07 septembre 2011

Déni

Midi arrivait, il y avait moins de monde en attente aux urgences de notre petit CH de campagne. Un « convoi » s'organise pour aller manger, pause tant attendue du repas. Au moment où nous partons, un homme déboule dans le sas. « Venez vite, je crois que ma femme accouche ! »

On se précipite, fauteuil roulant, on installe la femme dedans, on prévient la maternité. L'infirmière relève les yeux vers nous, le visage tendu « Non c'est trop tard on n'a pas le temps de la monter »

Course dans le couloir, elles passent devant moi et j'aperçois ce qui l'a affolée : la masse dans le jean, protubérance qui n'a rien à faire là. Cette femme a déjà accouché, cette masse coincée dans son jean, c'est son enfant.

Je suis le mouvement, je ne sais pas trop quoi faire mais je veux me rendre utile. Brancard, vite vite on enlève le jean. On l'arrache, on le découpe peut être je ne sais plus. La femme est passive, toute l'action se déroule sans elle. D'autres préparent la petite table chauffée de réanimation pédiatrique. L'infirmière lui demande « Vous êtes à quel terme ? - mais je ne suis pas enceinte ! »

Pendant une fraction de seconde nous restons interdit, mais on insiste pas. Le jean est enlevé, l'enfant est là, gris, mon chef tient déjà le petit corps entre ses deux mains et il masse, vite, très vite. Heureusement qu'il est là le chef, je pensais avoir des réflexes mais il les as 10 fois plus vite que moi.

« Clampe ! Coupe le cordon, dépêche toi !! »

Oui oui bien sûr, je le savais qu'il fallait faire ça. Où sont mes ciseaux, pourquoi je n'ai pas de ciseaux ? On m'en tend une paire, putain, le clamp glisse, c'est pas vrai, je suis nulle, je suis nulle, je tremble.

« Dépêche toi ! »

Ça y est, le petit corps est libéré. Mon chef se précipite toujours en massant, sur le brancard préparé pour l'enfant. Pour la petite fille, c'est une petite fille.

 

La mère reste étendue, elle n'aura pas eu un regard pour l'enfant, elle me semble dans un monde parallèle.

L'enfant est scopée, elle vit, mais si peu, si peu... Son cœur bat à 40 par minute, faiblement. Il continue de masser le chef.

« Appelle le pédiatre ! »

Merci. Merci de me donner une mission. Merci de ne pas me laisser les bras ballants au milieu de pièce, à gêner parce que je ne sais pas quoi faire. Merci de me faire sentir utile parce que je suis incapable de quitter cette pièce.

Standard, patientez, j'appelle chez lui. Oui, nous sommes dans un petit CH, une maternité de niveau 1, pas de pédiatre sur place. Il est d'astreinte seulement, et à midi il est rentré manger chez lui.

« Docteur, c'est l'interne des urgences; il y a eu un accouchement aux urgences, et le chef est en train d'intuber l'enfant... allô ? Allô ?... »

Je n'entend plus rien, pas de voix, pas de sonnerie, je finis par raccrocher, en espérant que mon message a été reçu.

En voyant le pédiatre débarquer en trombe à peine quelques minutes plus tard, je comprend qu'il l'a tellement bien reçu mon message, qu'il est parti de chez lui sans même raccrocher.

On lui prépare du matériel, il pose un cathéter ombilical, ça sera la seule et unique fois que je verrais ce geste.

Je suis plus qu'inutile, j'essaie de ne pas gêner, je les regarde travailler. Je me dis qu'on a de la chance, qu'elle a de la chance qu'ils soient là, tous les deux, que ça soit eux qui soient de garde. Les autres chefs me le confirmeront, elles n'étaient pas sûre qu'elles auraient pu faire aussi bien, sans LE chef, et sans CE pédiatre.

Une voix me ramène sur terre, c'est les sages-femmes qui étaient descendues évidement. Après avoir observé comment se déroulaient les événements, elles vont remonter avec la mère, pour s'occuper de la délivrance et puis... et puis de tout le reste. C'est vrai, pendant un moment j'avais oublié cette maman. Cette maman qui était allé travailler comme tous les jours ce matin, mais qui ne se sentait pas bien, elle avait mal au ventre. Alors elle avait appelé son compagnon qui l'avait amené aux urgences. Qui avait compris avant elle ce qu'il se passait en arrivant.

Le rythme cardiaque de l'enfant remonte, et elle a été placée sur sa petite table chauffante. Sa température remonte également, évidement, elle était en hypothermie. On lui a trouvé des petits vêtements, là haut en pédiatrie.

Elle est belle. Elle reprend des couleurs. Après toute cette agitation, la pression redescend dans le box. On attend le SMUR pédiatrique qui doit venir du CHU. Ici il n'y a pas de réanimation pédiatrique, ni même de néonatalogie. Ici on ne peut pas garder de bébés intubés.

Mais on sait se débrouiller, et je sens bêtement une bouffée de fierté. Par pour moi qui n'ai rien fait de spécial, qui ai juste essayé d'être le maillon le moins faible. Mais avec le chef qui a des réflexes en or et qui sait intuber des bébés de 2kg; avec le pédiatre qui pose des cathé ombilicaux, avec le réanimateur qui nous a aidé à régler correctement le respirateur pour ses tout petits poumons... avec tout le monde, nous voyons ce petit bébé qui a son cœur qui bat bien, qui reprend des couleurs, qui commence à bouger un peu. Elle était hypotherme et ça a protégé son cerveau, on espère. On espère tous, et on y croit tous, parce qu'on n'a pas fait tout ça pour rien. Parce que c'est une battante, sinon elle serait pas là à essayer de respirer toute seule. Je n'arrive pas à quitter la pièce. Elle est belle.

