robe pas bustier bustier, blanche et marron ivoire et chocolat, avec encore un peu trop de volume à mon goût, mais je suis en négociation avec cette sournoise vendeuse pour essayer de réduire encore ce fichu jupon.

 

Bref j'ai acheté ma robe alors que j'avais pas la tête à ça, et ce n'est qu'une fois la robe commandée et ma thèse finie que j'ai déniché des photos des robes que je voulais.

Mais qui coûtent en moyenne 2000€ de plus que ma mienne. Et qui auraient nécessité plusieurs voyages à Paris. Genre ça.

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Pas de regrets, je n'avais de toutes façons pas l'intention de claquer un (autre) bras pour une robe, qui bien qu'elle soit importante, ne sera portée qu'une seule fois.

 

Et même si ce n'est pas la robe-de-mes-rêves-dont-je-n'ai-jamais-rêvée, je suis quand même une bombasse dedans.

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07 mai 2012

Juste après

Devant le lycée pas loin de chez moi, ils ont construit un gros dos d'âne depuis, au niveau du passage piéton. Et à chaque fois que je passe dessus, 2 à 4 fois par jour en moyenne, j'y repense.

De moins en moins fort mais toujours. Des flashs. Des images, des sons.

 

Dernières semaines à l'hôpital, dernière garde aux urgences. Cette ambiance si particulière en arrivant. Pourtant à vue de nez, tout semble habituel. Des malades en salle d'attente, des malades dans les box, des gens qui s'affairent dans les salles et les couloirs. Mais ce je-ne-sais-quoi d'un peu oppressant qui te fait comprendre qu'il s'est passé quelque chose. Des mines un peu plus fermées peut être. Moins de bruits, des chuchotements ici ou là.

Je suis arrivée juste après la bataille. Une ou deux minutes seulement. J'ai regardé par la petite fenêtre du box, poussée par cette curiosité morbide qui nous habitent tous plus ou moins, celle qui crée des bouchons sur l'autoroute en sens inverse de l'accident ; celle qui fait que même si on peut rien faire, et surtout si on peut rien faire, on s'approche, pour avoir vu, pour être là, comme pour participer à l’événement, tout morbide qu'il soit. « J'étais là. » « J'ai vu. »

 

Ils débranchent les appareils, ils nettoient le sang partout. Je rentre dans la pièce et je m'approche. Je range quelques compresses, comme pour justifier ma présence inutile. Je le regarde. Étonnamment, rien ne transparaît sur son visage, à part son teint blanc. Il a l'air apaisé. Ses artères sont vides, ils n'arrivent pas à faire de prélèvements. Alors l'un des médecins, en dernier recours, pique au pif dans le poumon. Tout le sang est là. Il fait une plaisanterie, je souris de façon réflexe, c'est probablement sa façon à lui de dédramatiser et de prendre du recul. Je finis par sortir, pas par envie, mais parce que je n'ai vraiment rien à faire là.

Parce que le tableau des personnes à voir se remplit de plus en plus. Alors à contre cœur, je prends le premier dossier et je fais ce que je suis sensée faire. Parce qu'on est professionnel, que nos émotions ne doivent pas influer, que les autres patients n'ont pas à en supporter les conséquences tout ça tout ça. En ressortant du box, je m'installe sur un des ordinateurs de travail, juste de l'autre côté du mur. De CE mur.

Toutes les têtes se tournent à un moment, il y a des chuchotements. C'est lui. Lui, c'est le médecin qui est est intervenu, qui est parti avec le SMUR, qui a posé des drains, qui a intubé, qui a essayé, même si il savait au fond, que c'était plus la peine ; et qui vient d'aller se changer pour enlever sa tenue ensanglantée.

Lui, ce jeune chef des urgences, qui vient de respirer un grand coup et qui se dirige vers la salle d'attente pour aller chercher la famille.

 

Je baisse la tête et me concentre sur mon écran. Le silence est devenu encore plus pesant, étouffant. Le silence qui précède la tempête.

Mais intérieurement, je sens cette boule là, dans ma poitrine.

Ils passent en se soutenant mutuellement, à quelques mètres de moi.

Je feins de me concentrer sur mon dossier mais je ne peux pas m'empêcher de leur jeter un coup d'oeil.

Ils rentrent dans la pièce.

J'inspire doucement, j'écris quelques mots.

Les cris attendus retentissent. « NOOOOOOONNNN !!!!!! NOOOOOOONNNN !!!! MON BEBE !!!!! NOOOONNNN !!!!!!!!!!! »

Pleurs déchirants.

Mes doigts dérapent sur le clavier. J'avale ma salive. A côté de moi, ma collègue penche la tête en arrière.

Une voix d'homme maintenant. « PUTAIN !!! IL AVAIT QUE 14 ANS !!! IL AVAIT QUE 14 ANS !!! JE VAIS LE TUER !!!!! » Un coup retentit dans le mur mitoyen qui nous sépare.

Je sursaute.

Celui qu'il veut tuer, c'est le conducteur du poids lourd, en état de choc quelques salles plus loin. Qu'on a dû faire arriver par une autre entrée, pour éviter qu'ils ne se croisent.

