Stétho, Marmots, Dodo et autres petits bobos...

11 novembre 2014

Faute

 Il est quasiment une heure du matin.

Nous voilà enfin attablés à l'internat pour manger un bout. Les barquettes en plastiques à moitié vides et éventrées par les internes ayant déjà mangé nous attendaient bien sagement, avec comme d'habitudes des semelles de rôti de porc, de la purée sans sel et une omelette dégoulinant d'eau.

Il est des heures où on n'est pas trop regardant sur la nourriture, à partir du moment où elle arrive dans notre estomac. Et manger, ça veut dire que c'est plus calme, et que peut-être, PEUT-ÊTRE, on va pouvoir aller s'allonger 1h ou 2.

Des girophares bleus-bleus cassent mon rêve. Il a fallu quelques mois seulement pour que j'apprenne à détester les camions de pompiers, déversant inlassablement leurs patients aux urgences, et repartant sauver le monde, nous laissant tout gérer. Qui dit VSAV de pompiers dit personne allongée/seule/dépendante, dit bilan radio ou biologique, dit que je ne suis pas prête d'aller me coucher.

Un sourire se dessine sur mes lèvres quand j'aperçois suivant l'ambulance le véhicule du SMUR. Qui dit SMUR dit qu'il y a déjà un médecin sur l'affaire, et l'image de mon lit se fait plus précise.

 Mon téléphone sonne, me faisait sursauter au milieu de mon délice de purée sans sel/Saint Nectaire insipide. La gastro. Encore. Cela fait 3 fois qu'ils m'appellent pour un patient dont le poul n'est pas très rapide. On va même dire qu'il est bradycarde. A 45 par minutes environ dirons nous. Lors de son premier appel, occupée avec un autre patient, j'avais vérifié par quelques questions l'état du patient (bon), les constantes (bonnes), ses symptomes (aucun) et ses traitements potentiellement bradycardisant (aucun). Je l'avais rassurée, et puisqu'il allait bien et qu'il dormait, je n'avais pas donné suite.

Lors de son deuxième appel, j'avais vérifié qu'il allait toujours bien, froncé les sourcils, et bredouillé que je ne voyais pas bien quoi faire de plus, puisque je ne me voyais pas faire de l'isoprenaline à un patient qui va bien, juste parce que son coeur bat un peu trop lentement au goût de l'infirmière. (= un médicament qui accélère le coeur en cas de défaillance, en gros, qu'on laisse manipuler par ceux qui savent, sous surveillance soigneuse)

Lorsque je raccroche de ce 3ème appel donc, je commence à être un peu énervée, et j'en touche quelques mots à l'urgentiste à mes côtés. Haussant les épaules, il me dit d'un air détaché "bah soit il a un médicament bradycardisant, soit il est en BAV 3. On se met pas à taper à 45 comme ça sans raison." et il attaque son dessert.

Mon bout de semelle de porc me reste en travers de la gorge. Je pense que j'ai écarquillé les yeux et que je suis devenue un peu blanche. J'ai rappelé l'infirmière, je lui ai dit de "bon, quand même faire un ECG, je vais venir voir".

J'ai regardé le dossier du patient, son absence confirmée de traitement ralentissant le coeur et ses constantes des 3 derniers jours qui montraient bien un poul entre 80 et 90 battements par minute. Jusqu'à cette nuit.

J'ai été voir le patient, qui effectivement se sentait bien, sans douleur, sans difficultés respiratoires, avec une bonne tension.

Et puis j'ai été voir son ECG, qui affichait, narquois, un joli rythme idioventriculaire qui m'a laissé comme une idiote. Un beau rythme d'échappement qui m'avait échappé. Un divorce des oreillettes et des ventricules, chacun vivant sa vie de son côté, sans communiquer.

Bref, un BAV 3.

 

J'ai fulminé très fort à l'intérieur de moi-même, j'ai attrapé le téléphone et appelé le cardiologue de garde. Sans trop trop insister sur mon délai de réaction. J'ai tout accepté, les échanges de lit à 3h du matin pour qu'un patient de cardio vienne en gastro - pour qu'un patient d'USIC stable puisse aller en cardio - pour qu'il puisse prendre mon patient au coeur brisé sous sa surveillance. J'était prête à faire la désinfection des chambres s'il fallait. (oui là il faut imaginer comment les équipes de nuit ont voulu ma mort, de devoir faire 3 changements de chambre à 3h du matin.)

 

L'échographie cardiaque du patient a montré un coeur qui ne marchait vraiment vraiment plus bien. Un coeur qui s'était détruit doucement sans bruit, pas comme dans les films et le patient tombe la main sur la poitrine. Un coeur qui avait commencé à mourir doucement chez lui, cellule par cellule, avec des petits signes passés inaperçus aux urgences, jusqu'à ce qu'il ne fonctionne plus de manière synchrone, puis qu'il ne fonctionne plus du tout, quelques jours plus tard.

 

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Nous avons eu il y a peu une discussion fort interessante avec des amis sur l'erreur et la faute médicale. (Comme il y avait déjà eu il y a quelques temps des discussions sur les internets très intéressantes sur ce même sujet, avec notamment la très bonne initiative de REX qui regroupent les témoignages d'erreurs médicales)

 

Quand j'ai cherché un exemple d'erreur que j'avais faite... ça n'a pas été aussi évident. Non pas que je n'en ai pas faite hein, au contraire, mais..

- je n'en ai pour beaucoup sûrement jamais eu connaissance, soit parce qu'elles n'ont eu aucune conséquence néfaste, soit parce que ce n'est pas moi qui ai dû récupérer les pots cassés. Parce que j'étais interne, ou remplaçante par exemple.

