D'habitude j'aime bien remplacer à Trouville.

 

Mais d'habitude, maman est là, dans sa maison juste en face de la maison médicale, et elle me prépare de bons petits plats le midi. Je traverse la rue, je met les pieds sous la table. Parfois même elle garde Tétarde, quand ça m'arrange.

Mais là maman ose être en vacances, et c'est beaucoup moins drôle.

 

D'habitude la moitié des médecins du secteur ne sont pas en vacances, surchargeant malgré eux le planning des autres.

 

D'habitude l'Ours est là, et il va chercher Tétarde à l'heure chez la nounou. En fait non soyons honnête c'est très rare. Mais là ça me pèse encore plus que d'habitude.

 

Parce que d'habitude je n'ai pas un manuscrit de thèse à rendre dans une semaine, avec une directrice de thèse en vacances et un président de jury exigeant des choses avant tout de suite et ne donnant pas de nouvelles une fois qu'il les as.

 

D'habitude je ne prend pas des week-end de garde juste avant la date fatidique où je dois monter à CHUCity rendre une thèse pas prête.

 

D'habitude je ne suis pas obligée de choisir entre mes principes ou me mettre à dos mon entourage.

 

Et d'habitude tous les dépressifs du canton ne décompensent pas en même temps. D'habitude j'aime bien les dépressifs. Mais là je crois qu'ils ont attendu que je sois là pour aller encore plus mal. Et ce sont des consultations longues, et éprouvantes.

Comme celui-ci pour lequel je passe 20 minutes au téléphone avec son psychiatre pour négocier une hospitalisation.

Ou tel autre qui arrive avec des signes évident de sevrage; et qui avoue boire 6L de vin par jour. Plus du cannabis, et de l'héroïne, et des anxiolitiques. Il est menuisier et bizarrement, à son boulot, ils n'ont pas voulu le laisser grimper sur le toit.

Ou encore celui-là qui est en pleine détresse parce que sa femme s'est barrée.

 

 

Alors je rentre vers 21h chez moi, après avoir été cherché ma fille chez SuperNounou qui fait des heures sup malgré sa bronchite, l'anniversaire de la mort de son père et le décès de sa grand mère.

 

Et je lui donne son bain, je la met en pyjama, je la couche, elle n'est pas d'accord, elle se relève, je me fais réchauffer un truc au pif dans le frigo, je la recouche, je mange.

Alors là j'ai un peu de temps alors je fais un peu de ménage, attaque brillamment la conclusion de ma thèse, lit le dernier Prescrire, passe un moment romantique et sesquel avec l'Ours...

m'écroule comme une merde sur mon canap et je m'endors. En espérant recharger suffisamment les batteries pour faire mieux demain.

 

Et ta thèse elle avance ?

docmam(Un grand merci à Tis qui a réalisé ce dessin pour moi... un conseil, allez vous promener sur La thèse nuit gravement à la santé...)