Un autre coup de poing dans le mur. Ce coup ci j'ai vraiment cru qu'il allait traverser.

Je ne peux pas rester là, je ne peux pas.

Je me dirige un peu plus loin, dans la salle de repos, je prend un verre d'eau, pour avoir l'air de faire quelque chose.

Ma collègue rentre à son tour, elle prend un verre également. Nous ne sommes dupes ni l'une ni l'autre, ce n'est pas la soif qui nous amène ici. Cette pièce, c'est un peu un sas de décompression, là où on vient quand on n'en peut plus, quand on veut faire une pause, ou tout simplement glander. Mais pour pas avoir l'air de glander, on prend un verre d'eau, ou de café quand il y en a. Elle devrait être chez elle d'ailleurs, elle a fini sa garde quand je suis arrivée, à 18h30. Mais elle n'a pas réussi à partir tout de suite. Pas comme ça, juste après ça.

 

Le verre d'eau fini, il a bien fallu y retourner. Les cris et les pleurs ont duré jusqu'à minuit, dans la salle 5, résonnant dans tout le service.

La boule au ventre, beaucoup plus longtemps.

 

Sur l'arbre, à côté du passage piéton, il y a une plaque, des fleurs, des peluches. Un an et demi après, toujours.

Je ne suis pas les dizaines de camarades de classe qui l'ont vu passer sous les roues du camion à quelques mètres d'eux.

Je ne suis pas l'infirmière du lycée qui s'est précipité immédiatement pour faire de – malheureusement vains – gestes de secours.

Je ne suis pas le chauffeur du camion, qui a redémarré sans voir ce dernier garçon qui arrivait en courant et qui a cru pouvoir passer, et qui a juste senti quelque chose sous sa roue.

Je ne suis pas les pompiers ni l'équipe de SMUR.

 

Et pourtant à chaque fois que je passe, je revois son visage, j'entends les pleurs, les cris.

Et pourtant je ne suis que la fille qui est arrivée juste après.

Posté par docmam à 00:00 - Commentaires [6] - Rétroliens [0]
26 avril 2012

L'habit ne fait pas le moine...

… mais il fait le médecin.

 

Enfin si on écoute ma mère.

Qui semble garder l'image du médecin « notable du village » qui se doit d'avoir un certain standing et une certaine allure.

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Je m'en suis vite rendu compte, lors de certaines situations... cocasses (pour ne pas dire carrément-honteuses-que-j'ai-eu-la-loose-de-ma-vie).

GrosseVille, première année d'internat.

L'air se fait plus frais, et j'ai oublié mon manteau à Trouville. J'appelle donc Mère, qui doit justement passer à GrosseVille le lendemain.

« - Ton manteau... la parka beige là ?

- Et ben oui, mon manteau quoi, j'en n'ai qu'un.

- Nan mais le vieux machin dégoûtant là ?

- Ben c'est vrai qu'un coup en machine ça lui ferait pas de mal mais...

- Mais elle est trouée !

- La brûlure de cigarette là ? Mais on la voit à peine...

- Non.

- Non quoi ?

- Non tu peux pas mettre ça.

- Ben... si, c'est mon manteau quand même.

- Non. Non.

- Mais... mais j'ai froid moi ! Amène moi mon manteau.

- Non je peux pas.

- … »

 

Là j'ai senti qu'il y avait vraiment un blocage, et qu'elle ne rigolait pas. Il fallait débloquer la situation.

«- Mais Maman, c'est mon manteau...

- Nan mais t'es médecin, tu peux pas mettre ça.

- Mais Maman, je consulte pas en parka, c'est pour traverser la cour de l'internat jusqu'à l'hosto, c'est bon !

- …

- …

- Faut au moins que je la lave. »

 

Le lendemain midi, mon manteau lavé devait m'être livré à l'internat. Malheureusement, la faute à une césarienne traînante, je n'étais pas là lorsque Mère est arrivée à l'heure du repas. Ne me voyant pas, elle interpelle donc la première personne qu'elle croise. A savoir le chef de service de cardiologie. Qui retourna dans la salle commune où mangeait l'ensemble des internes et des médecins du CH pour demander si « Docmam était là parce qu'il y a sa maman qui lui ramène son manteau ! »

Au milieu de l'hilarité générale, une de mes cointernes se dévoua pour récupérer le paquet, à laquelle ma mère précisa qu'elle avait recousu le trou de la cigarette et qu'elle l'avait lavé, ce pourquoi il était encore un peu humide.

Inutile de préciser que j'en ai entendu parler longtemps.

Quand j'ai eu besoin d'un sac de vrai docteur pour mes stages en libéral et mes premiers remplacements, Mère a déniché une sacoche dont mon père ne se servait pas, et qui me dépannerait transitoirement, le temps d'acquérir une VRAIE sacoche de docteur. Qui ressemble évidement à ça :

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Malheureusement pour elle, ma sacoche transitoire me va très bien pour le moment. Elle orne même ce blog.

