Stétho, Marmots, Dodo et autres petits bobos...

31 mars 2014

Bref ch'uis allée au bloc.

Un jour, j'ai eu le droit d'aller au bloc.

On m'a emmenée devant le vestiaire.

On m'a dit de prendre une tenue à ma taille, des sabots, un masque, un bonnet.

J'ai pris la plus petite taille, c'était une taille 18.

Le haut tombait aux genoux, et j'ai roulé le pantalon.

J'ai mis des sabots, un masque, un bonnet. Je suis sortie des vestiaires.

Ils étaient tous habillés comme moi.

Je les ai regardés, ils m'ont regardée, je les ai regardés, ils ont regardé mes pieds, je les ai regardés, ils ont chuchoté, ils ont arrêté de me regarder.

 

Ils m'ont dit « ça passe aujourd'hui, elle est pas là, mais ne refait JAMAIS ça »

Elle, c'était pas une infirmière, c'était L'infirmière.

Ça, c'était ses sabots que j'avais aux pieds.

 

Je me suis lavé les mains.

J'ai attrapé la brosse, j'ai touché le mur. J'étais plus stérile.

Je me suis relavé les mains.

J'ai remis mon masque qui tombait. J'étais plus stérile

Je me suis relavé les mains. Jusqu'aux coudes.

Et je suis revenue aux mains. J'étais plus stérile.

Je me suis relavé les mains.

Je suis entrée dans le bloc, les mains en l'air.

Personne ne m'a regardée.

J'ai attendu.

L'interne a dit « habillez l'externe ».

Elles ont soupiré, elles ont posé un tas devant moi.

J'ai attendu. Je l'ai pris. C'était plus stérile.

Elles ont rouvert un paquet. Elles m'ont aidé à m'habiller. J'ai tourné, j'ai touché la table. J'étais plus stérile.

Elles ont rouvert un paquet. Elles m'ont habillée.

On m'a dit « tu te mets là, tu poses tes mains sur le champ, et tu bouges plus »

Je me suis mise là, j'ai posé mes mains sur le champ, et j'ai plus bougé.

Le champ était tout bleu, la peau toute orange, avec une grosse lumière très très brillante dessus.

Il faisait chaud.

Le chirurgien est arrivé, il a ouvert la peau, le sang a coulé.

Il faisait chaud.

Il a ouvert la paroi abdominale. C'était une ischémie mésentérique.

Les intestins étaient nécrosés, ça sentait la bécasse pourrie.

Il faisait chaud.

Je regardé le chirurgien, il avait les yeux très bleus.

Il m'a regardée.

Je l'ai regardé.

Il m'a regardée.

Je l'ai regardé.

Il a crié « attrapez l'externe »

Ils ont attrapé l'externe, mais j'ai fait attention de rien toucher parce que j'étais stérile.

Ils m'ont tiré en arrière. J'ai gardé les mains contre moi, et j'ai pas touché la table, parce que j'étais stérile.

 

J'ai ouvert les yeux. Au dessus de moi, 3 anesthésistes et 2 chirurgiens me regardaient.

J'ai entendu la première d'une longue série de « il faut manger le matin ».

 

Bref, j'suis allée au bloc.

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30 mars 2014

Sur le tas

Previously, on retro

 

3ème année, nous avons enfin le droit de faire nos premiers pas dans le grand CHU. Nous allons pouvoir apprendre à faire le café, avoir des reponsabilités (recopier les examens, trouver la radio perdue), intégrer une équipe et collaborer tous ensemble autour du patient pour oeuvrer à sa prise en charge.

 

MOUAHAHA.

 

On nous fera vite comprendre que les externes, et encore moins nous les stagiaires, ne faisons partie de la moindre équipe. Nous sommes là, on nous tolère parce qu'on n'a pas le choix, mais nous sommes avant tout d'horripilants petits glandeurs imbus de leur personne qui thrombosons les couloirs.

Pour le coup, on thrombose oui. Nous sommes ici dans le GRRRAND service de CHIRRRUUURRGIE du GRRRRAND professeur. Une fois par semaine, Dieu fait homme vient faire la visite professorale dans le service. Il est important que la cour soit prête lors qu'il sort de son bureau dont la porte est ornée d'une superbe affiche "Les hommes ont prié Dieu pour avoir des miracles, et Dieu leur envoya les chirurgiens".

S'en suit alors un passage en revue en règle de chaque cas. Ici point de nom, Monsieur est le PAC x 4 de jeudi, Madame la valve mitrale de mardi. Le ponte entre, suivi des sous-pontes, de la cadre qui lutte pour maintenir sa bonne place dans la cour, des assistants-chefs de clinique, des internes - ou du moins de l'interne responsable de la chambre, des infirmières, et - là y'a plus de place dans la chambre - les 10 externes/stagiaires. Le temps qu'on arrive à entrer le ponte était déjà ressorti et nous nous contentions d'un "Bonjour-heu-au-revoir-je-vous-remet-votre-drap" sans avoir rien entendu. Nous avons vite cessé de lutter, et étions pour beaucoup gênés du défilé indécent et restions en général dehors à attendre patiemment, ce qui sera rapidement taxé de manque de motivation à apprendre, d'arrogance, de fénéantise.

Et de thrombose de couloir - y'en a qui bossent merde.