- elles ont pour beaucoup été rattrappées par les "filets de sécurité" des infirmiers qui exécutent mes prescriptions ("tu es sûre que...?"), des pharmaciens qui délivrent ("vous vous seriez pas trompé..?") ou de mon propre esprit qui se rend compte à temps de sa bourde.

- il n'est pas toujours évident de les distinguer de l'aléa thérapeutique ou de l'effet secondaire : le dernier "problème" qui me revient en tête est un surdosage en morphine chez un patient très douloureux à qui j'avais augmenté les doses... Problème identifié, arrêt de la morphine, surveillance, problème réglé. Erreur ? Ou effet secondaire facheux ?

- les erreurs de diagnostic, ou les errements avant de faire le bon, sont fréquentes, et inhérentes à notre métier et au fait que nous sommes humains, et que rien n'est jamais comme dans les livres. Même si ça nous remet pas mal en question, quand on se rend compte que la gastro du lundi était en fait une embolie pulmonaire massive bilatérale le mercredi.

 

Non, le cas qui m'est revenu en tête quand j'ai cherché une fois où j'ai fait une erreur, c'est celui là. Pas tant parce que je n'ai pas pensé au diagnostic tout de suite, ou toute seule.

Non, là où j'ai merdé, c'est que je n'y suis pas allée. Comme je ne savais pas, comme je ne voyais pas quoi faire (alors qu'au final, mon idée d'isoprénaline n'était pas si inappropriée), comme ça me faisait chier (disons le clairement) je n'y suis pas allée. Et ça ce n'est même pas une erreur, c'est une faute.

Parce que contrairement à mes erreurs, là je n'ai pas mis tout en oeuvre pour ce patient. J'ai été négligente. Et même si là encore, il s'agit probablement d'une succession d'erreurs, de "pas de chance" qui ont conduit au décès, et que mon intervention consciencieuse n'aurait rien changé au final ; il n'empêche que ma connerie ne lui a pas laissé toutes ses chances.

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04 novembre 2014

1 an

J'ai choisi le libéral. Je ne regrette presque pas. Oh tout n'est pas rose dans le joli monde de la médecine libérale, et je pourrais en raconter, sur le massacre annoncé du système de santé et de la médecine libérale (mais pas ce soir, je suis pas motivée).

Pour l'instant, je préfère ma liberté contrôlée au carcan de l'hôpital.

J'ai choisi mon temps de travail. Je travaille heu environ 24h par semaine (évaluation pifomètrique). Je suis (en retard) tous les matins à l'école pour déposer les filles. Je suis (en retard) 2 fois par semaine à la sortie de l'école. Je suis présente au cabinet deux soirs par semaine.

C'est un choix. Enfin plus ou moins. Avec ses conséquences, financières notamment. Professionnellement, je ne suis pas sûre que si j'avais bossé plus d'emblée le planning aurait été rempli. Ca viendra. Familialement, il aurait été difficile de bosser plus pour l'organisation de tout le monde. Ca viendra.

 

J'ai eu peur que les patients viennent (trop). Puis j'ai eu peur que les patients viennent (pas assez).

Il y a eu les sympas, les hypochondriaques, ceux qui voulaient absolument changer de médecin, ceux qui ne voulaient surtout pas changer de médecins. Petit à petit ils deviennent un peu plus mes patients à moi. Ca viendra.

Il y a eu des moments où j'en ai eu marre.

Et puis ces moments où j'aurais aimé travailler plus, travailler mieux, sans avoir en tête les courses à faire, la fiche de paie de la nounou à préparer et l'horloge de l'école qui faisait tic-tac.

J'avais de grands idéaux, pleins d'éducation thérapeutique, de discussions avec les patients, d'explications et d'auto-formations. Je crois que je n'ai encore rien mis en place de ce que je voulais faire. Ca viendra.

 

 

J'ai 30 ans, un mari, deux enfants, et en un an, j'ai eu un enfant, acheté une maison et je me suis installée. Plein de bonnes raisons pour que mon compte en banque pleure, sauf que c'est pas politiquement correct de le dire. Mais bon, ça aussi, ça viendra. J'espère.

 

 

Il y a un an, je me suis installée. Je ne regrette pas encore. Ca viendra...?

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02 novembre 2014

Chroniques de là-bas #10 je t'aime moi non plus

Dans les rues les enfants se précipitent pour te serrer la main. Nous faisons partie des curiosités de la ville.

 

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Un petit chaton a passé la soirée avec nous. C'est comme les enfants, on ne peut pas deviner son âge tellement il est dénutri.

Yvonne est venue nous voir également. C'est dur de dire aux gamins qu'ils ne peuvent pas venir tout le temps chez nous. Sinon la ville entière viendrait juste pour nous voir.

 

C'est difficile également de ne pas pouvoir les faire profiter de tout ce qu'on a. Plusieurs ados nous aident sur le chantier depuis des années. Pourtant il faut fixer une limite. On ne peut pas leur offrir le repas ou les ramener en voiture. C'est assez dur.

 

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Cette discussion avec notre ami instituteur, qui ne voulait que 2 enfants, nous a étonné. D'habitude, les familles africaines sont plutôt nombreuses. Il nous sourit, désabusé : « ici les études sont chères, et avec ce qu'on gagne, je préfère n'avoir que 2 enfants, mais pouvoir m'en occuper. S'il veulent aller en vacances en France après, je veux qu'ils puissent le faire »

Ah oui c'est vrai. Ce petit discours m'a ému. Ici, même quand on est aisé, on reste pauvre.

 

Bon là, niveau préjugés à 2 balles on se posait là. Genre tu vois, en Afrique ils ont plein de marmailles qui court partout parce que c'est « culturel ». Absolument pas parce qu'il n'ont pas accès à une information fiable sur la contraception, ni à la contraception en elle même. Nous semblions tomber des nues que certaines familles souhaitent n'avoir que deux enfants.