Je m'étonne presque qu'elle n'ait pas suggéré qu'il faudrait peut être que j'investisse dans une Mercedes, parce que ça faisait un peu pouilleux de faire ses visites en 206-pourrie, pleine de rayures et de gnons.

 

Le message était clair, j'avais intérêt à pas lui faire honte quand je venais travailler à Trouville. La plupart du temps, je n'avais pas non plus d'efforts démesurés à faire, je m'habille naturellement de manière décente, il faut le reconnaître. Je ne m'habille pas au cabinet comme si j'étais en vacances à la mer, et je pense que ça serait pareil quel que soit mon métier.

 

Mais au moindre faux-pas, Mère est là. Comme cette fois où j'avais mis intentionnellement ma vieille veste en cuir, parce qu'une veste en cuir, ça doit sûrement faire docteur selon les critères de ma mère.

« - Tu vas quand même pas mettre ça ?

- Ben c'est une veste en cuir ! Ça fait classe non ?

- Mais elle est tout élimée !!

- Ben elle commence à être vieille, ça fait vintage...

- Non ça fait moche, et pouilleux. »

 

Privée de ma parka beige et de ma veste en cuir, il a bien fallu que je rachète des manteaux.

 

Et ce matin, c'est avec une pointe d'appréhension que j'ai boutonné mon jean. Le fameux jean boyfriend acheté il y a pas longtemps, et déjà détesté par l'Ours (ça te fait pas des belles fesses).

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Et ça n'a pas manqué, ce midi, avant de même de dire bonjour, elle a fixé mon pantalon.

 

« - T'es quand même pas allée travailler comme ça ?

- (telle l'ado se rebellant) Ben si, et trucs de ouf, les gens sont pas partis en hurlant. Et en plus j'avais des Converses (et toc)

- (haussant les épaules) Non mais tu vas pas garder ça, c'est bien pour rester à la maison, pas pour aller bosser.

- Mais arrête, c'est pas déchiré non plus, les gens ils sont pas choqués...

- Bien sûr que si.

- Et ben je demanderais à mon remplacé « ça va ? Pas eu trop de retours négatifs de mon jean ? »

 

Là dessus elle n'a rien répondu, même si j'ai cru qu'elle m'empêcherait de retourner au cabinet dans cette tenue déplorable.

N'empêche, si j'insiste demain et que je récidive, je crains de me faire virer de chez elle et devoir manger sur le trottoir.

Je crois que le bon repas va gagner sur ma volonté de m'affirmer sur l'autorité maternelle.

Posté par docmam à 23:56 - Commentaires [8] - Rétroliens [0]
19 avril 2012

Ce rêveeeuh bleu...

Pour ceux qui ont suivi, Docmam va se marier.

Rassurez-vous, ce blog ne va pas devenir rose (j'aime pas le rose), et j'espère que ça ne transpirera pas la mièvritude, la guimauve et le love-joie-ponheur-poney. Enfin si c'est le cas vous me prévenez que j'y remédie.

Mais il y aura un peu d'émotion et de fleurs quand même, on peut pas parler de son mariage à venir en restant cynique en permanence non plus.

Faisons sauter un premier cliché : ce n'est pas mon rêve de petite fille qui se réalise. Loin de là. Parce que je n'ai jamais rêvé de mariage en étant gamine. Encore moins de grande robe blanche. (Ou même de robe tout court en fait).

En grandissant un peu, c'est même plutôt l'inverse qui s'est produit. Si passé 14 ans je me suis mise certes à rêver du Prince Charmant :

    1. il était bien loin de ressembler à l'Ours
    2. j'étais plutôt contre le mariage, le seul intérêt que j'y voyais, c'était la fête et les cadeaux ; et j'étais plutôt du genre « pas-besoin-de-lien-à-l'amour-les-sentiments-suffisent » Bref, le mariage c'est un « tue-l'amour qui nous plonge dans la monotonie-alors-que-sans-on-se-décarcasse-pour faire-vivre-son-couple-au-moins »

Donc le mariage n'était pas un rêve de petite fille, ni même d'ado, mais il est lentement devenu un projet de femme. Projet qui a mûri et qui s'est imposé naturellement, parce que c'était lui tout simplement, parce qu'il n'était pas un Prince Charmant, mais qu'il était l'Ours.

Et ça s'est imposé pour plein de raisons différentes, et entre parce que j'ai compris mariage ou non, ce n'est pas ça qui tue l'amour et nous plonge dans la routine. Que c'était bête de penser ça. Que le mariage c'est ce qu'on en fait et qu'il ne tient qu'à nous de le transformer en long fleuve tranquille ou en aventure permanente.

Et que si on ne fait rien pour cultiver cet amour, c'est n'est de toutes façons pas un mariage qui le sauvera.

 

Ça ne veut pas dire non plus que je n'ai pas douté, et que je ne doute pas toujours parfois. Et je pense que je douterais toujours, de tout, toute ma vie. Mais c'est humain de se remettre en question et c'est bon parfois.

Et si j'avais dû attendre d'être sûre à 100% de tout avant de faire quoi que ce soit, je crois que j'aurais pas fait grand chose dans ma vie.