 

Mr P. venait de loin. Il venait de faire 200km depuis son petit village pour venir se faire opérer au CHU, il avait quand même un peu peur, une opération du coeur vous pensez bien. Il était arrivé la veille, et avait bien suivi toute ses consignes, il était à jeun, avait pris sa douche à la bétadine - même que pour les cheveux c'est quand même pas top - et avait mis sa blouse-cul-nul toute propre. Il est tout stressé, et c'est pas les 20 personnes en blouse blanche qui viennent de débarquer dans sa chambre qui le rassurent. Il a plusieurs questions à poser au grand chef mais lui n'en a qu'une - et c'est lui qui pose les questions ici. "Vous êtes allé chez le dentiste ?"

Mr P. balbutie, bredouille, c'est à dire que non, lui c'est pour le coeur qu'il vient et... "Bon il rentre chez lui, on l'opère pas" et le ponte de sortir de la chambre sans daigner répondre aux questions de Mr P. et de son épouse qui croit à une mauvaise blague. Soupirs de certains devant ce bouseux même pas capable de faire son bilan bucco-dentaire avant une opération aussi risquée.

 

Je n'ai pas encore vu d'opération, mais déjà je raye mentalement "chirurgien" de la liste de mes avenirs potentiels, il était pourtant tout en haut.

 

Les chirurgiens, c'est mort, mais les infirmières, y'a encore moyen que ça se passe bien quand même. Si elles sont comme ça, c'est sûrement qu'elles ont eu affaire juste avant nous à un odieux connard, ça peut arriver, mais nous on est sympa et plein de bonne volonté, donc ça va être cool.

Justement, une de mes collègues n'a pas eu la même chance que moi lors de son stage infirmier : ils étaient si nombreux qu'elle n'a pas vraiment eu l'occasion d'apprendre à faire des prises de sang. En voilà une bonne entrée en matière pour prendre contact avec l'équipe. Je la prend par la main et l'entraîne en salle de soins.

"Bonjour, nous sommes stagiaires en médecine, c'est notre premier jour, et nous aurions aimé pouvoir faire des prises de sang... Enfin moi j'ai déjà eu l'occasion d'apprendre mais ma collègue non..."

Notre interruption semble profondément les agacer. "Oui ben les prises de sang c'est le matin à 6h hein, et bon, vous êtes pas là en général..." petit gloussement méprisant.

Je ne me départis pas de mon sourire "oui bien sûr je sais bien, mais ça arrive parfois qu'il y ait un bilan à piquer dans la journée, si vous pouviez passer nous prevenir dans notre bureau si c'est le cas ça serait très gentil"

Devant une telle dose de sourire bright et de candeur, l'infirmière ne peut qu'acquiescer.

Il ne fallut qu'une demi-heure avant de la voir repasser, armée de son plateau à prélèvements, alors que nous apprenions à recopier la natrémie dans la colonne de la natrémie.

Je bondis sur mes pieds. "Elle se fout de nous, allons-y !" Ma collègue, moins rebelle que moi, protesta, et m'enjoignit à rester là à faire ce qu'on attendait de nous, et d'attaquer plutôt la colonne de la kaliémie.

Bien décidée à ne pas me laisser faire, je la pousse dans le sillage de l'infirmière. Elle refermait la porte de la chambre lorsque nous sommes arrivées. Je frappais et entrais. Sourire ultra-bright.

"Pardon, vous nous aviez dit que nous pourrions apprendre à faire les prises de sang, on vous a vu passer, vous avez dû oublier de nous prévenir !"

L'infirmière nous fusilla du regard. "Ah ben moi je veux bien, mais faut ptet demander au patient !" Regard goguenard.

Il est vrai que l'entrée en matière ne mettaient pas spécialement le patient en confiance. "Bien sûr !

Bonjour Monsieur, nous sommes étudiantes en médecine, est-ce que ça vous dérange si c'est ma collègue qui fait votre prise de sang ?"

Regard bienveillant du patient "Mais bien sûr ! Vous savez, moi aussi je suis médecin alors j'ai connu ça, faut bien apprendre !"

 

Ma collègue réalisa avec succès sa première prise de sang. Les infirmières nous détestaient encore plus.

J'avais été prevenue qu'il nous faudrait apprendre sur le tas. Je comprenais aussi qu'il ne suffirait pas de vouloir apprendre, il faudrait aussi qu'on veuille bien nous apprendre.

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13 décembre 2013

Graisse anatomie

Préviously, on rétro

 

Lorsqu'on arrive en médecine, lorsqu'on y arrive vraiment, après le concours, on a immanquablement un pote (ou deux, ou tous) qui s'enquiert d'un air de fascination horrifiée "alors c'est vrai ??? Vous découpez des cadavres ???!!!"

rembrandt_anatomie

Mettons tout de suite les choses au point sur ce mythe :

 

 

Oui, c'est vrai. On découpe des cadavres.

 

Héritage probable d'une tradition où c'était le seul moyen d'apprendre l'anatomie humaine, les travaux pratiques de dissection humaine existe toujours dans la plupart des facs. En tous cas dans la mienne.

Anatomical_theatre_Leiden

 

La première fois... j'avoue que j'y suis allée pleine d'une curiosité morbide, tel le sus-cité pote avide de détails croustillo-sanguinolants. C'était aussi, il faut le dire, les seules fois où nous faisions du concret dans cette année une fois de plus remplie de cours théoriques.

