Nous roulons sur le ruban goudronné qui serpente dans les collines. Nous avons le temps, et j'ai le sourire aux lèvres. J'admire les paysages, les collines, presque des montagnes, couvertes de sapins. Je trouve ça beau, et je m'imagine vivant ou travaillant dans ces petits villages que j'aperçois. C'est beau mais c'est pas chez moi. Mais après tout, si ça devait le devenir, ça se passerait sans doute très bien. Questionnement inutile, aucune ligne de train de passe dans le coin, élément indispensable au travail de l'Ours. Je regarde les paysages changer, je pose ma main sur la sienne, sur le levier de vitesse.

Tétarde passe le week end chez Mère, au grand bonheur de toutes personnes concernées.

 

Sur le trajet nous nous sommes arrêtés chez mon amie, enfin chez son père surtout, qui nous fabrique nos alliances. Elle nous a offert un café, on a discuté, enfin surtout elle, et nous avons sourit en écoutant son débit incessant de paroles. On a essayé nos alliances, elles sont belles, elles vont parfaitement, il nous parle de son métier, il est passionné. Je suis heureuse que ça soit lui qui s'en occupe, rien que pour ça. Et aussi parce qu'elles sont uniques, exactement comme nous lui avions demandé.

 

Nous arrivons pour le repas du midi, mais le Père est en rendez-vous avec l'évêque. Alors nous nous perdons dans les rues pavées du centre-ville, juste heureux d'être là.

Nous rentrons au hasard dans une petite crêperie, un vieil homme nous offre l'apéritif et blague un peu avec nous. Je savoure ce moment, cette rencontre juste parce que nous étions là, et lui aussi.

 

Il nous rejoint après le repas, nous invite chez lui. Tout en prenant le café, nous discutons, de tout de rien. De mariage un peu, du reste beaucoup. Il nous parle de sa vie, de son métier. L'Ours lui parle de son problème avec l'Institution en générale, et celle de l'Eglise en particulier. Nous lui parlons de notre déception avec le prêtre au baptême de Tétarde, il prend sa défense, comme je le ferais d'un confrère injustement critiqué. Nous ne nous connaissons pas, et soudain nous partageons beaucoup. Il nous parle de la difficulté du travail au quotidien en paroisse, à vivre seul, à n'avoir personne avec qui partager les problèmes rencontrés. De la fatigue, de l'usure, d'être à la disposition en permanence de tous ceux qui se présentent. De la difficulté d'accompagner les gens qui souffrent psychologiquement, et du manque total de formation qu'ils ont dans ce domaine. Il nous parle de l'année sabbatique qu'il a eu besoin de prendre, avant d'intégrer sa communauté. La vie en communauté qui est maintenant primordiale pour lui.

 

On ne peut plus nous arrêter, il dit « curé de paroisse » j'entends « médecin de campagne », il parle de « vie en communauté » je vois « travail en équipe ». On se mets à rêver utopiquement de « permanence d'écoute » où les gens pourraient gratuitement trouver une oreille pour s'épancher de leurs soucis... rôle dévolu au généraliste désormais.

Il doit nous laisser, mais nous donne rendez-vous d'ici une heure à la cathédrale. Alors main dans la main nous déambulons dans le vieux quartier, enchantés de flâner dans cet entrelacs de petites rues médiévales, et nous décidons de grimper là-haut, en haut du rocher, voir la chapelle Saint Michel. Nous fouillons nos poches, pour rassembler nos centimes et payer l'entrée. Marche après marche nous grimpons l'escalier de roche, pour une fois l'Ours m'attends, sans se moquer de sa pseudo-baroudeuse qui peut pas grimper une côte sans se tenir les côtes. Arrivés en haut, plus que la vue sur la ville, c'est l'intérieur qui nous enchante. Après l'effort de la montée, la petite chapelle biscornue, à moitié taillée dans la roche, et en épousant le contour, est un véritable havre de paix. Je m'assoie sur un des bancs en bois, et je savoure la lumière émanant des petits vitraux et des quelques bougies.

La descente est beaucoup plus rapide, mais nous sommes en retard, et il faut remonter jusqu'à la cathédrale. Alors il m'attrape le bras, et tout en riant, il m'aide à marcher plus vite. Et moi je peste, parce que pour changer, j'ai encore oublié ma Ventoline.