Et au final, malgré tout ce qu'on a traversé, avec l'Ours, la distance, la maladie, l'arrivée impromptue d'une Tétarde et TROIS thèses bordel, TROIS thèses... ben il est toujours là, et moi aussi.

Alors un couple qui survit à trois thèses et qui souhaite toujours se marier... moi je dis que c'est bon signe.

 

Je regarde donc d'un œil un peu étonné et curieux mon amie qui a déjà repéré ZE robe depuis des années, et qui sait déjà où ça se passera, et qu'il y aura des bouquets de renoncules. Tout ça alors que ça fait 2 mois qu'elle est avec l'homme potentiel de sa vie, qu'il habite à 1500 km de chez elle, et qu'ils n'ont jamais parlé mariage encore. (Remarque, si elle lui balance tout ça d'un coup, il risque de se barrer en courant)

Moi à l'inverse je suis une éternelle indécise. J'arrive jamais à me décider, et quand je le fais, en général c'est trop tard. Je réagis toujours avec un train de retard.

Le temps que je me décide si je veux ce jean, en général y'en n'a plus. Bon souvent, je vois le bon côté : je fais des économies.

J'ai toujours 1 à 2 ans de retard sur la mode. Quand ça sort et que tout le monde le porte, je trouve ça nul, et des fois 2 ans après je me dis que finalement c'est sympa.

Quand je suis tombée enceinte, j'ai mis plusieurs mois à bien réaliser et à m'en réjouir.

Là, pareil. Quand on a décidé de fixer une date, on a vite choisi le lieu, parce qu'on savait qu'il fallait s'y prendre tôt. Et puis voilà. J'ai pas visité toutes les boutiques de robes, ni écumé les blogs déco. J'ai rangé le dossier dans un coin en me disant qu'on verrait bien plus tard.

J'avais pas vraiment la tête à ça.

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(La thèse nuit gravement à la santé, et au couple)

 

Comme pour ma grossesse, mes parents et mes amies étaient bien plus excitées que moi. Et c'est ma mère qui a dû insister pour que je commence les démarches.

« Bon et t'as préparé les faire-parts ? Parce qu'il fait se dépêcher et prévenir les gens là !!! Et ta robe t'as choisi ?

- Heu... non. »

En janvier, on s'est donc mis un coup de pied au cul, et comme un bon petit couple modèle, main dans la main, l'Ours et moi sommes allé au Salon du Mariage de GrosseVille.

 

Quand le traiteur de nos rêves nous a rit au nez en nous disant qu'il était déjà presque booké pour l'été 2013... là on a compris qu'il fallait un peu se réveiller.

Posté par docmam à 22:09 - - Commentaires [10] - Rétroliens [0]
16 avril 2012

Un jour, mon Prince viendra...

Un jour mon Prince Ours viendra.

Parlons un peu de lui quand même.

Je ne suis pas toujours très tendre avec l'Ours. Surtout ici évidement, puisque c'est plus facile de venir râler que de venir raconter que tout va bien.

Bref à ne prendre que ce que je dis ici ou là, on peut se demander ce qu'on fait ensemble. Bon évidement je me le demande parfois aussi.

Mais dîtes-vous que si nous sommes toujours ensemble malgré toooooouuuus les mauvais côtés dont je parle, c'est qu'il doit y avoir un sacré paquet de bons côtés pour compenser. Je raconte pas les bouquets de fleurs qu'il rapporte à la maison, ni les tasses de tisane qu'il m'apporte sans que je lui demande quand je suis coincée sous mon plaid avec mon ordi. Ni lorsqu'il me laisse sortir avec mes copains sans rien dire alors que je sais qu'il n'aime pas ça. Ni toutes les concessions qu'il fait pour l'organisation de notre mariage, pour que ça me fasse plaisir à moi.

 

La thèse – que dis-je – LES thèses ont un peu tendance à exacerber les tensions... Et depuis 8 ans que nous sommes ensemble... nous avons vécu 7 ans de thèses. La sienne, la mienne, re la sienne (oui il est pas net je vous le dis), notre vie tourne autour des thèses depuis un moment...

Tout ça a donné des échanges savoureux durant les derniers mois, comme quand je lui ai demandé en larmes de m'aider, 2 mois avant la soutenance, parce que j'avais vraiment besoin de pouvoir me consacrer UNIQUEMENT à mon travail. Et pas à faire les courses, tous les repas, et m'occuper de Tétarde en plus.

« - Ben toi on peut pas dire que tu m'as aidé pour ma thèse à moi hein...

- Ah. Première nouvelle. Pas sur ta thèse en elle-même, mais j'ai tout fait pour que tu n’aies que ça à gérer... Je m'occupais de Tétarde, je faisais toutes les courses, les repas... ! J’espérais juste que quand ça serait mon tour je puisse me concentrer dessus aussi !

- Attends ! Ne me dis pas que je suis pas présent !!!

- Heu... ok, ben me dis pas que tu es présent.

- Tu veux quoi, que j'arrête les pompiers ? Que j'arrête le hockey ? Attends moi je t'ai pas empêché de vivre pendant ma thèse !