 

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Nous changeons petit à petit d'avis sur la mentalité des gens, et je m'interroge sur la notre. Notre réaction nous énerve nous même.

Si au début, le fait d'avoir des hordes d'enfants accrochés à nos mains et d'être constamment interpellés dans la rue nous amusait ; nous sommes de plus en plus intolérant envers ces gamins qui viennent nous parler seulement pour avoir un cadeau. Si pour les plus petits, la curiosité est belle est bien là, nous avons vraiment l'impression d'être pris pour des vaches à lait par les autres. Oui cela nous énerve. Quand on pensait « échanges avec la population », on ne pensait pas à ce type d'échange. Mais en même temps, peut-on se permettre de juger leur attitude, nous qui avons toujours mangé à notre faim et qui avons nos études gentiment payées par papa et maman ? (et par la société n'est-ce pas. Et un peu par nous aussi, en fait) A-t-on le droit de s'énerver parce qu'ils quémandent à notre porte, alors que nous pouvons nous permettre de venir jusque chez eux ? Oui bien sûr que c'est énervant, et parfois nous les renvoyons assez rudement. Notre énervement est également dû à notre impuissance. Non, on ne peut pas sauver le monde. Il n'y a jamais vraiment eu de guerre civile ici. Mais il n'y a pas besoin de guerre pour qu'il y ait la misère.

 

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Réunion de bilan avec l'asso locale. Il est difficile de concilier les mentalités africaines avec les nôtres. Nous sommes blancs, donc par définition nous sommes pétés de tunes (et en plus nous sommes médecins tsé, #PointNantis) et ils ne comprennent donc pas que nous leur donnions moins d'argent que l'année dernière. Et comme depuis des années nous sommes le principal bailleur de fond de l'association ils n'ont pas besoin de chercher de l'argent ailleurs, nous sommes leur vache à lait. Ils n'ont pas l'air de comprendre que nous aussi de notre côté on en chie à trouver de l'argent.

 

 

Je ne sais pas si les limites que l'on posait avec nos amis locaux étaient justes. Il fallait en poser quelque part, et comme pour toute limite, ce n'est pas toujours évident. Evidement que la face du monde n'aurait pas été changée si nous avions ramené un jour Auguste chez lui en voiture, où si nous avions partagé un repas avec Yvonne. Mais si nous l'avions fait, il aurait été tout aussi difficile de ne pas faire plus.

 

S'il était évident que même au bout de deux mois nous ne pouvions pas comprendre vraiment la réalité de leur vie quotidienne, l'inverse n'était pas possible non plus. Que nous puissions avoir des difficultés d'argent chez nous, du mal à réunir des fonds, et que nous nous soyons endettés sur deux ans en travaillant de nuit pour payer notre billet d'avion, tout cela nous semblait impossible à leur faire comprendre.

Je pense qu'une partie de nous - partie qu'à l'époque nous étions bien loin d'admettre - attendaient un minimum de gratitude. Oh oui bien sûr nous faisions ça de manière totalement bénévole et désintéressée, mais en fait je crois nous aurions aimé qu'on reconnaisse au moins les efforts que nous avions fait. Nous arrivions avec un petit syndrome de sauveur du monde, et nous repartions avec l'impression de détester les gens que nous étions sensés aider.

Comme quoi, on avait bonne conscience, mais pour le VRAI désintéressement, y'avait encore du travail. Et je ne sais pas si j'y suis arrivée depuis. Qui peut dire qu'il n'attend VRAIMENT rien de son travail ou de ses actions ? Ne serait-ce que le sentiment d'avoir fait du bon travail, d'avoir été utile, de voir les gens heureux ?

C'est peut être cela qui a été le plus difficile.

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01 novembre 2014

Chroniques de là-bas #9 : Jojo

Nous allons chez Madame M. qui élèvent plusieurs enfants abandonnés. Et nous allons y faire des confitures de mangues. Chez M. nous avons l'impression d'être chez Mamie, surtout grâce à l'ambiance détendue et conviviale. Nous faisons connaissance entre autre avec Albert et Jojo, environ 4 et 2 ans, des « enfants » de Madame M.

Elle nous explique que Jojo va être adopté l'année prochaine en France, elle nous montre l'album qu'a envoyé sa future famille. Ça me fait bizarre de voir les photos de cette famille où Jojo grandira et deviendra parfaitement français. Il ne se souviendra pas qu'à une époque il courait tout nu dans les rues poussiéreuses de cette ville perdue, et qu'il a servi de cobayes à quelques françaises pour s'entraîner à porter les bébés à l'africaine.

Il ne saura peut être jamais que sa vraie mère, la femme qui l'a porté, est de telle ethnie et est morte quand il est né. Et qu'il ne serait peut être pas en vie si M. ne l'avait pas pris avec elle.

Mais pour l'instant le souci de Jojo, c'est de touiller la confiture tout seul comme un grand.

 

jojo

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28 octobre 2014

Chroniques de là-bas #8 : les aventuriers

On nous charge nous et les sacs sur des mobylettes et on nous emmène jusqu'à la villa. C'est le grand luxe : sol carrelé, 1 WC, 1 salle de bain, 3 chambres, quelques meubles. La pâte à tartiner et le saucisson que j'ai ramenés sont fortement appréciés. L'eau de boisson fonctionne selon un système de bouteilles numérotées et notées selon l'heure à laquelle elles ont été mises à purifier. Dans le groupe, personne ne porte de montre. On s'en sert pour purifier les bouteilles d'eau principalement.

Il est plus simple encore de boire de la bière locale.

Le premier palu est arrivé.

Nous sommes obligés de repasser nos vêtements, au cas où des mouches aient pondu dedans pendant qu'ils séchaient. Le soir c'est également Savarine, vêtements longs, spray qui-pue sur la peau, moustiquaire la nuit.