Je sais que dans les autres box, mon autre chef continue de voir des patients. Parce que c'est un chef, qui a plus de maturité que moi, et qu'il sait bien qu'il ne peut pas laisser tomber tous les autres patients pour ce bébé, mais si il aurait eu envie d'être là aussi. Je sais que j'aurais été plus utile ailleurs au final, à voir d'autres patients, plutôt que de gêner au milieu. Mais je ne pouvais pas.

Je finis par sortir de la pièce, on a des nouvelles de la maman. Le psychiatre est avec elle. Elle a du mal à s'en remettre mais elle va l'élever comme ses autres enfants bien sûr. Elle lui a donné un prénom. Son compagnon n'est même pas le père, cela ne fait que quelques mois qu'ils sont ensemble, mais il la soutient.

Je suis contente que cette petite fille ait un prénom et une famille. Sa maman va l'aimer quand même, elle va apprendre à la connaître, je le sais.

Le SMUR pédiatrique arrive, en hélicoptère; je les suis dans la salle, je suis presque fière de leur présenter notre travail, vous avez vu ce qu'on a réussi à faire hein ?

Ils ne nous félicitent pas c'est vrai, mais ils ne sont pas là pour ça faut dire. On leur explique, ils branchent leurs appareils sur la petite fille, changent les réglages, le cathé ombilical est un peu trop profond, et le respirateur n'a pas les meilleurs réglages pour de si petits poumons. Intérieurement cela m'énerve. Je sais qu'ils font leur travail, et que c'est leur spécialité au final; mais nous on était là, et avec notre respirateur « mal » réglé, elle était remontée à 98% de saturation, notre petite... et avec son cathé ombilical, elle a quand même eu les médicaments nécessaires...

Elle fait la grimace la pédiatre. Les petits mouvements de l'enfant sont devenus répétitifs. Elle tremble. Elle convulse en fait. Un peu. Si peu. C'est pas bon signe nous dit la spécialiste.

Non non je ne veux pas qu'elle dise ça, parce qu'elle va s'en sortir. Oui elle convulse, mais son petit cœur bat bien, et elle est bien rose maintenant, et elle sature bien. Ça va aller. Dites que ça va aller s'il vous plaît.

Mais ça ne va pas trop. On a transféré l'enfant dans la couveuse du SMUR et branché sur leur respirateur; mais elle ne le supporte pas. Elle désature. Elle préférait notre respirateur mal réglé finalement. Mais il faut la transférer au CHU. Elle s'inquiète la pédiatre, elle veut une radio. Tout de suite. Quelques minutes plus tard, elle a son diagnostic, elle fait un pneumothorax, son petit poumon gauche et tout collabé. Parce qu'on l'a massée, parce qu'on l'a intubée, parce qu'on l'a transportée, ou tout ça à la fois.

Alors dans sa petite couveuse, à 2h de vie, on lui pose un drain thoracique. Elle a des tuyaux de partout, dans la bouche, dans le poumon, dans le cordon, et des fils sur son petit thorax.

Mais elle ne veut toujours pas du respirateur alors on se relaye, avec un tout petit BAVU, pour la faire respirer. Les chefs causent, travaillent, alors c'est moi, et un étudiant infirmier, qui nous relayons, on trouve le bon rythme, assez rapide, mais pas trop fort. Et sa saturation remonte, avec notre petit ballon. Elle va arrêter de convulser du coup, je le sais. En plus on lui a mis des anticonvulsivants alors ça va aller, faut juste attendre un peu. J'ai une crampe dans la main, mon collègue me relaye. Ils reviennent nos chefs, ils regardent, ils secouent la tête.

Allez, encore un peu, elle a une bonne saturation avec le ballon, on attend encore, encore un peu.

Mais elle s'approche la pédiatre, elle nous dit stop. Qu'on a fait tout ce qu'on a pu toussa toussa, que c'est mieux pour elle toussa toussa. Je le sais, je le sais bien.

Alors on enlève le ballon. J'espère au fond de moi encore un peu. Qu'elle va se mettre à respirer toute seule, que ça va aller. On reste tous autour, sans parler, en regardant le rythme cardiaque diminuer tout doucement, puis s'arrêter. On prononce le décès. Elle aura vécu 4h.

Je me dis que pour une vie si courte, elle aura été salement bien remplie. Elle n'aura jamais été dans les bras de sa maman.

On lui enlève tous ses tuyaux et on lui remet ses petits vêtements, elle est toujours belle, mais on me fait sortir, il faut sortir de cette salle. Je veux retourner la voir, inerte, sans son petit berceau, au fond du service, attendant de descendre à la morgue. On m'arrête. "Arrête, laisse maintenant, c'est pas bon d'y retourner, va travailler".

Parce qu'il y a d'autres patients, beaucoup d'autres patients, parce que pendant tout ce temps on n'a pas fermé les portes des urgences. Alors je prend le premier dossier et j'essaie de me concentrer. Je n'ai plus le temps de manger évidement.

 

« J'ai mal au poignet là, ça fait trois semaines et ça passe pas !!! J'étais en arrêt de travail et je devais y retourner aujourd'hui mais j'y suis pas allée...  ça fait des heures que j'attends si j'avais su je serais allée voir mon médecin traitant.» Oui si tu avais su... Et moi si j'avais su je t'y aurais envoyé illico. J'ai envie de lui crier ma rage, mon impuissance et ma frustration à la gueule à cette femme. Que pendant qu'elle était là à encombrer le service avec sa tendinite de merde; de l'autre côté du mur là, y'a une petite fille qui est née, qui s'est battue et qui morte, juste là. Une petite fille qui s'appelait Florence. Qui a eu un prénom, qui a vécu, un petit peu.