- Hein ??!! Ben on n'a pas la même définition de vivre alors ! Ça fait 7 ans qu'on part pas en vacances « parce que non je peux pas y'a ma thèse » on part même plus en week-end, à la maison tu fais que ça ! Ça a duré des mois, des années, où j'ai fait des efforts, et moi je te demande deux mois, c'est quand même pas trop demandé !!! »

 

 tu m'aimes

(Scène on ne peut plus réaliste de nous ces derniers mois, La thèse nuit gravement à la santé)

 

Bref, maintenant que tout est passé, j'en parle plus sereinement, mais inutile de préciser que c'était tendu. Et que malgré sa promesse de faire des efforts pour me décharger, il n'a jamais été aussi absent que durant ces deux mois.

L'abcès a gonflé pendant ces semaines, où je ne le voyais quasiment pas malgré mes demandes, où l'un comme l'autre la moindre remarque nous faisait partir au quart de tour. (quoi le thèsard est susceptible et à fleur de peau ?)

 

Et puis un jour... j'ai lâché prise. J'ai arrêté d'attendre de l'aide de sa part. Sans méchanceté aucune, j'ai juste accepté qu'il ne pouvait pas faire plus, et que je me faisais plus de mal qu'autre chose à ronger mon frein comme ça.

J'ai surtout arrêté (enfin temporairement) de nous comparer aux autres couples. Ceux chez qui ça se passe toujours mieux que chez nous (mon œil). Vous savez, ces couples qui ne se disputent jamais, qui partagent plein de choses, qui sont épanouis, qui semblent toujours sur la même longueur d'onde, qui font l'amour plus souvent et qui assurent grave quand l'un deux passe une thèse. (Je me dis surtout qu'avec un peu de bol, ils se disent la même chose de nous)

J'ai accepté qu'on n'était pas comme les autres, que les autres n'étaient pas comme nous, et qu'il fallait arrêter de vouloir faire comme ceux qui n'ont pas d'enfants et qui finissent à 17h. On ne fonctionne pas comme eux, et il faut faire avec. J'ai un Ours qui a un boulot prenant, qui – pour moi – a quitté Paris mais qui doit y retourner régulièrement, et qui a besoin de hockey et de pompier pour être équilibré. C'est comme ça et ça sert à rien que je m'énerve contre ça.

Car l'Ours porte bien son nom. Il est imposant, il est doux, on lui fait des câlins, mais quand il grogne ça fait du bruit, et quand il veut donner une pichenette, il t'envoie valser à l'autre bout de la pièce sans s'en rendre compte. (C'est une image, je ne suis pas une femme battue hein)

Et je préfère largement qu'il aille se défouler avec ses copains hockeyeurs plutôt que d'avoir un gérer un trop plein d'énervement à la maison.

 

Bref, nous ne sommes pas un couple tranquille, il y a des caractères à gérer (pas le mien évidement je suis une crème) mais au final on va quand même se marier. Malgré les thèses. Et même si on a été des conjoints indignes qui méritont même pas notre place dans les remerciements.

Posté par docmam à 16:21 - - Commentaires [8] - Rétroliens [0]


15 avril 2012

Lune de miel

Ils sont là, ces jours que j'ai tant attendus. Ces jours rêvés, ces jours qui deviendraient les plus beaux de ma vie, où tout serait magnifique, où je pourrais faire tout ce que j'avais du remettre à plus tard, où les conflits s'éteindraient, où l'Ours et moi arrêterons de nous disputer pour passer des moments complices et romantiques... bref ces jours complètement idéalisés...

 

ces jours APRES la thèse.

 

Alors évidement, je savais. Je savais que j'idéalisais. Alors que je désespérais de ne même plus pouvoir aller boire un verre avec les potes, je savais en même temps que je ne savourerais pas à sa juste valeur le plaisir de pouvoir y retourner.

Je savais que ce sentiment de béatitude ne durerait que quelques jours à peine et que la vie reprendrait son cours, rapidement.

 

Alors j'avais anticipé. Je m'étais fait une liste, des choses à faire, des projets que je voulais faire depuis longtemps...

 

Et c'est arrivé. Je suis devenue un vrai Docteur. Et c'était tout de même étrange de constater que ce jour où le monde a recommencé à tourner pour moi, rien n'a changé pour le reste du monde.

Mon tout nouveau doctorat ne faisait pas la une du 20h. Il n'y a pas eu de jour férié. Le soleil n'est même pas revenu pour fêter ça, alors que c'est ce qui était prévu dans mes jours rêvés.

Alors j'ai vite vite profité, avant que la vie ne reprenne trop vite son cours. Avant que je réagisse dans deux semaines quand je devrais retourner au boulot en me disant « Mais... mais j'ai rien fait ce que je j'avais prévu, je suis juste restée dans mon canap la loose. »

J'ai été chez mes parents, avec mon grand père, mes sœurs, mon frère, on a fêté ça, des anniversaires, des thèses, des cadeaux, des gâteaus et surtout être tous ensemble.

gateau thèse

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Je lis, je cuisine, je décore, je blogue, je collecte des idées, des photos, je pense à mon mariage, je range, je trie ma paperasse, je règle tout ce qui encombrait mon esprit et mon bureau.