 

Cette panique que nous avons eu du linge pendu en plein air m'a suffisament traumatisé pour que je fasse quelques années plus tard immédiatement le brillant diagnostic de ver de Cayor chez un patient à la fois époustouflé (par mon savoir) et répugné (par son hôte).

 

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Nous trouvons avec difficulté l'hôtel. Nous avons réservé 6 chambres pour 16. Pour des raisons d'économie, nous n'en avons pris que 2 avec WC. Le délabrement de l'hôtel donne tout son charme à l'équipée. C'est l'aventure. On n'est pas venu là pour aller dans un 4 étoiles. On est heureux de vivre à la dure. Le petit hôtel fait aussi « dancing populaire ». Nous nous prenons donc les décibels en direct mais cela ajoute encore plus de charme à notre échappée.

 

Il est évident qu'il faut avoir 20 ans et une vie ordinaire plutôt confortable pour trouver que dormir à 3 par lit avec des cafards, sans chiottes alors qu'une personne sur 2 à la chiasse, avec Sean Paul à fond dans les oreilles toute la nuit, a du charme.

Il y a des musiques qui nous rappellent inmanquablement des moments ou des endroits. Réentendre Sean Paul me renvoit forcément au "dancing club de l'Amitié", où il était on ne peut plus populaire. Le coupé-décalé, encore quasi inconnu en France, était omniprésent là bas.

Les play-lists, pas du tout redondantes, ressemblaient donc un peu à ça : coupé-décalé / Sean Paul / coupé-décalé / Sean Paul /... ce qui, vous imaginez bien, ne nous donnait pas DU TOUT envie de nous frapper la tête contre les murs.

Ce qu'on aurait fait si on avait osé toucher les murs bien sûr.

 

Nouvel hôtel, conseillé par un autre groupe de blancs. Nous arrivons à avoir 6 chambres pour 14. Elles ont l'air d'être un peu plus salubres, si ce n'est les sanitaires, où nous avons déjà rencontré quelques cafards. En même temps, après avoir vécu plusieurs nuits avec notre pote le cafard dans le précédent hôtel, nous sommes blasés. Par contre la propreté des matelas et des draps est douteuse. L'un d'entre nous s'est allongé 5 minutes et est ressorti plein de plaques. Les puces sûrement.

 

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Ici la présence des insectes est à la limite du supportable. Les douches-trous ou WC-trous, pleins de cafards, et à la tombée de la nuit, des nuées d'éphémères et autres papillons divers qui nous tombent dessus, foncent dans les cheveux, sans répit. La découverte d'énormes grillons ou apparentés de 5 ou 6 cm de long ne nous a pas plus rassuré.

 

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Tel Robinson Crusoé, nous avons tué le coq et nous l'avons dégusté. Peu de viande, mais très bonne, et la sensation d'avoir vécu quelque chose d'exceptionnel, d'avoir dû tuer un coq de nos propres mains pour pouvoir survivre...

 

Heureusement qu'il y a écrit "sensation". Imaginez si on était vraiment mort de faim de ne pas avoir réussi. Ephrem - le coq - me demandez pas pourquoi - était un cadeau du chef du village, en remerciement de nos actions là bas. Il faut bien se rendre compte de la valeur du cadeau pour eux, même si nous, nous nous sommes regardé d'un air bien embarrassé une fois la bestiole dans nos bras. Une fois rentré chez nous, Ephrem a donc élu domicile avec nous dans la maison. On n'était plus à ça prêt. Et comme on était réveillé à 5h du matin par la chaleur/la lumière/les douleurs/les ronflements des autres, un petit chant de coq à 50 cm de l'oreille ne faisait qu'ajouter un peu de folklore.

Mais le départ approchant, il a bien fallu se résoudre à se séparer d'Ephrem, et ce de la meilleure façon possible : par voie orale. Pour ce grand jour, nos plus proches amis locaux étaient là. Pour nous aider en cuisine, et pour leur faire profiter du festin. Mais surtout pour nous aider en fait. Quand l'heure fut venue de passer à l'action, la plupart des filles se détournèrent avec une moue dégoûtée, les mecs ont fait les cakes mais n'avait pas la moindre idée de la façon de faire, et moi, guère plus qu'eux. Auguste, 15 ans, nous a regardé d'un air affligé, et armé d'une vieille lame rouillée, s'est attaqué à la chose. Cela aurait pu être fait proprement si la lame avait eu encore un peu de tranchant, mais là, en l'occurence, il fallait avoir le coeur bien accroché, c'était une véritable boucherie.

L'un d'entre nous a donc tenu la bête, pendant qu'Auguste y mettait tout son coeur. La tête a fini par être plutôt arrachée que coupée. Et oui, le coq a continué de courir un moment sans sa tête.

Ayant bien compris notre haut niveau de débrouillardise, Auguste s'est également chargé de le plumer et le vider, avant que nous nous chargions de le mettre nous même dans la casserole parce que quand même, il était notre invité.

Dans les faits, je crois que c'était de la carne, et qu'il n'avait rien sur les os. Mais comme ça faisait un mois et demi qu'on ne mangeait que de la semoule, il avait des saveurs de restaurant gastronomique.

 

 

 

Toi aussi plonge toi dans l'ambiance (à écouter minimum 6 fois en boucle pour un meilleur rendu)

 

On a vécu dans des conditions plutôt précaires, certes avant tout pour des raisons économiques, mais on était content. On avait l'impression de découvrir la vraie vie là bas, alors qu'on restait loin de ce que pouvait être la vie quotidienne de ces personnes. Hors de question d'aller au fin fond de la brousse si c'était pour avoir des conditions de vie confortable, fallait quand même qu'on puisse raconter nos aventures en rentrant. Dans un sens, ça faisait partie de du jeu.