Pour trouver la salle, il suffisait de se laisser guider par l'odeur. Une odeur de mort et de formol, et pour cause. Le sous-sol de l'aile nord de la faculté en est imprégné. Dans les salles sont visées de volumineuses tables de dissection. Elles servent parfois pour d'autres cours et sont nettoyées après chaque exercice de dissection, mais il arrivait quand même régulièrement qu'on y retrouve un bout de tendon ou un amas graisseux oublié dans un coin.

Alors que nous étions déjà sensiblement impressionnés, entre en scène un personnage clé, que nous appelerons le boucher. C'est qu'on ne connaît pas son nom déjà, et ensuite son boulot, ça y ressemble un peu. A savoir stocker des corps, les conserver, et les découper.

Oui parce que techniquement, on découpe plutôt des bouts de cadavres. C'est la pénurie ma pauv' Simone que voulez-vous, le macchabé se fait rare. Dans les faits, un groupe s'occupera du genou pendant que la table d'à côté s'affairera sur le pied. Et faut faire les choses proprement, parce que la semaine d'après, on échange, et celle d'après... ben on fait avec ce qui reste. Difficile de faire un TP correct avec un pied qui marine depuis 3 semaine dans le formol et qui a déjà été découpé dessus, dessous et derrière.

Très vite, les visages curieux et fascinés deviennent donc blasés, et grimaçants aussi. Parce que ça pue. On s'en doutait, c'est confirmé : le bout de cadavre mariné, ça pue. Après quelques années de recul, difficile de trouver un gros intéret de formation à ces dissections, les chairs durcies et décolorées ne ressemblant en rien aux tissus souples, roses, rouges - bref vivants - sur lesquels nous allions officier. Faire une suture sur un bout de carne ou sur le visage d'un enfant, ça n'a tout de même rien à voir.

 

Notre respectable professeur, lui, semblait peu s'en soucier. Il virvoletait au milieu de ses morts, insensible à l'odeur, fourrageant son stylo au fin fond d'un creux poplité, faisant voltiger la graisse, riant de notre dégoût ou de nos hésitations.

 

Je peux sans trop fanfaronner dire que j'aime beaucoup les gestes techniques. Faire travailler mes mains plus que mon cerveau, recoudre des plaies, ponctionner du sang, évacuer du pus, je kiffe.

Mais lorsqu'il a fallu travailler sur la tête, j'avoue que même moi je n'étais pas à l'aise. Difficile de faire abstraction de la brave personne ayant donné son corps à la SIANSSE tout puissante quand sa tête décharnée, décolorée et posée sur la table vous regarde de ses yeux vides. J'étais d'autant plus embarrassée que nous devions étudier l'os sphénoïde (bordayl encore lui) qui - pour information si vous avez la flemme de chercher - se trouve à l'INTERIEUR de la tête, genre environ derrière les yeux.
 Je cherchais désespéremment une porte d'entrée, on sait jamais qu'on nous ait toujours menti et qu'en fait il suffise d'appuyer sur un bouton pour ouvrir la boîte cranienne, quand notre éminent maître arriva vers nous et s'enquit de notre absence manifeste de progression.

"Ben alors...? Faites un volet ! (ma foi à défaut de porte, un volet... heu...)

- un volet ?

- ben oui !" Il attrapa sans ménagement la tête à deux mains, et nous la lançant dessus, il s'exclama en riant

 

"BEN ALLEZ QUOI ! ON FAIT UN VOLLEY !"

 

 

Ma voisine est tombée dans les pommes, moi dans l'abîme profond du désespoir.

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Marre-mots #8

"Maman, moi je veux pas de salade. Pourquoi tu manges de la salade toi ?

- ben... parce que on m'en refourgue tout le temps dans le panier bio pis que c'est pas ton père qui s'y colle c'est bon pour la santé.

- alors si je mange pas de salade...  je vais MOURIR ???

- heu ben non, ptet pas non plus.

- d'accord, ben je veux pas de salade alors."

 

 

Soyons pragmatique.

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28 novembre 2013

Tiens, je t'ai laissé un tiroir.

J'ai 12 ans. Ca fait plusieurs fois que je me réveille la nuit en toussant, depuis quelques mois, mais cette nuit vraiment j'arrive pas à respirer. Comme à chaque fois Mère me donne un verre de lait "pour me calmer". Mais ça ne fait vraiment rien son lait. Je reste assise dans mon lit à me concentrer à chaque respiration pour trouver un peu d'oxygène. Au matin, Mère appelle un médecin et obtient un rendez-vous dans l'après midi. On va quand même pas déranger le médecin de garde et encore moins aller aux urgences, c'est pas dans les habitudes familiales. Je reste somnolente sur le canapé, je respire lentement maintenant, ça me fatigue trop de lutter. L'après midi, le docteur me fait une piqûre dans la fesse dès qu'il me voit. Je ne me souviens pas de la douleur, juste de la sensation libératrice de l'air qui arrive à flots au fond de mes poumons quelques minutes après. Il me montre un appareil de salbutamol et m'explique comment m'en servir désormais.

 

 

J'ai 19 ans. Je suis fatiguée. Enfin c'est ce que je dis à mon père. Fatiguée de tout en fait. Je pleure quand on ne me voit pas, je n'ai envie de rien. Pourtant j'ai eu mon concours, je suis en troisième année maintenant, tout va bien dans ma vie hein. Je crois que mon père a bien compris de quelle "fatigue" je parlais. Il me pousse à aller voir un médecin, qui touche sa bille en "fatigue". Il ne dit que quelques mots, et là je lui raconte plein de choses je sais même pas pourquoi, je lui parle de ma fatigue, de mon mec, de mon envie de rien. Je reste un moment, il m'écoute, me donne quelques conseils, me dis de revenir si besoin. Je n'aurais pas besoin.