Mais je ne peux pas lui dire tout ça. Parce qu'elle n'a pas à le savoir. Parce que même si elle n'a rien à foutre ici, ce n'est pas de sa faute tout ça.

Alors je me tais et je l'écoute. Et je lui fais ce qu'elle est venue chercher, un arrêt de travail. Parce que là j'ai pas la force de me battre contre elle. Je l'écoute et je lui souris.

Et en rentrant dans ma petite chambre d'internat ce soir là je pleurerais enfin un peu.

 

Le lendemain la vie continue, mais dans les regards de ceux qui étaient là on lit qu'ils n'ont pas oublié. On n'en parle pas mais on le sait que pour les autres c'est pareil. Qu'ils ont eu du mal à arrêter d'y penser le soir en rentrant. Que ça fait bizarre de revenir et de faire comme si de rien était. Et d'ailleurs on y arrive pas. Pause café, les langues se délient. Une infirmière particulièrement est révoltée. « On devrait la condamner, elle a tué son enfant !!! »

Je suis surprise, je n'ai jamais eu d'enfant, je n'ai jamais été confronté au déni de grossesse, mais j'ai compris ce que cette mère a vécu; je pensais bêtement que tous les soignants le comprendrais.

« Ben non, on peut pas dire ça, c'était un déni, elle ne s'est pas rendu compte...

- mais arrête c'est impossible, comment on peut ne pas se rendre compte qu'on est enceinte ???

- ben c'est ça le déni de grossesse, c'est inconscient... son corps savait mais son esprit a mis une barrière... je suis sûre qu'elle est sincère quand elle dit qu'elle ne savait pas qu'elle était enceinte...

- mais elle ne l'a même pas regardé !!

- pour elle le bébé n'existait pas, elle a fait un blocage ! C'est pas un jugement qu'il lui faut, c'est de l'aide... »

Bizarrement, beaucoup pensait comme cette infirmière, peut être une façon de se révolter contre ce qu'il s'était passé ? Le pédiatre est venu me voir pour me demander des détails, depuis quand avait-elle accouché quand on l'a prise en charge ? Je ne sais pas, l'enfant était née, son compagnon a dit que ça s'était passé en arrivant, devant le sas... Il est indécis le pédiatre, pour lui, cela faisait au moins 20min que l'enfant était né quand on l'a pris en charge. Je ne sais pas quoi répondre, je comprend qu'il réfléchit si il doit alerter la police, ou les services sociaux.

Finalement, cela n'aboutira pas, et cette maman retournera chez elle au bout de quelques jours, retrouver ses enfants, sans Florence.

deni

Posté par docmam à 16:08 - - Commentaires [25] - Permalien [#]


Commentaires sur Déni

    Je découvre votre blog par hasard....

    C'est prenant et touchant votre récit....

    je reviendrai.....

    Posté par alainx, 07 septembre 2011 à 18:25 | | Répondre
  • j'avoue qu'en l'écrivant, même des années après, je l'ai revécu.

    Posté par Docmam, 07 septembre 2011 à 21:15 | | Répondre
  • Ok, prends ça dans ta gueule

    Je faisais mon tour du net, tranquille. Gtalk à gauche, une vidéo quelconque à droite, je lis mes mails, je lis twitter, je clique sur des liens.

    Et oh, un onglet que je n'ai pas encore lu.
    Je ne sais pas d'où il sort, cet onglet. Je ne sais plus, j'ai cherché et j'ai pas trouvé.

    J'ai commencé à lire en me disant oh vache, je ne regrette pas cet onglet.
    Je me suis revue, autour du pédiatre et de l'autre pédiatre qui essayaient de mettre une voie osseuse à cette petite déshydratée et presque morte.
    A voir l'infirmière B qui tendait des trucs, des trucs sous plastique, des voies, des aiguilles. Je ne savais pas comment elle savait ce qu'il fallait tendre.

    A voir l'autre infirmière, l'infirmière A, dans un coin, qui répétait : "Je l'ai vue, je me suis dit oh mon dieu elle est morte elle est morte. Et puis je l'ai prise dans mes bras et elle s'est mise à convulser et je me suis dit oh mon dieu elle est vivante elle est vivante."

    C'est l'infirmière A qui a sauvé la vie de cette gamine, en lui trouvant un air pas frais en salle d'attente.
    C'est l'infirmière B qui a sauvé la vie de cette gamine, en tendant ce qu'il fallait quand il fallait, en devinant à l'avance les gestes du pédiatre.
    C'est le pédiatre qui a sauvé la vie de cette gamine, en refaisant quatre fois sa perfusion osseuse parce que ça ne passait pas, parce que le lit en dessous était trop mou.

    Moi j'étais au milieu, inutile, incapable, et incapable de sortir de la pièce alors que d'autres avaient besoin de quelqu'un ailleurs.
    C'est moi qui ai appelé la pédiatre de néonat, j'ai bafouillé "Heu il faut monter très vite, heu, il y a une petite, heu, elle est déshydratée beaucoup !", incapable de sortir des mots plus cohérents et plus utiles.
    C'est moi qui ai pris les parents dans la salle d'examen 2B, pour dire "Heu oui heu, alors les médecins sont en train de s'occuper d'elle, elle était très très déshydratée", en essayant de ne pas hurler "Mais enfin comment avez-vous pu l'amener si tard si inconsciente en étant si calme".

    J'ai revécu tout ça.


    Et puis j'ai continué à lire, et la vôtre est morte, alors que la mienne (pour qui je n'avais strictement rien fait) était vivante.

    Voilà.

    Je ne regrette pas cet onglet, même si je ne sais plus d'où il vient.
    Merci très fort pour cette histoire.