 

 

 

[La rédaction de ce billet a entraîné d'intenses séances de remuage de popotin avec Tétarde au milieu du salon]

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26 octobre 2014

Chroniques de là-bas #7 : histoires d'eau

La douche est un moment attendu toute la journée. Tellement attendue qu'on la repousse toujours et toujours, redoutant le moment où ça sera déjà fini.

Deuxième jour et les séances d'application de qui-pue sont déjà une torture, le produit brûle la peau.

On prend petit à petit le rythme de ce pays rouge où rien n'est pressé, rien n'est rapide.

 

Pas un souffle d'air ce soir. Nous faisons le moins de mouvements possible pour ne pas augmenter la chaleur environnante. Une chaleur moite, qui nous suit partout, impossible à fuir.

Le soir est le seul moment où la température descend un peu. Pourtant, impossible d'en profiter, vêtements longs obligés.

On s'habitue petit à petit à la couche de substances que l'on a en permanence sur la peau. Cela varie dans la journée :

  • forfait jour : transpiration + poussière + vernis + crème solaire

  • forfait nuit : transpiration + poussière + vernis + qui-pue

 

On apprend à être sale. L'eau est chère, on ne prend qu'une douche par jour. Le reste du temps on se rafraîchit ou on se nettoie à l'aide de lingettes pour bébé. C'est une option aux forfaits.

Le vernis est en série pour tout le monde, on essaie de temps en temps de l'enlever avec du pétrole, mais il en reste toujours un petit peu, surtout sur les pieds.

Et pour enlever le pétrole, on utilise de la lessive.

On croît avoir bronzé, en fait on est juste sale.

 

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Nous sommes à l'aise maintenant dans ce pays avec sa chaleur et sa poussière rouge. Nos habits, tout comme nous, ont pris la couleur locale, une teinte rougeâtre. Nous sommes aussi couleur locale, je m'aperçois avec bonheur que sous la couche de crasse un joli bronzage a fait son apparition [il en faut peu pour être heureux hein] ce qui fait dire à nos amis autochtones que je ne suis plus une vraie blanche.

 

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La saison des pluies approche, mais toujours aucune goutte d'eau depuis 3 semaines. La chaleur est omniprésente, on recherche le moindre souffle d'air. Cet après midi, alerte. Le vent se lève, les nuages approchent. Comme avant chaque pluie, tempête de poussière, de sable. Les gens se calfeutrent chez eux, rangent leurs étalages, ferment les fenêtres si c'est possible. On savoure déjà le moment, le vent, la température qui baisse. On attend toujours le don du ciel, on le scrute. La tension monte. Quad arrivera-t-elle ? Enfin la délivrance, la pluie.

Elle est arrivée et repartie aussitôt. Fausse joie, le sol est toujours aussi sec. L'orage est là mais pas la pluie.

 

Elle est arrivée, tard, et très légère. Le matraquage sur sur la tôle de la maison donnait l'impression d'une vraie tempête, comme si la nature se déchainait après avoir été trop longtemps retenue. Pour le vent c'était vrai. La pluie n'a fait qu'illusion, le sol était toujours aussi sec.

Au moins le bruit m'a aidé à m'endormir.

 

 

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Enfin hier soir la tempête a éclaté sans prévenir. Un peu de vent et le ciel a éclaté. On aurait vraiment dit qu'il s'ouvrait pour déverser toute l'eau emmagasinée pendant des mois. Le tonnerre explosait, la pluie sur le toit de l'hôtel nous assourdissait. On se demandait presque si l'hôtel allait tenir.

J'aurais aimé être sur le marché pour pouvoir regarder la tête des gens, se précipitant pour ranger leurs affaires, mais tellement heureux de l'arrivée des pluies, c'est la vie ici.

 

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La température est descendue pendant la nuit. Peut être même jusqu'à 20°, nous sommes en plein hivernage après. Nous restons en T-shirt, en savourant le plaisir d'avoir froid, et de pouvoir enfin sortir le pull que nous avions amené « au cas où ». Notre ami Auguste arrive, il grelotte.

 

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Les douches en plein air sont un moment inoubliable. Il faut d'abord puiser l'eau au puits pour remplir les seaux. Ensuite nous nous « isolons » dans les petits cabines en brique, à ciel ouvert. Il n'y a pas de trou, juste un petit écoulement à travers le mur. Nous versons l'eau avec une petite tasse, en nous parlant par dessus le mur, sous le soleil. Une tête apparaît de l'autre côté du mur : quelqu'un est aux toilettes. Ca va ? Ouais ouais et vous, bonne douche ?

Nous nous lavons en regardant le coucher de soleil sur le paysage, les gens dans les champs, le petit village.

 

 

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23 octobre 2014

Chroniques de là bas #6 : quand l'appétit va tout va

Première rencontre avec le médecin du dispensaire. Il va quitter le centre hospitalier car il n'est pas d'accord avec le système qui fait qu'une personne qui n'a plus l'argent nécessaire est obligée d'arrêter son traitement. Il veut instaurer un système de forfait je crois.
 

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Ce matin j'étais à l'hôpital pour suivre la visite du Dr Y. en pédiatrie.

Bien sûr, les chambres individuelles n'existent pas. De 4 à 10 paillasses dans chaque pièce. Qui dit hospitalisation des enfants, dit également hébergement des mamans, qui ont parfois d'autres enfants. Nous disons donc 4 paillasses, 2 étagères, 1 ventilateur, 4 mamans, 6 enfants dont 4 malades, et les tapis sur lesquels dorment les mamans. Et les visiteurs.

Scènes de vie, tranches de misère.

- Cette femme est séropositive, elle a choisi l'allaitement artificiel pour ne pas contaminer son bébé, mais son bébé ne grandit pas depuis 5 mois, elle n'a pas assez d'argent pour lui acheter à manger, parce que son mari est mort, et la belle-famille lui a tout pris.