 

cathédrale dreamy

Mais nous arrivons ensemble, et le Père en profite pour nous montrer « sa » cathédrale, avant de nous emmener au presbytère où nous devons loger. Je frissonne dans le vent, malgré mon pull. J'enrage intérieurement contre moi même de n'avoir pas suffisamment écouté mon instinct, et tous ceux qui m'avaient dit qu'il ferait froid. Pendant que je piétine, il essaie les 18 clés de ses trousseaux, sur la porte de devant, puis sur celle de derrière. Peine perdue, aucune ne nous permet de nous accueillir au chaud. Le pauvre est désemparé, l'Ours balaie le problème d'un revers de main, nous irons à l'hôtel. Il appelle le premier qu'il trouve, a un drôle de sourire en coin en me regardant, de loin. La chambre est réservée, il y a une surprise me dit-il. A tous les coups, c'est un petit truc romantique sous les combles, ou alors une monstro-couette rien que pour moi.

Pour se faire pardonner, il nous invite au resto. D'accord, mais nous lui rendrons la pareille le lendemain midi. Adjugé. Autour d'une bière, enfin de trois bières, les discussions reprennent de plus belle, il prend des Saint Jacques, je m'autorise le homard. L'Ours prend une monstro-choucroute-supplément-choucroute, en plein mois de juin, ça ne m'étonne même plus.

La nuit tombée nous gagnons notre hôtel. Ma surprise c'est un bain à remous. L'Ours est fier d'avoir su tenir sa langue, alors je prends un bain, même si j'ai pas spécialement envie, parce qu'on n'a quand même pas pris une chambre avec un bain à remous pour ne pas s'en servir. Du coup il vient avec moi, lui qui ne prend jamais de bain. Nous rigolons, parce que le bain moussant, avec les remous, ça fait vraiment beaucoup de mousse.

Dans le lit je me blottis contre lui parce que j'ai froid, et je colle mes pieds (froids bien sûr) sur ses mollets, comme toujours. Mais je sais qu'il aime ça, lui qui a toujours trop chaud.

 

Le dimanche matin, nous le rejoignons dans sa petite église, où il célèbre l'office de 9h. Nous avons encore le croissant que nous venons d'acheter dans la bouche. Nous écoutons son homélie, qu'il fait comme par hasard, ou spécialement à notre intention, sur un sujet dont nous avons longuement parlé la veille. Je suis contente d'être là.

Nous l'abandonnons de nouveau à ses missions pour nous balader.

J'ai froid, malgré le pull que j'ai emmené, et que je ne pensais même pas mettre. L'Ours me donne son grand sweet à capuche, et nous nous perdons dans les ruelles pavées. Même sous la pluie, nous sommes sous le charme de la ville.

ruelle dreamy

Finalement, nous finirons la matinée réfugiés sur les marches de la cathédrale, parce qu'il pleut, et que j'ai des courbatures dans les mollets à force de crapahuter. J'aurais du mal à marcher pendant presque une semaine. Nous discutons de nous, et de ce week end qui nous fait tant de bien, et que j'attendais avec impatience. C'est qu'on en avait besoin de ce retrouver après toutes ces thèses. Nous parlons de ce qui nous rapproche, et de nos différences aussi, de comment les concilier.

Nous arrivons en avance au grand restaurant, pour nous abriter de la pluie. J'en profite pour regarder le menu, moi qui mets toujours 3h à choisir. Quand le Père nous rejoint, l'Ours l'encourage à prendre ce qu'il veut, puisque c'est lui qui invite. Avec ma carte. Nous prenons donc les menus les plus chers, et si j'ai eu mal à la carte bleue, je n'ai pas regretté le repas.

Malgré les deux bouteilles de vins descendues à table, nous continuons nos discussions, en essayant de nous concentrer sur la vraie raison de notre venue ce coup ci. Nous parlons de Tétarde, il nous parle du plus gros sacrifice qu'il ait eu à faire selon lui : renoncer à avoir des enfants.

 

Nous devons rentrer, mais déjà nous avons envie de revenir. Il a envie de rencontrer Tétarde, et de venir à notre mariage. Je sais qu'il ne pourra pas, mais l'intention y est, et ça me touche.

 

Il pleut à torrent sur le route du retour, et j'ai l'estomac encore plein du repas du midi, mais nous avons le sourire aux lèvres.

Nous sommes prêts.