J'admire mes confrères médecins blogueurs qui écrivent articles plus intéressants les uns que les autres, ils font des recherches, ils résument et chaque visite chez eux me fait apprendre quelque chose. Je pense entre autre à Borée où je suis sûr que les médecins apprennent presque autant que les patients.
Et là je me suis dit que mes quelques visiteurs ne devaient pas apprendre grand chose en se promenant chez moi. Enfin si, vous avez appris que ma Tétarde est terrorisée par le pot et qu'elle le fuit comme la peste, mais je suis pas sûre que ça vous apporte beaucoup dans la vie. (enfin si c'est le cas, ça m'inquiète un peu quand même)

Le nombre de réactions ici ou ailleurs suite à mon évocation des nez bouchés qui coulent vert m'a rappelé à quel point c'était bien ce genre de petites maladies qui étaient notre quotidien, et le votre.
Et à quel point nous médecins nous n'y étions pas formés.
Ben oui, ça vous surprendra pas, mais nos longues années d'études nous apprennent certes les protocoles de chimio des cancers ainsi que les différents stade de classification anathomopathologiques des tumeurs, mais pas ce qu'il faut répondre à quelqu'un qui vient nous voir parce qu'il est enrhumé. L'item « nez qui coule » ou « c'est tombé sur les bronches » n'existe pas à l'internat.
Sans ironie aucune, lors de mes premiers stages en cabinet, les consultations qui m'angoissaient les plus étaient bien celles pour ces petits maux du quotidien ; parce que je ne savais strictement pas quoi y faire.
Ces médicaments que vous prenez (« je prend ça depuis 3 jours docteur mais ça passe pas») on ne les connaît pas. Vraiment. Les premières fois je zieutais vite fait le Vidal ou Google pour savoir de quoi il en retournait (alors... PchitNez... qu'est-ce que c'est...)
Alors au début, on prescrit des trucs, parce qu'on ne sait pas trop quoi faire d'autres. Du diabète, de la tension, on sait traiter mais un nez qui coule ou un mal de gorge ???
Alors on donne du PchitNez, du StopToux et du DouxGorge. Ce n'est qu'avec le temps et surtout un peu d'expérience qu'on apprend à traiter autrement qu'avec des médicaments qui ne servent à rien.

J'étais donc la première un peu perdue quand ma Tétarde a eu sa première gastro. Non pas que j'étais inquiète, non pas le moins du monde, comme d'habitude. Le traitement de base je le connaissais.


Mais je ne savais pas quoi répondre aux différents conseils de toutes les personnes bienveillantes autour de moi. A la nounou qui « lui a donné du riz et des carottes » et la belle mère qui « a évidement arrêté tous les laitages » je ne savais que bredouiller que « heu oui oui c'est bien».
Et c'est aussi la réponse que je bredouillais à mes patients quand ils me posaient les mêmes questions. ("Faut que je lui donne des carottes ? - heu... oui oui.") Oui parce que moi j'ai appris qu'en cas de déshydratation avancée on posait des voies osseuses pour réhydrater ; mais pas si on donnait des carottes ou pas.

Bref, je connaissais le traitement de la diarrhée de l'enfant, qui consiste principalement à éviter qu'il se déshydrate, mais c'est tout.
Je me suis donc lancée dans de grandes recherches scientifiques : remplacer le lait par la carotte a-t-il un vrai intérêt dans le traitement de la gastro ?
Pour pouvoir répondre à mes patients, et surtout à la nounou et à ma belle mère.



Et ben des gens ont fait des études, ils ont pesé des cacas, mesuré des diarrhées et tout. Le débit de selles par jour a été la mesure retenue pour vérifier l'efficacité de tout ça.

Déjà, pour que ça soit clair, on parle de la gastro entérite virale classique. Le virus qui va décaper la muqueuse des intestins, entraînant douleurs et fuite d'eau. Le caca liquide en lui même, c'est pas grave. C'est relou, on change des couches dégueu qui puent, mais c'est pas grave. Le seul risque qui va nous inquiéter et qu'on va traiter : c'est le risque de déshydratation.
Donc niveau traitement, c'est limité : du SRO, éventuellement du racécadotril ( seul médicament qui a prouvé une baisse significative du débit de selles) et ptet des lactobacilles et encore.
On fait quand même une pause sur le SRO ( Solutés de Réhydratation Orale) paske c'est important et je peux pas m'empêcher de faire mon docteur là : c'est la  base du traitement pour éviter la déshydratation, d'autant plus important que l'enfant est petit. Et si MiniTétard aligne bouse sur bouse, et que votre médecin, cet ingrat, cet inconscient, ne peut pas vous voir tout de suite, pas besoin de l'attendre : ça s'achète sans ordonnance en pharmacie, n'importe quelle marque, 1 sachet dans 200ml d'eau et zou, à volonté. A volonté, mais par petite quantité, sinon ça ressort, mais par en haut. Bon, en général c'est pas bon, autant être prévenu.
On oublie le cola dont la composition est pas du tout adaptée, et même l'eau de riz qui est l'ancêtre maison du SRO, mais qui est quand même pas super.