- Cette femme a 19 ans. Elle n'a pas eu le droit de sortir pendant sa jeunesse par peur du SIDA. Puis elle a été donnée à un homme qui avait déjà une femme. Il est séropositif. Maintenant elle est séropositive et son bébé aussi.

- Cet enfant est déshydraté. On a dit à sa mère de lui donner à boire, elle ne l'a pas fait. Elle veut des solutés pour son enfant mais elle n'a pas l'argent pour payer. Pour les gens l'eau n'est pas un médicament.

- Cette femme a la jambe toute gonflée, elle a une nécrose osseuse. Cela fait des mois. Si elle était venue plus tôt, ça aurait été moins grave, ça aurait couté moins cher et elle était sûre de guérir. Mais les gens ne veulent pas aller à l'hôpital parce qu'il faut payer. Du coup maintenant il faut qu'elle se fasse opérer, ça va lui coûter encore plus cher et elle n'est pas sûre de guérir.

- Nous retrouvons sa gamine un peu plus loin, squelettique, sous oxygène.

Y. s'énerve. Qui sont ces maris ? A quoi servent-ils pour laisser leurs femmes et leurs enfants finir dans cet état ?

- Cet enfant a 1 an. A vue d'oeil il pèse 4kg. Un squelette minuscule, une petit tas d'os, recouvert d'une peau trop grande, le tout attaché à une grosse tête bandée, avec de grands yeux qui n'ont plus la force d'être expressifs.

 

Là, si j'avais pu, j'aurais inséré une photo d'un gamin squelettique avec un Kwashiorkor et des mouches dans les yeux. L'image qu'on voit un peu partout et qui vend bien l'humanitaire.

J'ai l'impression qu'en voulant décrire ce que j'ai vraiment ressenti, je suis tombée à fond dans le cliché. Mais ce voyage était une plongée dans les clichés. C'était tout ça. C'était des gamins cachectiques portées par des femmes en boubou colorés. C'était la misère et la famine. C'était l'une des régions les plus pauvres et les plus désertiques du pays. C'était comme à la télé. C'est peut être ça qui m'a le plus surpris. Je voulais voir comment c'était en vrai, ben en vrai, c'est vraiment ça.

 

La plupart des gamins sont là pour dénutrition, ou parce qu'ils n'ont pas l'argent pour acheter les médicaments. Parfois Y., énervé d'être si impuissant, paye lui-même les médicaments ou les tri-thérapies. Parfois aussi, quelque occidental de passage compatit et paye pour le traitement de quelqu'un.

J'admire le Dr Y. Après avoir fait toutes ses études en France, il aurait pu y rester et avoir un bon salaire. Mais ici c'est son pays et il est plus utile ici. Et c'est incroyable de voir avec quelle impuissance et avec quelle rage il se bat encore et toujours, tous les jours, depuis des années. On pourrait penser qu'au bout d'un moment on se blase, on baisse les bras. Pas lui. Il dit que pour être médecin ici, il faut vraiment avoir la vocation et être fort.

Avant, avec l'aide de différentes assos, il arrivait à tenir un stock de médicaments qu'il revendait au prix d'achat.Avec l'argent, il rachetait d'autres médicaments. C'était un service social, ça revenait moins cher aux gens. Mais on leur a dit que c'était illégal, on pensait qu'ils se faisaient du bénéfice dessus. Depuis Y. est obligé de donner les médicaments, et ne peut maintenir son stock que grâce aux dons, dont les nôtres. C'est pourquoi pour son dispensaire il veut instaurer un forfait hébergement + Nourriture + médicaments que les patients payeront à leur arrivée.

 

Le dispensaire sur lequel nous travaillions à l'époque, à lessiver puis vernir les murs, a effectivement ouvert ses portes dans les mois qui ont suivi, prenant en charge les enfants souffrant de malnutrition, avec des consultations à prix réduits, et un forfait hospitalier unique quelque soit les traitements ou examens faits. Il fonctionne toujours avec l'aide de nombreuses associations françaises entre autre. Nous n'avons qu'apporté une petite pierre à l'édifice. Mais une pierre quand même.

 

Je les admire de continuer à se battre alors que tout se ferme toujours devant eux, que les obstacles se dressent les uns après les autres.

Si tous les médecins pouvaient garder la même mentalité : ça ne sert à rien d'être payé si on n'arrive pas à sauver des vies, si les gens meurent. Les gens qui l'acceptent n'ont pas de consience. C'est une mentalité que l'on a presque tous étudiants mais que beaucoup perdent...

 

STOOOOOP

 

HEU...

 

Alors ouais, j'ai écrit ça. Je me suis un peu étranglée avec ma salive en me relisant quand même. Mais ça m'a permis de réfléchir à ma vision de mon métier, et son évolution.

C'est mignon de me lire, et cette mentalité, je ne dirais pas que je l'ai perdue. Mais... mais celle qui a écrit ça ne connaissait ni la vie ni le métier, encore.

C'est mignon, mais ce n'est pas vraiment réaliste. Si je ne devais être payée que quand je sauve des vies, autant dire qu'avec ma spécialisation en rhumes et bouchons d'oreille, je serais rapidement à la rue. [Aparté avant qu'on ne me fasse la remarque : évidement que j'ai un peu plus de considération pour ma spécialité que ça hein] Oh j'ai ptet déjà sauvé une vie. J'espère. Je sais pas en fait. J'ai aidé des gens en tous cas.

J'ai pris en charge des gens mourant, aussi. Et je n'ai pas cherché à les sauver, juste à les accompagner vers la mort, pare que c'est ça aussi mon boulot. Alors si "ça ne sert à rien d'être payé si les gens meurent"... bon.