    Posté par Jaddo, 08 septembre 2011 à 00:55 | | Répondre
  • Un très beau texte...Merci

    Posté par spyko, 08 septembre 2011 à 08:24 | | Répondre
  • Superbe texte... Bizarrement une partie particulièrement touchante pour moi est la description de cette sensation d'inutilité ressentie face aux urgences vitales, tu décris mieux mon sentiment que je ne me l'étais formulé à moi même... parce que moi je suis le maillon faible, je ne sers tellement à rien que souvent c'est moi qui vais voir les autres patients, les tendinites et les demandes d'arrêt, pas par maturité, mais parce que je ne supporte pas cette sensation d'être la plante verte mal placée qui gène l'action...
    Merci.

    Posté par BabydoOc, 08 septembre 2011 à 09:23 | | Répondre
  • témoignage difficile

    Un texte vraiment pas évident à lire, il prend aux tripes. On ne sait même pas très bien ce qu'on pourrait dire à part qu'on compatit avec vous d'avoir vécu ça.
    La réaction de l'infirmière paraît cruelle mais c'est sans doute plus "facile" pour elle de simplifier cette situation de cette manière.

    Posté par thoracotomie, 08 septembre 2011 à 09:50 | | Répondre
  • merci de vos commentaires ça me touche, je crois qu'il n'y a qu'en l'écrivant que j'ai pu mettre des mots sur ce que j'avais ressenti, et du coup, je vois que j'aime bien ça écrire...
    mais c'est pas tous les jours comme ça hein, je parle de pipi-caca aussi.

    Posté par Docmam, 08 septembre 2011 à 11:06 | | Répondre
  • Outch !

    Mon Dieu...
    Le texte qui te laisse retourné comme un gant à la fin. J'ai relu trois fois le bébé dans le jean... tellement je faisais un black-out rien que là-dessus.
    C'est trop bête de finir comme ça, elle allait s'en tirer...
    Je comprends ce qu'est le déni, mais j'aurais jamais imaginé toute seule qu'aussi extrême c'était juste possible.
    Merci pour ce récit.

    Posté par Seer, 08 septembre 2011 à 20:02 | | Répondre
  • En passant...

    en passant sur le blog de Jaddo, je suis le lien qu'elle indique. Je ne m'attendais à rien, si à quelque chose de rigolo, haha elle est rigolote Jaddo, non ? et je trouve votre article, et j'espère avec vous, et mon coeur se gonfle quand je comprends que l'espoir décroit, que l'espoir est mort.
    Votre texte est très beau, votre métier aussi. Les deux sont très importants, continuez.

    Posté par superlaure, 08 septembre 2011 à 20:45 | | Répondre
  • Comme jaddo, je ne sais même pas d'où cet onglet est sorti. Mais putain... putain... je trouve même pas de mots. C'est moche.

    Posté par Babeth, 08 septembre 2011 à 21:30 | | Répondre
  • J’ai lu votre texte, j’ai lu celui de Docmam, et je me suis dit que pour une fois, moi qui ne laisse jamais un commentaire, moi qui n’encourage jamais les géniaux auteurs de tous les blogs que je lis, pour une fois, je devais écrire. Pour raconter, pour exorciser peut être, pour oublier, enfin.

    Il y a deux ans, je suis étudiante infirmière en troisième année, deux mois avant mon diplôme. J’en sais autant que j’en saurais en sortant de l’école et qu’on me bombardera “infirmière”, autant dire, quand j’y repense maintenant, presque rien.

    Je suis en stage au SMUR pédiatrique d’une grande ville française, ceux qui vont dans les maternités de niveau 1 ou 2 récupérer les nouveaux-nés que les équipes locales ont tant bien que mal pris en charge, avec leurs tripes, leurs angoisses, la paralysie parfois que vous décrivez si bien, leur bonne volonté limitée par leur manque (légitime !) de connaissances en réanimation néo-natale.

    Ce jour là c’est presque la fin de mon stage. J’ai un paquet d’interventions derrière moi, je commence à gérer, après des heures passées dans le camion “Ca c’est une sonde de 2.5, ça c’est un mandrin, ça une sonde naso-gastrique, ça une 4.2, ça c’est le pack pour les voies ombilicales”... A défaut de savoir utiliser tout ça, j’ai appris à le chercher très vite dans le bon tiroir et à le passer au docteur. Je sais préparer très vite une perf de ré-hydratation et le surfactant pour les prématurés. Je n’ai plus peur. Je me sens capable. Je ne sais pas sauver les bébés, mais je peux aider ceux qui savent le faire.

    Ce jour là donc, on part en intervention. On ne sait pas grand chose, on a compris “bébé, va pas bien, très vite” dans la voix paniquée du jeune pompier qui nous a appelé. Peu importe qu’il ne nous ait pas dit “Nourrisson de X mois en arrêt cardio-respiratoire après noyade, massage et ventilation en cours depuis X minutes”; à sa voix, on a compris que c’était la merde.

    On file à tout allure, j’ai peur mais je me sens toujours en confiance, je me répète ce que je sais. J’ai honte mais j’ai presque pensé “Ca promet d’être intéressant !”. On arrive sur place. Et là, quinze pompiers, trente policiers, autant de badauds, entourent la zone d’action. On ne voit rien, jusqu’à ce qu’on arrive auprès du petit. Mais pendant qu’on traverse la foule, on sent le soulagement, des passants, des pompiers, des flics, des trois courageux commerçants du coin qui ont fait les premiers gestes quand la nounou paniquée est descendue dans la rue en hurlant. On le voit sur tous les visages “Ce sont les spécialistes, ils sont là, tout va bien se passer maintenant”. S’ils savaient que les spécialistes ont encore plus la pétoche qu’eux...