Les autres traitements sont soit dangereux chez l'enfant, ou alors ne sont que des traitements de confort, et n'ont aucune efficacité prouvée sur la déshydratation, la durée ou l'importance de la diarrhée. Ça ne veut pas dire qu'il ne faut pas les prendre, ça veut juste ce que ça veut dire : c'est du confort, et ça ne va pas guérir plus rapidement le marmot.

Ça ne sert à rien non plus d'arrêter de nourrir l'enfant hein. On ne met pas « l'intestin au repos ». Certes c'est reposant, pour vous : quand y'a rien qui rentre y'a rien qui sort, moins de couches à changer, mais au contraire ça ne fait qu'aggraver les choses. Donc on nourrit son marmot.


Venons en donc au cœur du sujet : et la carotte dans tout ça ???
Rassurez vous, ce n'est pas une urban legend : la carotte épaissit bien les selles. Mais sans agir sur le débit de selles. Les scientifiques qui ont pesé le caca sont formels.
Traduction : Marmot fait des selles plus solides, mais il en fait toujours autant. Le caca est moins liquide, mais le marmot fuit toujours autant de l'intestin.
Comme si vous mettiez des flocons de purée dans du lait : ça devient solide, mais au final il y a la même quantité de lait dans le saladier.
Et c'est la même chose pour la compote pomme-coin, le riz, la banane, la pomme de terre.

Et donc ? J'en donne ou pas de la carotte ?

caca bébé

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 oui je sais c'est fin.


Pourquoi pas, parce qu'avec le nombre de machines hebdomadaire déjà, on n'est pas contre préserver un ou deux body de la chiasse dévastatrice.
MAIS c'est pas ça qui va guérir le marmot. Voir même il faudrait pas qu'on le croît guéri alors que le risque de déshydratation est toujours aussi important, sauf qu'il est masqué.

Et le lait ? Parce qu'autant le régime riz-carotte-gélée de coin fait à peu près consensus, pour le lait on entend tout. « Change de lait, arrête le lait, arrête de le nourrir d'ailleurs puisque ça ressort aussitôt... »

Et là, un mythe tombe... arrêter le lait n'améliore pas spécialement la diarrhée.
Alors d'où ça vient cette histoire ?

Dans un tout petit pourcentage de cas, la muqueuse intestinale toute bousillée ne produit plus assez de lactase pour digérer le lactose du lait, ce qui va entraîner une rechute de la diarrhée.
Donc dans certains cas (MicroMarmot de moins de 4 mois, préma, marmot fragile, diarrhée traînante ou récidivante, diarrhée très sévère etc.) on lui donne un hydrolysat de protéine sans lactose pendant 2 semaines le temps que la muqueuse se remette d'aplomb. A voir au cas par cas.

Les autres produits laitiers ne posent pas de soucis, puisque dans les yahourts and co, y'a des levures et de la lactase en plus.

Quant au lait maternel, vous vous en doutez, c'est la panacée. Déjà aucun risque pendant la diarrhée où l'allaitement peut et DOIT être poursuivi voir augmenté (remember déshydratation et tout ça) mais en plus, il a un effet préventif en empêchant les virus de s'installer dans la muqueuse intestinale, pendant l'allaitement, mais également après le sevrage si l'allaitement a durée au moins 3 mois.

La muqueuse intestinale met en moyenne 7 jours à se régénérer, donc nan, y'a pas de solution miracle pour vous sauver le week end si vous consultez le vendredi soir.
Et ce qu'il faut retenir : don't stress, Marmot peut manger ce qu'il veut, carotte ou pas. Même du lait. Donnez à boire, pesez-le régulièrement pour être sûre qu'il ne vire pas pruneau desséché et rachetez un paquet de couches en rab.

 

 

Et paske quand même je cite mes sources

Traitement médicamenteux : archives de Pédiatrie 2002

Traitement nutritionnel : Comité de Nutrition de la Société Française de Pédiatrie 2002