 

 

J'ai 20 ans, je bosse comme aide soignante la nuit dans une maison de retraite. Je me suis fait mal au dos en soulevant un résident. Je suis allée voir un médecin à GrosseVille qui m'a arrêté 3 jours. Puis je suis allée voir un autre médecin à TrouVille, il est un peu rebouteux je crois, il m'a remis le dos en place. M'enfin pour l'instant j'ai toujours mal, je me bourre de Di-Antalvic mais je ne suis soulagée que 20 minutes alors je dois en prendre un peu trop. Du coup je suis un peu dans le gaz, j'ai même vomi. Et je peux pas retourner bosser, du coup je vais un troisième médecin pour prolonger mon arrêt. Qui fronce les sourcils et trouve un peu chelou mon histoire de dos. Ceci dit je veux juste un arrêt pour aujourd'hui après je reprends le boulot. Il me fait uriner dans un flacon malgré mes protestations.

Et il finit quand même par me faire mon arrêt de travail. Et une ordonnance pour soigner ma pyelonéphrite.

 

 

J'ai 22 ans, je suis externe en 5ème année et je vais faire un stage chez un médecin généraliste. En théorie, ça devrait faire 10 ans que tous les externes en font. En pratique, il est ouvert à quelques 4ème années depuis cette année seulement. Pas à moi. Seulement dans 1 an je suis sensée décidé de ma spécialité et pour l'instant c'est flou. C'est pas que rien me plaît, c'est plutôt l'inverse. Tout me plaît. Mais me cantonner à un seul organe ça me frustre un peu. Y'a bien la médecine interne qui me botte, on voit un peu de tout, mais enfin surtout des maladies zarbi, et doser les anticorps-anti-poils-de-couille à tout le monde bof... mais le côté recherche du diagnostic ça ça me botte. La médecine générale pourquoi pas, mais si c'est pour soigner des rhumes toute la journée sans façon... Alors je demande une dérogation à la fac. Pour en avoir le coeur net. Et je vais faire un stage chez un médecin généraliste. Juste une semaine, mais ça sera déjà ça.

Et je ne vois pas de rhume. Faut dire, on est en été. Je vois des gens qu'il suit pour des cancers, du diabète, de l'insuffisance cardiaque, des scléroses en plaque. Ca va de la dermato à la proctologie. Du physique au moral. Il va prendre une heure pour discuter avec cette famille dont le père vient de se pendre, cette nuit. D'ailleurs, c'est lui qui est allé constater le décès pendant sa garde.

Et puis on va à l'hôpital local. Ah tiens, on peut aussi bosser en hôpital alors en médecine générale. On boit le café avec l'équipe, on discute de la rééducation de telle patiente, et des aides à mettre en place pour que son retour à domicile se passe bien. Il y a aussi cette dame qui a fait un malaise juste devant son cabinet et qu'il hospitalise directement pour la journée pour faire un petit bilan. Prise de sang, ECG, repos, elle ressort dans l'après midi.

Et ce monsieur, qui vient d'arriver du CH de GrosseVille. En soins palliatifs me dit-il, mais il ne le sait pas encore. Il va falloir lui annoncer son cancer, et que c'est inopérable. Ah ben ça je connais, item 1, annonce d'une maladie grave. Donner des infomations claires, respecter les croyances du patients, ne pas le juger, avec empathie toussa.

"On va y aller progressivement" me dit-il. Dans ce premier entretien, il y a eu beaucoup de silence. Et peu de choses ont été dites. Le médecin est ressorti en disant juste "je repasserais demain, si vous avez des questions je suis à votre disposition". "Il faut qu'il soit prêt à l'entendre" me dit-il encore. Le lendemain le patient a commencé avec un hésitant "vous m'aviez dit que si j'avais des questions..." je suis sortie de la pièce, et les mots on commencé à être dits.

J'ai terminé cette semaine avec le sourire. Ca y est, j'étais sûre de ce que je voulais faire maintenant.

 

 

J'ai 26 ans, je suis interne en médecine générale. Je fais un stage en autonomie chez un médecin généraliste. Progressivement il me laisse travailler seule, jamais loin si besoin. Et nous discutons de mes doutes, de mon ressenti. Il m'explique le libéral, on cause d'argent, sans tabou. Il me parle de Prescrire. De l'attitude à adopter face aux incertitudes de la sciences, aux changements des recommandations. De savoit être humble face à nos connaissances. Mois après mois je prend confiance, je perd petit à petit la boule au ventre que j'avais face aux patients. Je (ré)apprend à aimer mon métier que 3 ans d'internat m'avait fait presque haïr.

 

 

J'ai 29 ans, j'ai envie de me poser un peu. Oh non pas l'installation, pas encore. Un jour. Mais là, juste avoir un planning stable, mon bureau, mes affaires, bosser comme j'ai envie, à mon rythme à moi, pouvoir suivre un peu mes patients. Mais pas l'installation non, et puis si on est amenés à partir hein... Et puis un médecin me propose une collaboration. Au rythme qui me convient, pas trop loin de chez moi. Installée mais libre de partir si nécessité. La proposition en or. Je n'hésite que quelques jours avant d'admettre que je ne peux pas refuser.