    On arrive enfin au coeur de l’action, et là, pour moi y a un moment d’absence. C’est pas possible. Il n’est même plus bleu ce bébé, il est blanc. Tout blanc. Porcelaine. On dirait une poupée, allongée sur le dos, je suis sûre que si on l’assoit elle va ouvrir les yeux et dire “Maman !”. J’attends que quelqu’un dise “Coupez ! Elle est bonne !”, ou “Caméra cachée !!” mais non, rien. Mes collègues se précipitent sur la petite, et l’infirmière qui m’encadre me hurle “Mets toi au sac !”, sous-entendu prends le sac d’urgences devant toi et tends nous ce qu’on a besoin. Et je les regarde prendre le relais des pompiers, tout va très vite, intubation, massage, scopage, pose de la voie intra-osseuse (on m’avait bien expliqué à moi, comment c’était une IO : désinfection scrupuleuse en 4 temps de la peau, positionner l’aiguille dans le pistolet, prendre la jambe dans la main et appuyer sur le bouton, TCHAC, et brancher la perfusion). On m’avait pas dit que c’était de la théorie. Ici, bétadine aspergée à la va-vite, TCHAC. Une boucherie. Tout va très vite. Je passe ce qu’on me demande mais mes mains tremblent, je ne suis toujours pas remise du choc de cette vision. Je n’entends plus rien de ce qui se passe autour, je n’ai aucune idée du temps qui peut bien s’être écoulé. Je ne fais même plus les choses comme il faut, je pompe l’adré direct à la seringue sans trocard ni désinfection, mais on a pas le temps.

    La médecin lève les yeux, me regarde et me demande “Combien de temps d’arrêt ?” Je me lève, je cours, j’attrape un pompier “Combien de temps vous avez massé ?”, “Euh quelques minutes avant que vous arriviez, et les commerçants là quelques minutes aussi, je dirais quinze minutes en tout”. Je me précipite vers la nounou et lui crie dessus sans considération aucune pour ses pleurs (j’ai honte à posteriori) : “Combien de temps il est resté dans l’eau ?”. “Je ne sais pas, je ne comprends pas, je ne l’ai pas laissé plus de dix minutes sans surveillance”. C’est là je crois, quand elle a dit ça, que j’ai compris que c’était fini, que plus rien ne viendrait changer l’inéluctable, et que ce que le médecin m’avait envoyé chercher, c’est la confirmation de ce que l’équipe savait déjà. Dix minutes, un nourrisson de quelques mois, dans l’eau. Sur le chemin du retour (je cours toujours), un autre pompier, celui qui je l’apprendrais plus tard est monté dans l’appartement chercher les deux autres enfants du coup restés sans surveillance, m’attrape le bras et me dit d’un air navré “La baignoire était pleine”.

    Je retourne auprès du petit et lâche “Vingt-cinq minutes d’arrêt à notre arrivée”. Et là encore, je me dis “Il va se passer quelque chose, je vais me réveiller, les bébés ne meurent pas comme ça, en silence, c’est un bizutage, l’ambulancier va me dire “Ahah on t’a bien eue !” mais rien. L’immensité de ce qui vient de se passer ne me frappe pas encore, il faudra plusieurs heures.
    Les professionnels, eux, font ce qu’il faut : ils restent professionnels. L’ambulancier continue le massage, l’infirmière surveille la ventilation pendant le médecin va chercher la maman, qui vient d’arriver de son travail. Je ne comprends pas tout de suite pourquoi ils continuent, il faudra qu’on m’explique après coup que pour les parents, voir l’équipe à l’oeuvre c’est avoir la certitude que tout a fait fait jusqu’au dernier espoir.

    La mère arrive. Hurle. S’effondre au sol. Quand on lui mettra le bébé dans les bras, ses petits poumons remplis d’eau feront “Floc, floc” et c’est ce bruit je crois, tellement inattendu qui rouvrira mes oreilles à ce qui se passe autour de moi et me convaincra que ce que je suis en train de vivre est réel, que ce bébé est mort, pour de vrai, et que cette maman a perdu son enfant, pour de vrai, et ce pour tout le reste de sa vie à elle.

    Le lendemain matin au réveil, c’est ce qui reste. Moi je vis un autre jour, elle a toujours perdu son enfant. Aujourd’hui, deux ans plus tard, j’ai vécu plein d’autres choses, j’ai oublié, j’y pense moins souvent, mais pour elle, c’est tous les jours, tous les matins, tout le temps.

    Quelle place pour de la fierté d’être regardé comme des spécialistes, ce qui sauvent, ce qui savent ? Quelle place pour se dire “Je vaux mieux que les équipes de mater niveau 1 qui savent même pas régler un respirateur correctement” ? Quelle place pour se dire “J’ai mon diplôme, je sais, je peux” ? Aucune. Un jour, peut être, je ne serais plus celle qui a cru à une blague pendant les trente minutes de l’intervention. Un jour, peut être, c’est moi qui ferait les gestes, qui gérerait l’urgence, qui sauvera (ou pas) un enfant, un adulte, un père, une fille, un mari. Ou peut être pas. Mais je sais que chacun de ceux qui savent faire ont un jour été confronté à ne pas savoir, ne pas pouvoir agir, et ça me réconforte. Nous sommes tous passés par ces émotions, le sentiment d’inutilité, d’être nul(le), d’être dépassé, et j’espère, j’espère, que ça nous rend un peu plus humain.

    Posté par Xaphrael, 09 septembre 2011 à 14:57 | | Répondre
  • Merci Xaphrael; parce qu'il est très beau, et plein d'émotion ton récit.
    Ecrire ça fait du bien aussi non ? Ecrire mon récit m'a permis d'arriver à mettre des mots sur ce que j'avais pu ressentir, et ça ça fait du bien aussi.

