Je ne m'inquiète jamais pour mes proches, je l'ai déjà dit. J'ai confiance en eux, en leur médecin, en la nature toussa ; c'est bien connu, ça n'arrive qu'aux autres de toutes façons.

Et à côté de ça, je ne voulais surtout pas devenir leur médecin. Au début, ce n'était même pas par « idéalisme » ou « pour leur bien ». Non c'était uniquement pour le mien. Parce que je n'étais qu'étudiante encore, ou interne; qu'à longueur de journée je voyais des patients et il fallait que je comprenne, que j'apaise, que je soigne. Alors que la plupart du temps dans ma tête une petite voix criait « mais je sais pas !!! J'en sais rien ! Je sais pas ce que c'est et je sais pas quoi faire !! » Un stress permanent, une panique sourde parce que je ne savais pas tout, et même pas grand chose. Mais il fallait que je réponde quand même.

Alors entendre parler de médecine en rentrant à la maison, en week-end , en vacances... non. Je n'ai jamais trouvé gratifiant qu'on me demande mon avis, qu'on fasse appel à mon savoir. Je trouvais déjà difficile d'expliquer en permanence à mes patients « ben là je sais pas », alors à la maison j'avais juste envie de crier « mais foutez-moi la paix, je suis en week-end!!! Je ne veux pas réfléchir encore !!! Je veux avoir le droit de rien faire et de pas savoir !!! »

Ça n'a pas toujours été bien pris par mon entourage, pour qui je ne voulais même pas rendre service ou faire un petit effort. On n'allait quand même pas payer une consultation juste pour ça alors qu'on a un docteur à la maison. Ce à quoi je répondais « je ne suis pas docteur, je suis en week-end » ce qui clôturait la discussion.

 

Après quelques années, ma confiance en moi et en mes capacités de médecin grandissant un peu, j'ai pu leur répondre plus sereinement; voir même donner un conseil de temps à autre, tout en faisant vite comprendre que je ne me substituerais pas à leur médecin traitant.

Je pense qu'ils n'ont jamais vraiment compris à quel point leurs questions anodines à leurs yeux réveillaient en moi la détresse de ne pas savoir leur répondre, et donc d'être un si mauvais médecin.

 

Mon Ours grogne toujours fréquemment que je ne veuille pas m'occuper de lui et que je l'enjoigne à prendre un médecin traitant. Il nous est de toutes façons quasiment impossible d'avoir une bonne relation médecin-malade ; avec lui je ne m'embarrasse pas d'explications, et il remet ce que je lui dit en doute, en allant reposer les mêmes questions aux médecins pompiers avec qui il travaille. Je ne m'en offusque plus pas, mais lui trouve quand même plus embêtant de devoir aller consulter quelqu'un d'autre quand il a un spécimen à la maison.

 

Aujourd'hui encore, pour moi autant que pour eux la barrière est claire : je sors du cabinet je ne suis plus médecin. Je suis amie, fille, femme, maman et c'est tout. Je met mon cerveau de docteur sur OFF. Il n'y a que SuperNounou qui régulièrement me montre la gorge du petit ou le genou du plus grand, sans même me demander si je suis d'accord de toutes façons, quand j'arrive il est déjà jambe nue allongé sur le canapé.

J'ai vite compris qu'il valait mieux que je me plie de bonne grâce à un examen rapide si je voulais qu'elle continue à fermer les yeux sur mes minutes heures de retard régulières. SuperNounou a de toutes façons un super médecin traitant qui se déplace même à domicile du fait de son travail, je me suis rendue compte qu'au final ma participation ne servait qu'à rassurer ou confirmer un diagnostic ou un traitement déjà prescrit ; et surtout montrait ma bonne volonté dans les relations.

Elle fait du rab ? J'en fais aussi.

C'est ma seule entorse à mon règlement. La seule différence au final, c'est que je lui paye ses heures sup.