Je n'ai jamais refusé de soigner quelqu'un qui ne pouvait pas payer, mais je considère aussi que j'ai le droit d'être payée pour mon boulot. Là je pourrais partir sur des discussions beaucoup plus longues sur le rapport des médecins à l'argent, le rapport des médecins aux patients sur l'argent et inversement, le rapport de la société à l'argent supposé gagné des médecins-ces-nantis. Bon je pourrais m'auto troller sur rue89 en disant que quand même nous en France on n'a pas la vocation et on fait ça pour le fric alors que lui... Je pourrais.

C'est faux bien sûr, mais il n'empêche que niveau sacerdoce, lui il se pose là. Et je ne suis effectivement pas sûre qu'en vieillissant, et en travaillant dans les mêmes conditions que lui j'aurais gardé cette volonté. Je l'espère et je me plais à le croire (comme je me plais à croire que je suis l'alter ego de Lara Croft) mais au fond, je n'en sais vraiment rien.

 

 

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20 octobre 2014

Chroniques de là-bas #5 : tranches de vie quotidienne

Toujours les mêmes paysages dans les rues, des enfants qui saluent ou viennent toucher nos mains. Ils n'ont souvent qu'une chemise, un vieux T shirt, des vieilles robes démodées pour les filles. Les cheveux des filles sont toujours bien coiffés, des tresses, des torsades.

 

Il y a des animaux plein les rues. Des chèvres, des poules, de temps en temps une vache attachée à un arbre, ou un âne. L'âne est le second moyen de transport national. On peut voir des gamins juchés sur des charrettes.

 

charrette

 

Un ami m'a dit « Alors ça te surprend ? C'est pas comme tu l'imaginais ? »

Au contraire, ça me surprend, ça m'étonne, ça me choque parfois, parce que c'est justement comme je l'imaginais. C'est les petits villages pauvres, c'est la ville dont les rues ne sont pas goudronnées, à part une ou deux. D'ailleurs, on habite « vers le goudron » ou « à gauche après le goudron »... c'est les femmes en boubou, avec les gamins dormant dans le dos, et leurs paniers sur la tête.

Le marché couvert, ou plutôt fermé, est constitué d'une succession de petites boutiques en dur : du tissu, des chaussures, tout en fait, on peut y trouver des médicaments même.

medic marché

 

 

Le marché des femmes, un peu plus loin, est l'endroit où l'on achète la nourriture. Chacune a sa petite parcelle avec son gamin, ses quelques fruits et les mouches qui vont avec.

Au fur et à mesure on apprend le marchandage, tout se négocie. Nous avons nos marchands habituels : ils nous font des prix, des petits cadeaux. En échange on s'engage à revenir. On peut trouver de tout sur le marché, même du tissu et des tailleurs. Un pantalon sur mesure nous revient à 3€.

 

Les gosses nous accompagnent, nous tiennent la main parfois, tout simplement fiers de marcher à côté de nous. Ils veulent nous toucher, on a l'impression de les bénir.

La ville est grouillante, des femmes au panier, des enfants, des mob partout.

 

Le maire est en train de goudronner les grands axes de la ville, mais la circulation n'est pas bloquée, ce qui ajoute au bordel ambiant.

 

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 On peut observer le ciel pour une fois. Les étoiles ne brillent pas très fort mais le ciel est beau. On se sent bien sous ce clair de lune.

 

La nuit, la ville devient une autre. Le brouhaha du jour s'efface petit à petit, laissant tout de même une trace dans la nuit. Quelques rires rappellent que des gens habitent toujours là, sinon la ville est plongée dans le noir. Un sentiment de tranquillité nous enveloppe, alors que la terre rouge rend toute la chaleur emmagasinée dans la journée. Les seules lumières sont celles des mob et des petits restos locaux. Il faut apprendre à se déplacer dans la pénombre.

 

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Le soir, le ciel nous a refait un beau spectacle. L'orage éclatait, à des dizaines de kilomètres, peut-être plus, mais sans bruit. Réunis sur le toit de la maison, bières à la main, nous regardions le ciel qui se fâchait en silence, mais en puissance. Les éclairs, invisibles derrières les nuages, éclairaient pourtant tout le ciel, nous laissant apercevoir furtivement les formes mouvantes des nuages. Feu d'artifice à l'horizon. Jeu d'ombre et de lumière, jeu de formes, ombres chinoises. Et au dessus de nous, les étoiles...

 

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 Nous sommes le 13 juillet. En France les gens font la fête en bas de chez moi et s'émerveillent devant le feu d'artifice. Environ 5000km plus au sud, une dizaine de blancs kiputés, en habits sales, regardent la pluie tomber en buvant des bières et en jouant aux cartes.

 

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Nous sommes dans une des plus grosses villes du pays, mais avec ses 2 malheureuses routes goudronnées elle garde une ambiance campagnarde. Les gens ne sont pas stressés, un « petit » marché local, et dès que l'on rentre dans la cour d'une petite maison, on se retrouve complètement isolé du reste de la ville, au calme, au milieu des poules.

En même temps, on est au milieu des poules dans la rue aussi.

 

J'aime la vie ici, malgré la chaleur. La région n'est pas touristique, n'offre pas les plus beaux paysages du pays ni le meilleur climat ; mais ici la vie est simple, on se sent chez nous, les gens nous sourient et nous saluent, simplement parce qu'ils sont heureux de nous voir chez eux et non pour essayer de nous vendre quelque chose à tout prix.

 

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Ce soir cinéma. Nous eumes droit à des bancs en ferraille avec dossier. Devant nous, des places moins chères, bancs en pierre, sans dossier. Derrière nous des places plus chères, chaises en fer individuelles avec dossiers et accoudoirs... en face de nous, pas d'écran. Un mur blanc.

Au dessus de nous, pas de toit, le ciel, toujours ce beau ciel.