    Posté par Docmam, 09 septembre 2011 à 15:15 | | Répondre
  • Je ne laisse pas non plus beaucoup de commentaire... Je n'ai, en fait, que très peu de sympathie pour beaucoup du corps médical...
    Mais je ne généralise pas.
    Ces deux textes m'ont faite pleurer. L'humanité qui se dégage de vous est belle...
    Quel métier que vous faites.
    Pleins de sympathie.

    Posté par Salwa, 10 septembre 2011 à 22:19 | | Répondre
  • Quel texte magnifique. Quelle humanité. Quel beau métier. Quel courage. Quelle douleur. Merci.

    Posté par Blogueuse égarée, 15 septembre 2011 à 09:35 | | Répondre
  • Vos trois textes, (celui de Jaddo inclus) m'ont beaucoup émue. Je suis une maman, et je peux imaginer la douleur de ces parents. Et la votre, face à l'impensable inéluctable.
    On oublie souvent que vos métiers, c'est ça aussi : vous confronter à d'indiscibles douleurs.

    Posté par simple maman, 15 septembre 2011 à 12:45 | | Répondre
  • trés beau billet, trés juste, vrai..cela réveille effectivement des souvenirs que je croyais avoir bien enterré...ca prend aux tripes.
    Merci d'écrire aussi bien, aussi vrai.

    celui de raphael est saisissant lui aussi..

    Posté par anne, 17 septembre 2011 à 02:12 | | Répondre
  • une maman

    je suis une maman qui entame des études de médecine l'année prochaine. Je suis une maman de trois enfants, qui a frôlé le "mais j'en ai perdu un, il avait 6 semaines". Il a fait une pneumopathie sur une fausse-déglutition, un banal reflux qui tourne mal. Très mal. Tout le long, j'ai refoulé mon adrénaline, je suis restée calme, j'ai évalué la gravité, testé ses réflexes, posé un semblant de diagnostic, j'étais prête au pire, prête à l'accompagner dans ses derniers souffles. Les intensivistes pédiatriques ont été parfaits. Et après plus de deux ans, je ressens encore cette culpabilité de tout de rien, de ne pas être assez grande et forte pour sauver mes enfants du pire. Ce qui me sert de filet puissant quand mon esprit part en sucette coupable, ce sont les rares mots de l'intensiviste en chef: "Vous n'avez rien à vous reprocher, si ce n'est d'avoir été là pour sauver votre enfant; les accidents, ça arrive". Ca parait pas grand-chose mais pour moi, c'est le tout absolu qui m'aide.

    Merci à tous.
    (pas merci à l'urgentiste des SMUR qui a cru bon de taper la papote sur la beauté de mon petit village - ta gueuele, si mon enfant meurt, je veux pouvoir me souvenir de chaque seconde - ta gueuele, ne cherche pas à me rassurer, ne fais pas semblant que ce n'est rien, ce bébé est ma merveille que je connais à peine)

    Mon bébé est devenu un garçonnet de deux ans et demi, fort et costaud. Un de ceux qui a eu très peur, qui est passé pas loin. Je suis cette femme qui n'est pas la "fille" qui tarde à devenir une grande. Et si je dois retrouver l'étincelle sur mon feu de paille, ce qui m'a décidée à faire la médecine, c'est cet événement. Pour les aptitudes techniques autant qu'humaines.

    Si vous vous posez des questions, si vous êtes retournée par la mort d'un bébé, pas une maman privée de son enfant de quelques heures que pourtant elle n'attendait pas, vous ne pouvez pas être de mauvais médecins. Et oui, mille fois oui, cette maman a un deuil réel à faire.

    Posté par méline, 21 septembre 2011 à 20:58 | | Répondre
  • J'ai vécu la même chose

    Réa med d'un grand hôpital parisien, un papa qui a passé le plus grand de sa journée avec ses enfants, il allait sortir le lendemain.

    7h du matin, on lui met la télé, pour regarder les informations, il va bientôt sortir, plus d'une semaine et demi en réa, on a enlevé toutes les perfusions, tous les fils qui le reliaient au scop. Il va sortir.

    Je pose la tête sur la paillasse où j'écrivais mon observ'...22h d'affilé que je suis dans le service, pas une minute de sommeil. 7h10 je m'assoupis...

    Je me réveille.

    7h20 un patient qui nous est transféré du SAMU, on le met dans la chambre a côté du papa.
    Ce dernier ne va pas bien, il a la nausée, on lui tend un haricot. Il crache, du sang rouge vif. Une belle flopée, encore une autre volumineuse. Le haricot est rempli d'un sang rouge écarlate. Rupture d'une artère après pose d'une prothèse bronchique nous dira plus tard la fibroscopie bronchique.

    Le réa de garde arrive : "Calmez vous monsieur, restez calme tout va bien se passer". Tu parles, le patient est en panique, il ne sait pas ce qu'il lui arrive.

    Soudain, il lève les yeux au ciel, tend le doigt vers je ne sais quoi au dessus de ma tête, se met à trembler, il convulse le doigt tendu en l'air et le visage tendu par la peur. Il écarquille les yeux et tombe à la renverse.

    J'en ai le sang glacé d'effroi. Sa fréquence descend doucement, 60, 50, 40. Je regarde la saturation, elle descend à 70%, le temps de tourner les yeux vers les autres paramètres que le coeur s'est déjà arrêté de battre.

    "Que tout le monde garde son calme ! Préparez l'adré du 1 dans 1, l'interne tu lui met un KT fémoral, on essaie de l'intuber. Le poumon est en mauvais état pas de barotraumatisme on ventile par petits volumes !"

    L'infirmier ramène le chariot d'urgence (mais oui ! putain où avais-je la tête).