 

Bref je profite de ma lune de miel.

 

 

 

(et en parlant de lune de miel... je cherche des idées de voyage qui plairait ET à moi ET à l'Ours... bonne chance...)

Posté par docmam à 00:49 - - Commentaires [13] - Rétroliens [0]
03 avril 2012

Peut-être que la misère... sera moins pénible...

C'était mon premier remplacement à BledPaumé, je dois aller en visite dans un patelin paumé. Plus exactement, dans un recoin d'un hameau d'un patelin paumé.

Je vais les voir toutes les deux, elle a environ 70 ans, et sa fille handicapée, qui a une quarantaine d'années. Elles ont toujours vécu toutes les deux, le père est parti depuis belle lurette.

« Oui je vois Saint Pierre... quand j'arrive par la route de BledPaumé ?

- ah ben par la route de BledPaumé c'est facile, c'est sur la gauche, vous verrez c'est facile, y'a un gros arbre. (oui c'est vrai qu'en pleine campagne, c'est rare)

- mais il faut que je traverse Saint Pierre ?

- Mais naaaaan !!! (suis-je bête) C'est une route sur la gauche, avant Saint Pierre.

- Bon d'accord, donc je pars de BledPaumé, je prend direction Saint Pierre, mais avant Saint Pierre je prend à gauche. Et là c'est facile à trouver, y'a plusieurs maisons ?

- Ben une fois là c'est facile, c'est la première maison à gauche, y'a un arbre. »

 

Je prend les dossiers papiers, parfois le médecin que je remplace fait un petit schéma pour indiquer le chemin, et il note les indemnités kilométriques. Mauvaise pioche, pas ce coup là.

Après une dizaine de kilomètres, avant d'arriver à Saint Pierre, je me met au pas, je fais ralentir les tracteurs, je scrute sur ma gauche, je prend une route qui tient plus d'un chemin, mais qui a l'air d'arriver quelque part. J'aperçois un groupe de maisons. Pleins de gros arbres. Et aucune maison à gauche, elles sont toutes à droite.

Pour une fois, il n'y a personne pour demander mon chemin.

 

Alors je scrute les boites aux lettres. Je dois m'arrêter et ouvrir la fenêtre. C'est une toute petite boîte rouillée, sur un vieux portail en bois branlant, mais c'est bien le bon nom qui est gravé à la main.

Il n'y a pas de place pour se garer, alors je laisse la voiture sur le chemin. De toutes façons personne ne passe par là, je crois qu'il n'y a plus rien au bout.

C'est une vieille maison. Enfin un bout de maison. De l'extérieur, on dirait une grange en ruine. Pour accéder à la porte on traverse un jardin qui tient plus du champ, il y a des clapiers délabrés au milieu.

Je grimpe quelques marches, frappe et rentre sans attendre la réponse. Parce qu'en général il n'y en a pas. Je franchis le rideau stop-mouches, les perles de bois s'entrechoquent. En réalité, il stocke les mouches à l'intérieur, ça vrombit autour de moi.

 

Elles m'attendent, je pose ma sacoche sur la table, dans l'une des deux pièces de leur logement.

Dans la pièce du fond, il y a le lit de la fille, et des toilettes séparées je crois.

Dans la première pièce, il y a le lit de la mère, un lavabo/évier, une cuisinière, un poil à bois, une petite table en bois, 4 chaises.

 

Je suis à peine arrivée qu'elles se déshabille, les tabliers à carreaux, les robes, les jupons, les maillots de corps. Au fur et à mesure, l'odeur de la sueur emplit la pièce. Je les examine, je refais leurs ordonnances. Elles veulent m'offrir à boire. Je me sens obligée d'accepter, parce que pour une fois j'ai le temps avant ma prochaine consultation. Mais pour une fois je n'ai pas trop envie de m'attarder.

Le sourire qui éclaire leurs visages quand j'accepte me confirme que j'ai bien fait. Avoir le docteur à leur table quand même. Elle pose devant moi un vieux verre en pyrex, comme ceux qu'on avait à la cantine, dans lequel on lisait notre âge. Elle n'a que du sirop de pêche à m'offrir, avec de l'eau du robinet, elle s'excuse. Par réflexe je lui répond que ça ira très bien. Et d'ailleurs c'est vrai, il faut chaud, et ça va très bien.

Elle ouvre une boîte de gâteaux secs et insiste. J'en prend un. Il est vraiment sec. Je me force à finir. On entend les mouches voler, au sens propre comme au figuré.

 

Elles sont gentilles, mais elles n'ont pas inventer le fil à couper l'eau tiède ; la conversation est limitée. Je leur demande les aides qu'elles ont à la maison. Les choses ont l'air bien organisées.

Je suis contente finalement d'être restée quelques minutes avec elles, mais je finis par prétexter une visite imaginaire à faire pour m'éclipser. Je les remercie chaleureusement pour le verre.

Je passe le rideau à mouche, puis la porte.

Dehors j'ai l'impression de respirer à nouveau. Je vois les collines verdoyantes du BledPaumois et je souris, comme à chaque fois. C'est magnifique.