Une bobine usée, qui a dû faire toutes les salles d'Europe avant de finir sa vie ici. Un son d'une qualité incroyablement mauvaise, mais un très bon moment.

 

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Pour le départ des premiers, nous organisons une soirée crêpes grâce aux œufs offerts par le chef du village, un peu de rhum déniché au maquis et c'est une vraie soirée de fête qui s'organise.

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18 octobre 2014

Chroniques de là-bas #4 : au village

Ce matin nous sommes allés dans le village où nous finissons de faire construire une école. Le directeur nous y emmène en mob. 47Km de piste, nos fesses s'en souviennent.

Il y a quelques années, il a été muté, à contre cœur, dans le village. Là il se rend compte que la seule chose que l'Etat a envoyé dans ce village, c'est lui. Aucune subvention, rien. Il décide alors que la première chose à faire, c'est d'avoir une vraie école, et non pas un bâtiment précaire avec un toit en paille qu'il faut reconstruire tous les ans.

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Il tape à toutes les portes pour construire son école, jusqu'à ce qu'il tombe sur nous. Cette année nous finissons de construire la dernière salle de classe.

Dans les villages les enfants sont encore plus timides. Les plus petits pleurent, les moyens fuient, les grands nous observent sans rien dire, même quand nous leur parlons.

Pour une année, un enfant doit payer 10 francs pour aller à l'école, sans compter les fournitures. C'est trop pour la plupart des enfants, surtout l'année dernière où il y a eu la sécheresse, et pas à manger. Nous finançons donc la construction, l'achat de matériel, et l'apport de fournitures scolaires dans la mesure du possible. Nous avons jumelé l'école avec une école française qui participe également.

 

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Il nous montre une concession, l'arbre à palabre. Je demande s'il y a une structure de santé dans le village. Non il n'y en a pas, le dispensaire le plus proche est à 3 km. Ce n'est pas très loin, et quelqu'un du village est plus ou moins formé pour les premiers secours. Le village est donc bien desservi par rapport à la moyenne.

 

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Nous allons passé la journée au village avec une asso locale. Tout le monde, soit une trentaine de personnes, entassé à l'arrière d'un camion avec tout le matériel, sur les pistes cahotantes. Durant les deux dernières semaines ils ont répété 2 petites pièces de théâtre de sensibilisation contre l'excision et le SIDA.

 

Cela me rappelle une discussion surprise entre quelques collègues et nos amis locaux, lors d'une soirée un peu arrosée...

« Quoi ? Tu fais pas le cuni ? Y'a pas que ta b***, faut penser au clitoris aussi !

- ah oui, mais elles n'ont plus ça ici. »

Ah. Oui. Hum.

 

 

Lors des pièces de théâtre j'observais les réactions du public avec attention. Les femmes ont rit et applaudit à la pièce contre l'excision. L'instituteur était ravi de leur réaction. Il nous explique que c'est toujours la coutume ici, et également que les fillettes sont promises vers l'âge de 6-7 ans. Il nous dit fièrement qu'il a fait en sorte qu'aucune fille de son école ne soit promise.

La pièce sur le SIDA a fait beaucoup rire. Trop rire ? Fallait-il traiter le sujet avec plus de sérieux ? Je ne sais pas, sachant que le public visé était plus ou moins absent. La population du village semble composée de vieux et d'enfants. Nous interrogeons l'instituteur. Où sont les jeunes de notre âge ?

 

Dans le pays voisin, à quarante kilomètres, ils partent 1 an ou 2 pour travailler et gagner un peu d'argent pour pouvoir rentrer, acheter un vélo et se marier, au village. Parfois ils ne rentrent pas. C'est la guerre là-bas.

 

Nous nous interrogeons sur le sens de la vie de ces gens. Se lever, cultiver pour pouvoir manger, se coucher. Faire des enfants. La plupart ne sortiront jamais de leur village, pas d'amour, pas d'envie.

 

(Erf je m'interroge régulièrement sur le sens de ma propre vie aussi. Et je me pose probablement beaucoup plus de questions existentielles à la con qu'eux, en fait. Et probablement que leur vie a beaucoup plus de sens que a nôtre pour beaucoup d'entre nous.)

 

Nous sommes vraiment immergés au plus profond de la culture africaine ; les pièces se jouent sous l'arbre à palabre ; en fond les femmes en boubou pilent le mil, petite musique régulière à 2, 3 ou 4 temps, les bébés dans le dos.

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Quelques vieillards osent s'approcher et nous touchent les cheveux en rigolant. Ils ne voulaient pas croire que c'était des vrais.

Nous passons la nuit là bas. Sensation unique et indescriptible d'être dans un autre monde, observer le ciel africain, où tout paraît beaucoup plus proche, soleil, lune ou étoile, à des dizaines de kilomètres de toute source d'électricité ou d'eau potable.

 

L’événement doit être exceptionnel pour le village. Une animation, des blancs qui viennent, un dancing le soir. Les gosses dansent. Nous arrivons pour danser à notre tour, un cercle se forment immédiatement autour de nous pour nous laisser danser. Nous sommes gênés mais rien n'y fait, notre public ne se mêlera pas à nous et restera statique.

 

Le village semble vraiment heureux de notre venue et nous remercie, surtout pour la construction de leur école. Même le chef du village, dont le visage ne trahit aucune émotion, tient à nous offrir un coq et des œufs.

 

Les femmes font une danse pour notre départ, nous sommes vraiment touchés.

Posté par docmam à 23:02 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

02 octobre 2014

Marre-mots #9

"- Oh maman t'as fait une surprise rigolote pour le repas !

- Eh oui, c'est parce que je suis une super-maman !

- Heu...

 

non, juste rigolote."

 

Okay.

Posté par docmam à 23:05 - - Commentaires [0] - Permalien [#]



Fin »