    Les infirmiers s'affairent, les seringues voltigent de partout, les ampoules d'adré sont prêtes, les champs stériles sont mis en place, l'interne est habillée...Je fais quoi moi ? Je sors ?

    L'aide soignant commence à masser...Ah oui il faut masser...C'est au tour de l'élève infirmier...Il s'y prend mal. Pas assez fort, pas assez vite.
    L'infirmière s'énerve : "L'externe prend le relais ça va pas là !!!"
    Je m’exécute, comme appris en travaux dirigés : compressions medio-thoraciques, coudes verrouillés, j'y vais...C'est la première fois que je masse, je m'y met à fond. Le scop affiche 130 de fréquence.
    "T'es trop rapide faut aller à 100 !"
    Oui c'est vrai je ralentis la cadence, je transpire, j'en peux plus, j'ai mal...Le lit est trop haut me fait-on remarquer, oui c'est vrai, faut le descendre, merci.
    On se relaie...20 minutes, ventilation à petits volumes, chaque expiration arrose l'ambu de sang, l'intubation est difficile, mais on réussi quand même. Le KT est posé, du sang partout. Je dois techniquer les gaz...C'est mauvais, sa température descend...L'externe de garde qui doit me relayer arrive aussi. On continue, le réa masse. Le lit grince au rythme des compressions, il va lui péter une cote...
    30 minutes, 40 minutes de massage et de ventilation...Le coeur ne repart pas...Définitivement...

    Je l'extube avec l'infirmière de jour qui prend la relève...c'est trash..."C'est moi ou je fais quelque chose de glauque là ?" "Non non c'est bien glauque je te rassure".

    Pas le temps de se reposer, staff et transmission. A mon retour dans le service, du monde, beaucoup de monde, mais pas d'enfants...Des larmes, beaucoup en état de choc...Je viens de me rendre compte de ce qui vient de se passer.

    Ce patient était dans un état grave, mais la sortie de réanimation était programmée. Ça devait aller mieux, ça pouvait pas empirer comme ça, pas d'un coup, trop brutal.

    Mais pas le temps de se remémorer ça...un autre patient arrive, ou un ECG à faire à une hyperkaliémie à 8, ma garde se terminera à 14h...Je m'en souviendrai longtemps de cette dernière garde en réa...

    Posté par Habib_Potter, 29 septembre 2011 à 04:45 | | Répondre
  • merci

    Merci de ce très beau texte : cela donne foi à nos doutes existentiels sempiternels...

    Posté par shakespire, 04 octobre 2011 à 13:05 | | Répondre
  • merci de ce témoignage... ainsi qu'à celui de Xaphrael dans les com'... moi j'ai été en face... j'ai pas vécu un déni de grossesse non, mon premier bébé était désiré du plus profond de moi, mais il est mort pendant sa naissance ... et j'ai vu le regard de la sage femme qui nous a suivit tout l'accouchement, ses yeux pleins de larmes quand elle sentait que le pédiatre qui tentait de réanimer mon fils bossait sans doute pour rien... et l'émotion n'a pas été moins grande lorsque 8 mois plus tard je l'ai croisée, j'étais enceinte de 3 mois de ma fille... et l'émotion a été aussi très présente lorsque ma fille est née 14 mois après la naissance de mon fils, dans la même maternité, et que cette sage femme, par chance, travaillait dans l'autre salle de naissance durant cette nuit là... C'est une autre sage femme qui a accompagné cette naissance, mais cette première sage femme a été parmis les 1eres personnes à voire ma fille... l'espoir après le désespoir et le néant, partager ce retour à la vie avec elle alors qu'on avait vécu un morceau de pire ensemble m'a fait vraiment plein de bonheur, qu'on ne se "quitte" pas sur la mort uniquement... que peut être plus tard, quand elle pensera à sa carrière, si elle pense à nous qu'elle pense à mon fils, mort, mais à ma fille sautillante et bien vivante...

    Heureusement que vous êtes humains, même si vous devez vous protéger, lorsqu'on est en face, c'est rassurant de voir que les gens ne sont pas blasés ou ne nous voient pas que comme des cas médicaux...

    Posté par Tinote, 05 octobre 2011 à 14:05 | | Répondre
  • ouch

    Des larmes.
    Des souvenirs d’hôpitaux.
    Annonce, prise en charge, plus de bébé.
    Des larmes

    Plus tard.
    3 enfants et ce petit ange.
    Petit ange veille sur toute notre famille.
    Plus tard

    Et cette nuit.
    Je lis ceci et cela au hasard d'un onglet.
    Et je repense à ce petit bébé.
    Qui est mort dans le ventre de sa maman.
    Papa de 4 enfants et d'un petit ange.

    Et cette chirurgienne qui m'a laissé,
    Le baptisé ce petit bout d'Homme
    Même si elle ne comprenait pas,
    "C'est votre deuil monsieur"

    Merci, c’était notre deuil.

    Sympa avec tes insomnies Jaddo, tu pourrais éviter de pourrir celle des autres...

    Posté par que dire, 16 octobre 2011 à 06:59 | | Répondre
  • Bah voilà... Je regarde le Magazine de la santé sur la 5 et notamment sa rubrique littéraire. Le gus parle du livre de Jaddo, je me dis "ah oui, c'est vrai, faut que j'aille refaire un tour sur ce blog".
    J'y vais et atterri, comme d'autres, ici... Et craque et pleure comme une madeleine après le témoignage de XRaphaël !
    Ça devrait être interdit une telle concentrations d'histoire de ce genre au même endroit du net... Snif.

