Je garde des souvenirs bien vivaces de moi il y a quelques années, heureuse nullipare, jurant haut et fort que « nan, moi je ferais pas chier les autres avec mes histoires de gosses... »

Parce que oui les pauses café avec les collègues sage-femmes qui racontent leurs accouchements respectifs les unes après les autres, l'entrée à l'école du plus grand, ou le dernier mot du petit, comme si c'était quelque chose de merveilleux alors que bon; tous les gosses parlent ou presque, ça a quand même rien d'exceptionnel, et surtout rien qui mérite d'en causer en long et en large pendant une demi heure – oui tout ça me me gonflait profondément. Les femmes enceintes qui ne savent parler que de leur bidon comme si le monde avait arrêté de tourner lors de cette fameuse partie de jambe en l'air; je m'étais jurée de ne jamais y ressembler. Comme beaucoup je pense sauf que moi... ben moi j'allais y arriver évidement.

 

Bref j'avais des principes, héhé. Pour plus de principes, je vous renvoie à cet hilarant artikeul de Marie des Mamans Testent

 

Et je dois dire que jusqu'à présent, je pense que j'y arrivais plutôt bien. J'éprouvais une grande fierté lorsque mes copines me disaient « ce qui est bien avec toi, c'est que tu n'as pas changé, tu passes pas ton temps à parler de ta grossesse comme d'autres... » Et ouais les gonzesses, je suis toujours la même, je me trémousse dans les soirées internat à 8 mois de grossesse faisant fi des contractions; et je le faisais sans trop d'effort d'ailleurs, il était naturel pour moi de causer des mêmes sujets qu'avant, et de continuer à faire les mêmes blagues de cul pourries.

 

C'était même plutôt l'attitude des autres qui avaient changé. Le regard de mes collègues. J'étais dans les premières de ma promotion à tomber enceinte, et je continuais de vivre à l'internat, jusqu'à 8 mois de grossesse, qu'on trouve un appart avec l'Ours. Mais le ventre grossissant, c'est le regard des autres qui changeaient. Je changeais de catégorie, je devais avoir une de ces auras mystérieuses (mystérieuse tu parles) qu'ont les futures mères, ce quelque chose de sacré bla bla bla...

Ce regard des autres qui ravie tant de futures mères mais qui me faisait profondément chier. Oui ok j'ai un gros bide, mais je peux toujours dire bite - couilles - poils hein.

 

A la naissance de ma fille, les choses ont un peu changé. Surtout parce que je n'avais guère d'autres choses à raconter, mes journées étant rythmé par le « doux » rythme de tétée – popo – dodo (environ 8 fois par jour). Mais quand je voyais les copines ou les collègues, à part deux trois formalités d'usage, on parlait boulot, on parlait des copains, des dernières histoires etc. on continuait de sortir (« ouais attend, on va pas s'arrêter de vivre parce qu'on a un gamin hein... pas comme ces couples de copains qu'on voit plus depuis qu'ils sont parents... »). Bien sûr il y a eu quelques désillusions (« Heu ok, sortir avec la Tétarde quand elle a 3 semaines et dort dans son siège ça va; mais le resto avec le monstre de 18 mois... ça fait chier tout le monde et moi la première ») et donc quelques arrangements (« vous voulez pas venir à la maison plutôt ? » genre on couche le truc et on est tranquille ? Ou resto les soirs où Tétarde est chez Mamie-chérie-merci)

 

Bref malgré tout ça, je pense en toute honnêteté qu'on n'a perdu aucun pote – du moins pas de notre faute – et qu'on a gardé une certaine vie sociale.

Non non je n'ai pas changée, je suis toujours... toujours cette fille sioupère cool qui va pas se la péter dès que sa môme ouvre un oeil comme si c'était la plus intelligente du monde – même si c'est le cas.

700-64442-Diplôme du bébé le plus intelligent du monde

Certes il y a eu cette fois devant les voisines où Mamzelle Tétarde s'est exclamé à 18 mois « Oh un panda » en montrant un paquet de céréales avec – il est vrai – un beau spécimen de panda; engendrant regards ébahis des voisines « comme elle parle bien...! » ; cette fois où j'ai malencontreusement omis de dire que si « panda » était son 3ème mot, c'était peut être dû aux 36 lectures journalières de « Yucca petit panda »... j'ai juste peut être laissé croire que ma fille avait un vocabulaire digne d'un Académicien.

Mais ça ça ne compte pas, ma fille est sioupère intelligente, et ça transparaît même sans que je dise rien héhé.

Jusqu'à ce dimanche. Dimanche où le soleil nous invita, 2 copines et moi même, à aller pic niquer au bord de l'eau.

Nous étions donc quatre puisque :

  • en maman super cool, ma gosse me suit partout où je vais, je l'habitue tôt, je reste pas cloitrée chez moi...

  • dans la vérité vraie, je n'avais personne pour baby sitter.

 

Tout se déroulait donc parfaitement jusqu'à ce moment, où parlant de choses et d'autres, me voilà en train de dire « Tu te rends compte, ce matin je l'ai regardé jouer, et elle a empilé 5 cubes les uns sur les autres c'est vachement bien ! Normalement à 2 ans, tu en empiles 2; et là elle a 19 mois et elle en a empilé cinq... »

J'ai été coupé dans mon élan par mes deux « copines » (des nullipares évidement) qui pouffaient en se foutant de ma gueule.

 

Ri-di-cu-le.

 

Au final, je suis juste une maman comme les autres...