 

La pauvreté et l'isolement de ces femmes ne me sautent aux yeux que lorsque j'atteins la voiture, alors que c'est la première chose que j'aurais vu si elles avaient vécu dans un minable HLM en ville.

La misère est-elle plus acceptable, quand elle est entourée de beaux paysages ?

 

J'ai eu l'impression de passer d'un monde à un autre en retournant au cabinet, et au final, nous sommes probablement le seul lien qu'il leur reste avec le reste du monde.

Posté par docmam à 14:34 - - Commentaires [7] - Rétroliens [0]
30 mars 2012

Bonjour bonjour les hirondelles

Je l'attendais avec impatience ce début de printemps. Comme tous les ans remarquez. Comme tout le monde, je suis heureuse de revoir le soleil, de manger en terrasse, de voir les arbres qui bourgeonnent, et les fleurs qui fleurissent.

 

Comme beaucoup j'ai des envies de projets, de balades, de grand ménage et de jardinage.

 

Et en plus cette année, l'arrivée du printemps correspond plus ou moins avec la fin de ma thèse et le début de mes vrais préparatifs de mariage, c'est dire si je l'attendais.

Tel Flash McQueen ayant explosé ses pneus, j'ai l'impression d'avoir atteint la ligne d'arrivée en rampant.

 

Mais ce que j'attendais particulièrement, c'était la floraison des arbres de GrosseVille. GrosseVille n'a rien d'exceptionnel, mais je tire mon chapeau aux responsables des espaces verts, parce que c'est chouette ce qu'ils font.

 

Et j'attendais que s'illumine le gros rond-point de GrosseVille. Celui que je prends tous les matins et tous les soirs pour aller chez SuperNounou, avec la même joie pour déposer le Tétarde matin que pour la récupérer le soir. (Notons qu'à l'inverse Tétarde râle autant pour y aller que pour en repartir)

Et ça ne manque pas. A chaque fois j'ai le sourire devant ce paysage, et j'entends Tétarde derrière qui s’esbaudit « Oh zoli zabres ».

 

Une petite clairière enchantée telle qu'on pourrait voir dans Blanche Neige se tient au milieu du rond-point, avec ses sapins, ses jonquilles et ses prunus en fleurs. A chaque fois je m'attends à voir surgir un faon de derrière les broussailles, éclairé par un rayon de soleil. (Mieux vaut que ça n'arrive pas, le pauvre se ferait assurément écrabouiller en moins de 2 minutes).

Ce matin, enveloppée dans une pluie de pétales rosés, je me sentais telle Maître Oogway s'envolant du pêcher de la sagesse divine.

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Alors malgré les moqueries de l'Ours, j'ai immortalisé mon rond-point.

 

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Posté par docmam à 14:27 - - Commentaires [12] - Rétroliens [0]
07 mars 2012

Vacances !!!! (des autres)

D'habitude j'aime bien remplacer à Trouville.

 

Mais d'habitude, maman est là, dans sa maison juste en face de la maison médicale, et elle me prépare de bons petits plats le midi. Je traverse la rue, je met les pieds sous la table. Parfois même elle garde Tétarde, quand ça m'arrange.

Mais là maman ose être en vacances, et c'est beaucoup moins drôle.

 

D'habitude la moitié des médecins du secteur ne sont pas en vacances, surchargeant malgré eux le planning des autres.

 

D'habitude l'Ours est là, et il va chercher Tétarde à l'heure chez la nounou. En fait non soyons honnête c'est très rare. Mais là ça me pèse encore plus que d'habitude.

 

Parce que d'habitude je n'ai pas un manuscrit de thèse à rendre dans une semaine, avec une directrice de thèse en vacances et un président de jury exigeant des choses avant tout de suite et ne donnant pas de nouvelles une fois qu'il les as.

 

D'habitude je ne prend pas des week-end de garde juste avant la date fatidique où je dois monter à CHUCity rendre une thèse pas prête.

 

D'habitude je ne suis pas obligée de choisir entre mes principes ou me mettre à dos mon entourage.

 

Et d'habitude tous les dépressifs du canton ne décompensent pas en même temps. D'habitude j'aime bien les dépressifs. Mais là je crois qu'ils ont attendu que je sois là pour aller encore plus mal. Et ce sont des consultations longues, et éprouvantes.

Comme celui-ci pour lequel je passe 20 minutes au téléphone avec son psychiatre pour négocier une hospitalisation.

Ou tel autre qui arrive avec des signes évident de sevrage; et qui avoue boire 6L de vin par jour. Plus du cannabis, et de l'héroïne, et des anxiolitiques. Il est menuisier et bizarrement, à son boulot, ils n'ont pas voulu le laisser grimper sur le toit.

Ou encore celui-là qui est en pleine détresse parce que sa femme s'est barrée.

 

 

Alors je rentre vers 21h chez moi, après avoir été cherché ma fille chez SuperNounou qui fait des heures sup malgré sa bronchite, l'anniversaire de la mort de son père et le décès de sa grand mère.