    Posté par Lily, 21 octobre 2011 à 16:03 | | Répondre
  • Merci, de partager ces histoires , de me faire réaliser que je ne suis pas la seule à m'etre sentie nulle en tant que jeune infirmière quand il y a une urgence vitale et que dans le fond nous sommes tous les memes .
    Comme dit Xaphrael c'est reconfortant de savoir que tous ceux qui savent faire maintenants sont passé par là ... alors Merci !

    Posté par Manon, 27 octobre 2011 à 00:23 | | Répondre
  • Merci pour ces témoignages... Poignants, émouvants, comme tant d'autres j'avais déjà fondu en larmes à la lecture de l'article, avant de lire les autres témoignages dans les commentaires.
    Il en faut du courage pour faire ce métier, j'imagine qu'en contrepartie il y a de belles fins aussi. Simplement bravo.

    Posté par melye, 14 novembre 2011 à 21:49 | | Répondre
  • Tout pareil

    Que de souvenirs pour un samedi matin sous la couette une veille de garde (de dimanche d'hiver où, comme tu peux t'en douter, je trépigne d'impatience d'aller....).
    Au risque de faire redondant avec toutes les histoires écrites juste au dessus, j'ai vécu quasi la même il y a maintenant quelques années. J'étais externe en D3 je crois. Stage de maternité, l'été dans un hôpital périphérique de Lille. Niveau III quand même d'où un stress non négligeable pour moi.... Je m'intègre à l'équipe de sage-femme qu'on m'avait pourtant décrite comme pas facile. Elles veulent bien m'apprendre à accoucher, la classe en repas de potes et au cas où ça peut servir! Bref, je suis ravie de mon stage, je "sens la tête madame", "putain à force de pousse avec les dames je vais me flinguer le périnée sans avoir jamais accouchée!, et toutes les histoires "drôles" qu'on raconte ensuite. Un matin, des ambulanciers arrivent avec une dame. Ils disent qu'elle fait une fausse couche. Je me souviens bien de la tête du gars qui voulait dire : "je sais pas ce qui se passe ou plutôt je ne veux pas savoir ce que je crois qu'il est en train de se passer sous mes yeux". L'organisation du service est que les fausses couches étaient prises en charge par l'interne. Mais comme tu disais si bien plus haut, j'avais l'impression que cette dame était dans une autre dimension, complètement absente. Avec ma co-externe qui sortait de garde, on l'installe dans un box pour commencer à la déshabiller et vérifier qu'elle ne saigne pas la rage. Je soulève donc la couverture des ambulanciers et je vois une masse.
    Mon cerveau n'a jamais pensé que ça pouvait être autre chose qu'un énorme caillot que ce truc dans le pantalon slim au niveau du genou....... On retire les chaussures pleins de caillots. Prenant mon courage (mes angoisses) à 2 mains, je l'allonge mieux pour pouvoir lui enlever son fameux pantalon. Je découvre donc un cordon et 2 pieds.....
    Je me souviens encore de cette sensation glacée qui m' a complètement figée. J'ai mis au moins 30 secondes pour que mon cerveau admette la réalité crue qui était sous mes yeux: cette dame a accouché dans son pantalon!!!! Je regarde ma co-externe qui se trouvait aux pieds de la dame et je lui demande d'aller chercher rapidement une sage-femme. Je pensais qu'elle avait vu, elle aussi...... J'ai continué à retirer le pantalon en me disant qu'il était mort ce bebe et puis j'ai enfin pensé ( enfin! mais j'étais si jeune et si glacée.... mais je m'en veux encore de ne pas avoir pensé à ça tout de suite) j'ai touché le cordon pour trouver un pouls et j'ai senti quelque chose. Un regain d'espoir m'a fait enfuir du box, empoigner la première sage femme qui passait! Elle aussi, malgré son expérience, a mis un certain temps pour comprendre ce que j'étais en train de lui raconter.
    Ce bebe a été enfin délivré du pantalon de sa mère, on l'a un peu ventilé, un peu massé et puis on a arrêté. Cette maman d'un petit de 2ans avait fait un vrai déni de grossesse. Et son mari n'avait rien vu, rien demandé. On leur a montré leur petite fille ce jour là, un beau bébé aussi.
    Avec ma co-externe, on a pleuré, comme des madeleines devant tout le monde. Ça avait été trop dur pour nous, gérer comme des grandes, pour aider et puis la triste réalité de la vie au final.
    Quelques années plus tard, fraichement promue interne de pédiatrie dans une autre région du sud ouest, je reçois une jeune femme pour infection urinaire..... Vu son ventre je lui demande son terme et elle me répond aussi : " mais je ne suis pas enceinte", je vous passe la réponse du conjoint ambulancier (encore un) :" c'est bizarre elle a grossi mais que du ventre" je me demande s'il se fout de ma gueule ou si il est autant en déni qu'elle!!!!!
    Je me prends la tête un Max parce que je n'ose pas faire le seul truc nécessaire : un TV toucher vaginal pour voir si son col est en train de s'ouvrir! La tension est haute je pense à l'HRP, je me fais convaincre un peu et je me dis que c'est peut être une tumeur ??!!! Qu'est ce qu'on peut psychoter quand on est jeune interne, seul de garde....
    Un médecin du SAMU, passe par là je lui montre de loin le ventre de toutes mes inquiétudes et réponse lapidaire :" TV".
    Je m'y colle et là soulagement pour moi : madame vous êtes en train d'accoucher on va vous transférer à la maternité. Elle a pleuré et j'ai soufflé. Ce bébé là, j'ai réussi à le sauver. Le tout jeune papa ambulancier est venu nous dire que tout s'était bien passé et qu'il était sous le choc mais heureux. OUF pour une fois c'est un peu le monde de oui-oui et ça fait du bien ))

    Posté par Girltoubib, 10 décembre 2011 à 11:16 | | Répondre
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