 

 

Tous ces médecins ont compté dans le parcours du médecin que je suis devenu. Il y a en eu d'autres bien entendu. Parce que tous ces médecins, c'était Gérard. On pourrait croire qu'il a beaucoup influencé mes choix, et pourtant pas tant que ça. A 18 ans, quand j'ai eu mon concours, Gérard, mon voisin médecin me félicite. Puis il calcule en souriant que ça tombe pile poil, je serais sur le marché quand il approchera de la retraite, et que vu la moyenne d'âge des médecins, il y aura largement de la place pour moi à ce moment là. Je souris poliment en pensant intérieurement que les poules auront des dents avant que je revienne à TrouVille m'installer comme généraliste juste à côté de chez mes parents.

 

 

Alors quand Gérard m'a aidé pour mes démarches, qu'on a rangé son cabinet et qu'il m''a dit "tiens je t'ai laissé un tiroir pour tes affaires" j'ai souri, et j'y ai posé mon sthétoscope.

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14 novembre 2013

Marre-mots #7

"Papa en fait je veux plus faire docteur, quand je serais grande je veux etre pompier comme toi !

- Ah oui ? Et tu sais ce que ca fait comme travail un pompier ?

- ça ramasse des gens.

- ..."

 

 

Elle a tout compris cette petite.

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10 novembre 2013

Les adieux

"Oh...

- ... oui je suis désolée mais il fallait que je prenne une décision...

- Ah. Bon. J'aurais dû... j'aurais dû te proposer plus tôt, je...

- Non non, je... Il ne faut pas culpabiliser ça n'aurait rien changé...

- Ah oui. Tu serais partie dans tous les cas alors.

- Oui c'est mieux, je ne pouvais pas continuer comme ça.

- Oui je comprend. Tu ne reviendras plus alors.

- Non. Désolée.

- Tu... tu donneras de tes nouvelles ? Tu enverras des photos des enfants ?

- Oui bien sûr.

- Bon... ça va pas être facile pour moi mais... Bonne continuation alors. Je te souhaite plein de bonnes choses.

- ... merci."

 

Moment de flottement quand je raccroche. Je tripotte le téléphone.

 

 

 

"Bon ben... heu... j'ai préparé mes affaires je vais y aller.

- ah oui d'accord ça a été ? Tu n'as pas eu besoin d'aide ?

- non non c'est bon merci. Je... heu... je te rend ma clef.

- ah oui. Oui c'est vrai. Bien sûr."

Il prend la clef, la garde en main, la regarde et la tripotte machinalement. Je la regarde aussi.

"Ben... merci pour tout en tous cas.

- ben de rien je... c'était sympa.

- oui vraiment. Et ils t'aimaient bien, tous, tu vas leur manquer aussi.

- arf heu... oui. C'est gentil. Je... j'espère que tu retrouveras quelqu'un...

- oui... ben... au revoir alors. A bientôt peut être, on se recroisera ?

- oui sûrement. Au revoir."

 

Ca fait quelque chose quand même. On efface pas 3 ans comme ça. 3 ans durant lesquels j'ai grandi, muri.

J'espère vraiment qu'il retrouvera quelqu'un. Mais je sais aussi que ça ne sera pas facile.

 

 

 

Parce que BledPaumé, c'est à 40 minutes de GrosseVille, et que GrosseVille c'est déjà à 1h30 de CHUCity. Alors bon, les remplaçants ne vont pas trop jusque là. Je ne leur jette pas la pierre, pourquoi le feraient-ils alors qu'il y a déjà pléthore d'offres de remplacements à CHUCity, et que GrosseVille est encore plus en pénurie de médecins que les campagnes environnantes ?

Une dernière fois je suis allée manger chez Dédé. A BledPaumé il n'y avait qu'un restaurant. Un peu ringard, depuis 3 ans que j'y vais c'est toujours le même CD qui passe en musique de fond, mais bon il est là, alors la Ginette en moi se faisait un devoir de ne pas se faire à manger et de se faire servir de soutenir l'économie locale en allant y manger une fois par semaine. Le midi, il avait surtout des allures de cantine, accueillant tous les ouvriers en chantier dans le coin, qui venaient prendre le menu du jour avec un pichet de rouge. Je prenais aussi le menu du jour, mais sans le pichet de rouge parce que bon quand même.

Depuis peu Béné avait repris le vieux café/PMU/resto  qui était en face et offrait un menu du jour 50 cents moins cher. Dédé s'était empressé de s'aligner en baissant élagement le prix de son menu. Afin de partir la consicence tranquille de toute injustice et parce que l'Ours a bouffé mon repas du mardi lors d'une fringale nocturne le lundi soir, j'ai mangé chez chacun d'entre eux cette dernière semaine.

 

Sur la route qui traverse le BledPaumois, puis le TrouVillois, je prend une dernière fournée des paysages buccoliques que j'aime tant.

En traversant les hameaux, je me remémore tous ces patients dont tiens-j'aurais-bien-aimé-avoir-des-nouvelles. Savoir si Mme Deschamps a pu rester chez elle jusqu'au bout. Si la grossesse de Samia s'est bien passée, si ça se passe bien chez elle. Si c'était bien ce que je suspectais, chez Untel. Si le traitement a marché, chez Unetelle.

Je l'aime cette route, même si j'étais la première à râler quand je me farcissais les 40 km de virages verglassés en pleine nuit l'hiver.