 

Et je lui donne son bain, je la met en pyjama, je la couche, elle n'est pas d'accord, elle se relève, je me fais réchauffer un truc au pif dans le frigo, je la recouche, je mange.

Alors là j'ai un peu de temps alors je fais un peu de ménage, attaque brillamment la conclusion de ma thèse, lit le dernier Prescrire, passe un moment romantique et sesquel avec l'Ours...

m'écroule comme une merde sur mon canap et je m'endors. En espérant recharger suffisamment les batteries pour faire mieux demain.

 

Et ta thèse elle avance ?

docmam(Un grand merci à Tis qui a réalisé ce dessin pour moi... un conseil, allez vous promener sur La thèse nuit gravement à la santé...)

Posté par docmam à 15:33 - - Commentaires [2] - Rétroliens [0]

De l'autre côté du miroir

J'avais déjà une heure de retard quand il est entré. Il était tard, mais il n'était même pas le dernier. Mais quand il a commencé par « il faut que vous me donniez quelque chose pour dormir » j'ai su que j'allais pas rattraper mon retard. Ni aller chercher Tétarde à l'heure chez la nounou.

A choisir, quite à ne pas être le médecin parfait, je préfère être un bon médecin qui prend le temps, plutôt qu'un bon médecin qui est à l'heure. Parce que des fois, et même souvent, les deux sont incompatibles. Ou alors en voyant deux fois moins de patients. Et là t'es pas un bon médecin non plus, parce que t'as des délais de rendez-vous digne d'un ophtalmo.

(faudra que le médecin de Mentalo me dise comment elle fait pour voir les gens 2h tout en étant à l'heure. Et en secteur 1.)

 

Il a enchaîné en me disant que j'étais peut être au courant de ce qui lui était arrivé.

Non, comme tous les patients de tous mes remplacements, je suis rarement au courant de toute leur vie.

Sa femme est partie, il y a 3 jours. Comme ça, il est rentré, et elle était plus là. Il a appelé la gendarmerie, mais elle avait fait les choses comme il faut, en passant à la gendarmerie prévenir de son départ.

 

Certes ça n'allait pas trop depuis quelque temps mais il ne pensait pas que ça allait en arriver là.

 

Ça ne faisait même pas un an qu'ils étaient mariés. Ils se sont rencontrés sur internet, puis quelques mois plus tard il est allée la voir, dans son pays. Il est quand même beaucoup plus vieux qu'elle, alors il n'osait pas trop s'engager, lui disant qu'il lui fallait quelqu'un de plus jeune, avec qui elle aurait des enfants.

Mais elle lui disait que ça ne comptait pas, qu'ils n'auraient pas d'enfants, que ce n'était pas important pour elle.

Alors il y a cru, ils ont fait les choses selon la tradition de son pays, avec l'accord de ses parents.

Et ils sont revenus vivre en France.

 

Il lui a payé des cours de français, et ils ont pris des contacts pour qu'elle puisse travailler dans le tourisme, dans la région elle n'aurait pas de problème normalement. En plus de sa langue natale, elle parlait l'anglais, le japonais, et bientôt le français, un bon profil.

 

Il a acheté un camping car, car sitôt qu'il serait à la retraite, ils partiraient sur les routes tous les deux, il voulait lui montrer la France, l'Europe entière même. Profiter enfin de la vie tous les deux. Ils avaient plein de projets.

 

Mais depuis quelques semaines ça n'allait plus. Ils ont du annuler le voyage chez ses parents parce qu'elle avait des rendez-vous pour un emploi.

Et puis elle a refusé de signer une reconnaissance de dettes, pour la grosse somme d'argent qu'il a envoyé à ses parents au pays. Bon il voulait bien les aider, ça n'était pas le problème, mais quand même, signer un papier l'aurait rassuré.

Et puis elle a arrêté la pilule il y a quelques mois, alors qu'ils étaient d'accord pourtant, pour ne pas avoir d'enfant.

Rien ne prenait le chemin dont il rêvait avec elle.

Et un soir, ils se sont disputé une fois de plus, et elle est devenue complètement hystérique. Elle l'a mis à bout, alors il a craqué, et il l'a giflée. C'était la première et la seule fois, mais il a pas pu faire autrement pour la calmer.

Et là elle a sauté par la fenêtre du salon, et est allée chez les voisins. Quand ils l'ont vu comme ça, ils ont appelé la police. Et la police l'a emmenée voir le médecin de garde.

Mais elle n'a rien voulu prendre comme médicaments, alors ils sont rentrés à la maison comme ça, et il espérait que les choses rentreraient dans l'ordre.

 

Mais une semaine plus tard à peine, elle était partie, avec toutes ses affaires; en le laissant désemparé avec son camping car et ses projets.

Il s'était renseigné, elle continuait d'aller à ses cours de français. Et lui il continuait d'aller au boulot, mais pour quelle motivation ? A quoi bon la retraite et les voyages, sans elle ?

 

 

En fait, j'étais au courant ce qui lui était arrivé. Mais il ne pouvait pas le savoir. Et il ne l'a pas su.

Posté par docmam à 15:16 - Commentaires [4] - Rétroliens [0]