J'aimais le lever du soleil sur le sommets des collines, quand les vallées étaient encore baignées de brouillard. Puis je pestais de devoir rouler dans ce même brouillard.

J'aimais partir en visite sur des routes qui ne méritent même pas ce nom, visiter des fermes dans des lieux dits inconnus de tous et surtout du GPS. Puis je pestais de me retrouver une fois de plus coincée derrière un tracteur.

J'aimais me sentir vraiment utile, loin de tout. Puis je pestais de gérer le choc anaphylactique toute seule avec ma bite et mon couteau mon ampoule d'adré et mon tensiomètre.

J'aimais bosser loin de la ville. Puis je pestais de récupérer encore une fois les filles à point d'heure chez la nounou, de ne les voir que pour les mettre au lit, et de passer ma soirée à essayer de rattraper les machines en retard.

 

Je m'arrète au bord de la route pour immortaliser les nuages curieusement accrochés au col du Joli Bois, du coté de TrouVille.

2013_10_18_12

Une dernière fois je me mords la lèvre, en repensant à cette médecine de campagne que je ne ferais plus vraiment. Ou différemment. Puis je me répète une fois de plus la liste de toutes les choses qui font que c'est mieux comme ca.

Oui c'est une bonne chose.

 

C'est mieux comme ca.

 

 

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24 octobre 2013

Les sens de ma vie

Voir

ses premiers sourires, ceux auxquels on ne peut s'empêcher de répondre

ses mains toujours en mouvements dans un ballet qu'elle seule comprend

sa mèche folle dressée sur sa tête

ses grands yeux bleus-gris plongés dans les miens

 

Goûter

la goutte de lait au coin de ses lèvres quand elle s'endort repue

ses larmes contre ma joue

 

Entendre

ses pleurs reconnaissables entre tous, ceux qui occultent le reste, les discussions, ceux qui vrillent le ventre sans qu'on le veuille

ses grognements lors qu'elle s'enfouit contre moi

ses premiers éclats de rire devant les clowneries de sa soeur

 

Sentir

son souffle dans mon cou

le mouvement apaisant de ses lèvres sur mon sein

ses doigts qui aggripent le mien

sa peau contre la mienne

 

Sentir

mon nez dans ses cheveux et cette odeur, cette odeur, ma cam', ma drogue.

 

 

Les sens de ma vie.

L'essence de ma vie.

 

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11 octobre 2013

Marre-mots #6

"Maman, je suis mal dans ma peau."

 

Fichtre. 3 ans 1/2. J'espèrais attendre une dizaine d'année avant d'en arriver là.

"Heu... et pourquoi tu es mal dans ta peau ?

- J'aime pas ma peau (tiens on est deux). Je la trouve pas belle. Je voudrais avoir la peau NOIRE.

- ...

Ah. Heu... oui mais bon c'est pas possible ça, on peut pas changer de peau comme ça. (enfin sauf Mickaël Jackson mais là c'est un peu compliqué)

- et pourquoi ?"

Me voilà partie dans des explications fumeuses de génétique et d'hérédité.

"Alors si mon papa il avait la peau noire comme le papa de Maïa, alors moi aussi j'aurais la peau noire ?

- oui voilà.

- alors je veux changer de papa."

 

Ah. Oui mais non plus en fait.

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28 septembre 2013

Un matin

Le réveil sonne. Trop tôt. Mais ça ne dérange pas le moins du monde la Squatteuse qui roupille à côté de moi.

Il faut que je m'extirpe du lit. Aujourd'hui, c'est l'Ours qui emmène les filles à l'école/chez nounou. C'est dire si j'ai des raisons d'être stressée.
Hier j'ai préparé tout ce qui était préparable mais il n'empêche que. La semaine dernière tout était prêt dans le sac, il a quand même oublié le sac.

Au radar direction la douche. Je passerais bien 30 minutes à réfléchir à des questions existencielles sous l'eau chaude, mais chaque minute compte. Ca sera donc 2 minutes.

Je m'habille à la va vite dans le couloir pour ne pas réveiller (tout de suite) l'Ours et la Squatteuse. Heureusement que les mots "crème de jour" , "brushing" , ou "maquillage" n'existent pas dans mon vocabulaire, parce que mon geste beauté du jour consistera en un coiffage rapide aux doigts, dans un savant pas-travaillé coiffé-décoiffé (mais surtout décoiffé). Comme tous les jours en fait.

Je prépare le thé, je vais réveiller Tétarde, qui se traîne sous son tas hirsute de bouclettes blondes en ronchonnant jusqu'à la cuisine.
Après âpres négociations (non un carré de chocolat ça n'est pas un bon petit déjeuner complet) elle accepte une compote et des biscuits.

Coup d'oeil sur l'horloge, il faut aller réveiller la Squatteuse si je veux qu'elle au moins ait un bon petit déjeuner. Etant donné qu'elle ne daigne prendre - en rechignant - que 60ml de lait par jour chez nounou, autant faire quelques réserves le matin. Je réveille l'Ours en même temps. Il zone jusqu'à la douche avec force plaintes sur son pied qui lui fait mal. Des douleurs d'homme quoi. J'admet que le pied est légèrement écarlate, et qu'il a légèrement doublé de volume.

Un main soutenant la Squatteuse au sein, une main pour boire mon thé, une main qui donne la compote à Tétarde parce que tu-comprends-je-peux-pas-j'ai-mal-au-genou. Le parent est multitâche.

Coup d'oeil à l'horloge. L'Ours refléchit aux origines de l'univers sous la douche. Je ne vais pas avoir le temps d'habiller les deux. J'emmène la Squatteuse en comptant sur une coopération de Tétarde pour enlever le pyjama/enfiler la culotte toute seule ou au moins avancer jusqu'à sa chambre.

Après avoir bien macéré toute la nuit, les fringues que je comptais mettre à la Squatteuse empestent le dégueuli à un mètre. Merde. Direction la chambre la Squatteuse dans une main, j'attrape le premier vêtement venu. Pendant ce temps Tétarde chante en se roulant en pyjama sur son tapis et l'Ours refait le monde dans la salle de bain.

La Squatteuse à peine habillée en profite pour régurgiter sur ses vêtements et - on n'est plus à ça près - faire une grosse bouse. Pendant ce temps Tétarde chouigne parce que finalement elle ne veut pas mettre cette robe là, qu'elle a mal au genou, et que Maël ne voulait pas lui préter le dauphin à l'école. Enervement, menace de sévices corporels.

Et pendant ce temps l'Ours... heu... l'Ours s'est installé sur son ordinateur. Enervement, menace de sévices corporels. Fail. Menace d'absence de sévices corporels. Il daigne aller habiller Tétarde.

Coup d'oeil à l'horloge. Je suis en retard.

Squatteuse dans le transat. Gilet pour Squatteuse juste à côté. Couches, lait, habits de rechange, sac pour Squatteuse. Tétarde réclame des collants bleus.

Ma sacoche, les clés du cabinet.

Descendre les 3 étages. Courir jusqu'à la voiture. Démarrer. Détection de l'absence de téléphone par la voiture. (c'est bien les voitures modernes)

Merde.

Se regarer. Courir. Monter les 3 étages. Croiser la voisine qui part au boulot. Attraper le téléphone sur son chargeur. (c'est mal les téléphones modernes, ça tient pas dans la poche et ça tient pas 12h en veille)

Redescendre les 3 étages. Croiser la voisine qui remonte en courant.

Courir, démarrer.

Souffler.

 

Je résiste à l'envie d'écraser 3 djeuns qui traversent indolemment la route en faisant des pauses pour ricaner bêtement.

Calme.

J'appelle l'Ours pour ne pas qu'il oublie le doudou de Tétarde, et qu'elle mange à la cantine à midi. Ok, il raccroche.

 

Penser qu'il faudrait le rappeler, pour qu'il lui enlève ses collants, il va faire chaud. Résister.

Souffle, lâche du lest, c'est pas grave si elle a des collants.

Essayer de se calmer.

La radio me souhaite bonne journée avec Stromae "Formidable". Merde.

Essayer de se calmer.

Y arriver au bout de 20 km.

 

L'Ours rappelle, peut être qu'il faut que je lui dise pour les collants.

 "Dis, où est le siège auto de la squatteuse ?"

...

...

Dans ma voiture.

 

Et merde.

ET MERDE.

 

Coup d'oeil à l'horloge. Si je fais demi-tour, Tétarde arrive avec 1/2 de retard à l'école et moi avec 1h de retard au cabinet. L'Ours raccroche, il va se débrouiller.

Je le rappelle : peut être retrouver le lit auto.

Je le re-rappelle : peut être demander à nounou de venir jusqu'à la maison.

Je le re-re-rappelle : peut être demander à une voisine. Il m'engueule, il va vraiment arriver en retard si je continue de l'appeler.

 

A peine arrivée au cabinet, je lui envoie un message pour qu'il me tienne au courant : il a couru, s'est fait -encore plus- mal au pied, a retrouvé la nacelle, mais pas les attaches, il a bricolé un truc fort peu sécuritaire avec les ceintures, est arrivé 10 minutes en retard à l'école, mais étant donné qu'il n'arrivait même plus à poser le pied par terre, la maitresse n'a rien dit.

 

Souffler. Tant pis pour les collants.

Il n'est même pas 9h, je suis déjà vidée, et je me perfuserais bien un litre de café.


Commençons la journée.

Léo a une angine.

Mme C. a besoin d'une ordonnance de bas de contention.

Mr L. est plein d'arthrose et a mal au dos. Tellement que ça le gêne pour respirer. Hum ? L'examen est normal mais je n'arrive pas à éteindre la petite lumière qui clignotte avec cette histoire de gêne respiratoire. Je pousse mon examen. Non vraiment rien d'inquiétant. Nous en resterons à de l'arthrose.

Le petit Jules a un panaris. Pas bien grave, mais à 18 mois il n'est pas trop d'accord avec les soins proposés. Il resort avec une main complètement emmaillotée de bandes et de sparadrap pour éviter qu'il y touche.

Mme P. tousse.

C'est l'aide ménagère de Mr R. qui a appelé. Il a 96 ans, et est normalement suivi à domicile, à Saint-Pierre-Derrière-La-Colline, mais elle propose de l'amener au cabinet, ce qui m'arrange carrément. Il a des vertiges depuis ce matin. "Comme si j'avais bu mais sans boire". Et pas qu'un peu, nous ne sommes pas trop de deux pour l'amener jusqu'au cabinet. Son examen est normal sauf que lui qui a une petite tension d'habitude est à 19/10. Ca pourrait expliquer ses vertiges. Alors pourquoi je pense AVC cérebelleux moi ? Quelle idée. Il n'a aucune raison de faire un AVC cérébelleux hein. J'essaie de faire taire cette alarme qui clignotte encore. Il faut juste faire baisser sa tension. Oui mais Mr R. est complètement désorienté, et vit tout seul. L'aide ménagère est inquiète, à raison. Il peut se casser la figure à tout moment, et ne prendre absolument pas son traitement.

Mais je suis un peu folle, et un peu extrémiste de la non-hospitalisation. Surtout ici où les gens rechignent clairement à quitter leur campagne.

Appel du cabinet infirmier pour qu'ils passent au moins matin et soir les prochains jours. Je tombe sur le répondeur, je laisse un message. On se met d'accord avec l'aide ménagère pour que les voisins qui sont très proches se relaient aujourd'hui à ses côtés pour vérifier que les choses rentrent dans l'ordre. Comme je ne suis pas si folle que ça, courrier est fait pour les urgences avec consigne aux voisins de l'y envoyer si ça ne va pas mieux d'ici ce soir.


 Mme L. vient pour son suivi de grossesse. Et surtout pour que je reconduise son arrêt de travail. Elle est professeur des écoles mais n'a pas fait sa rentrée. Elle entamme son 3ème mois de grossesse et me fait comprendre tout de suite qu'elle n'a pas l'intention de retravailler de sa grossesse. Par contre si je pouvais arrêter son arrêt avant les vacances de la Toussaint, parce qu'ils voudraient partir un peu.

Mme B. est ma dernière consultation. Elle voudrait aller voir une diététicienne pour faire partir sa boule de graisse. Un lipome qu'elle a sur le ventre. Je lui explique que cela n'aura pas d'impact sur son lipome, mais elle ira quand même. Soit.

 A l'heure de rentrer à la maison un coup de fil. L'aide ménagère de Mr Foutu. Il faut venir vite vite il est vraiment pas bien.

Impossible de retrouver le dossier de Mr Foutu. Foutu vous dites ? Oui Foutu avec un F comme Faucisse. Aaaah Soutu ?! Oui Soutu c'est ce que je disais mais venez !

C'est où ?

Ben à Gros Bourg. (A 10km donc)

C'est pas trop dur à trouver (= c'est très dur à trouver)

Faut traverser le bourg, et c'est une route à droite (= une route à gauche avant le bourg)

 

Après 10 minutes à tourner dans le bourg, j'essaie d'appeler Mr Soutu, il ne répond pas. J'essaie d'appeler DrRemplacé, il ne répond pas. Je me résous à m'arrêter à la pharmacie. Malgré mes signes d'impatience manifestes, la pharmacienne finira sa conversation de 5 minutes sur la-rentrée-du-grand-à-l'école-qu'a-été-un-peu-dure-mais-là-ça-va-mieux-maintenant-mais-bon-quand-même-il-s'est-encore-réveillé-cette-nuit-ça-le-perturbe-un-peu.

Après de nouvelles explications, et une nouvelle erreur, je finis par trouver la ferme isolée de Mr Soutu. Qui souffle comme un boeuf sur sa chaise. Et paradoxalement mon examen est strictement normal.

- il vit tout seul isolé

- je suis incapable d'expliquer pourquoi Mr Soutu est essouflé, et donc encore moins de le soulager

- il est vendredi

- je suis énervée

- j'ai mal aux seins, manquerait plus que j'ai une montée de la... Trop tard.

- j'ai faim

autant de signes de gravité qui font taire les ardeurs de WonderWoman et indiquent formellement l'hospitalisation de Mr Soutu.

Qui n'est pas d'accord et qui souhaite que j'appelle sa fille.

J'appelle sa fille qui le rejoindra directement à l'hôpital.

Oui mais le chien.

J'appelle le voisin qui viendra récupérer le chien.

J'appelle le taxi pour l'emmener.

L'Ours appelle pour savoir si je rentre manger. Je lui explique que oui mais que je vais rentrer tard vu la situation. "Ok je vais me débrouiller, je vais trouver un truc, ne t'inquiète pas pour moi" Ah mais... je n'en avais pas l'intention. Je m'inquiète plutôt pour moi en fait.

J'aide Mr Soutu à rassembler 3 slips. Impossible de retrouver sa carte Vitale ni son ordonnance.

Le médecin de PetiteVille appelle. Il me parle de mon avenir, mais j'abrège, j'ai pas le temps, j'ai faim, je cherche la carte Vitale.

J'écris une belle lettre pour les urgences, enrobant mon "Merci d'accueillir Mr Soutu... vieux... seul.... altération de l'état général... dyspnée...et pis c'est vendredi et demain c'est le week end, cordialement, bisous" de plein de petites fleurs tant je me souviens que cette situation m'horripilait quans j'y étais moi, aux urgences.

 

L'ambulancier arrive, tout le monde s'en va.

Il est 14h, j'ai faim, je vais rater les Feux de l'Amour (oui bon quoi).

J'appelle l'Ours, pour me plaindre, et surtout parce que j'ai faim. Il promet de me préparer quelque chose à manger.

Je n'ai pas eu le temps de passer à la pharmacie pour son pied.

 

15h j'arrive à la maison. La table du petit déjeuner est encore mise, rien n'est prêt, l'Ours a mangé les restes.

 

Bref, un matin.

Posté par docmam à 00:52 - - Commentaires [33] - Permalien [#]



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