En tant que remplaçante, une des principales difficultés, et donc une des choses qui me pèsent le plus, c'est d'avoir difficilement des nouvelles des patients que j'ai vu.

Que ce soit pour savoir si le diagnostic que j'avais posé était le bon, ce que le spécialiste auprès duquel j'avais envoyé mon patient avait trouvé, si mon traitement avait marché... mais aussi les conneries que j'ai pu faire.

Nous apprenons énormément de nos erreurs, même si c'est jamais très agréable. D'autres de mes confrères en ont remarquablement parlé, l'erreur en médecine est un tabou qu'on nous apprend dès le début de nos études à nier, cacher, étouffer et quand bien même nous aimerions en parler, le peu d'oreilles prêtes à entendre nos épanchements nous oblige plus ou moins à les taire et à tenter de les oublier. Je pourrais largement m'étaler sur cette question, et ptet ben que je vais le faire, un jour.

Ainsi donc l'absence de retour sur ma pratique me gêne beaucoup. Oh absence est un grand mot, j'ai de temps en temps des nouvelles. Parfois je pense à noter le nom des patients, et je profite du remplacement suivant pour ouvrir le dossier et voir ce qu'il est devenu, lire les comptes rendus des spécialistes quand il y en a, ou simplement le contenu de la consultation qui a suivi.

Souvent, je ne trouve rien de concluant. De temps en temps un compte rendu d'hospitalisation me confirmant que j'ai bien fait d'envoyer ce patient à l'hôpital, ou au contraire que j'aurais dû m'abstenir. Parfois, et ça me fait grogner intérieurement, la consultation d'après indique « ne va pas mieux » ou « aucun effet du traitement » voire « c'est encore pire ». Bon je ne suis pas meilleure que les autres, même si je m'efforce de faire au mieux.

 

Je suis encore plus attentive aux remarques directes qui peuvent m'être faites par les patients ou par mes remplacés. Oui j'aime qu'on m'aime, j'avoue.

Bien sûr c'est biaisé. La plupart des patients qui n'ont pas été satisfaits de moi (guérison trop lente d'une rhinopharyngite fulgurante, non prescription d'un pshit-à-nez salvateur par exemple) soit s'arrangent pour ne pas me revoir, soit s'ils n'ont pas le choix, s'abstiennent de commentaires négatifs durant la consultation. Ceci dit, certains ne s'abstiennent pas, et malgré le côté désagréable de la chose, je les en remercie.

Quant à mes remplacés, je suppose que s'ils font de nouveau appel à moi, c'est qu'ils ont été satisfaits, à moins qu'ils ne soient vraiment désespérés et qu'ils ne trouvent personne d'autre.

Oh wait.

 

Bref la plupart des remarques que j'ai, quand j'en ai, sont plutôt positives (« Ah Docteur merci, le traitement que vous m'avez donné ça a été miraculeux ! » Ah oui de la cortisone sur une trachéite, j'eusse aimé qu'on me félicitât pour une prescription moins honteuse...) mais j'essaie de les prendre en ayant conscience du biais, et je suis plus attentive encore aux remarques négatives.

De choses que j'ai faites, pas faites, mal faites, ou même plus ou moins volontairement oublié de faire.

Oui je dois me battre contre un ennemi perpétuel : la flemme, la procrastination. La flemme d'appeler un patient à 20h parce que son INR est (juste-un-tout-petit-peu) trop haut et que comme il est sourd ça va me prendre 10 min pour lui expliquer qu'il faut baisser (juste-un-tout-petit-peu) ses doses d'anticoagulants, et qu'en plus la prochaine fois il va être trop bas, alors bon est-ce qu'il ne vaut pas mieux ne rien faire et attendre le prochain contrôle puisqu'il y a des chances que ça rentre dans l'ordre tout seul... Par exemple.

Ou se rassurer (ou se convaincre?) que ce patient au bilan si catastrophique est de toutes façons suivi toutes les semaines à l'hôpital pour ce problème, et qu'ils reçoivent forcément les résultats, donc ils vont bien s'en occuper hein. La patate chaude. Encore un inconvénient de la remplaçante : le remplacé le sait bien lui, si l'hôpital gère ou pas d'habitude. Moi je fouille le dossier, essaie de récupérer le numéro de téléphone noté une fois sur deux (selon les remplacés) pour finir par m'entendre dire au bout d'1/4h que « c'est gentil docteur mais c'est prévu avec l'hôpital, j'y vais demain pour ma transfusion ! » Bon valait mieux s'en assurer, mais je lutte continuellement contre la petite voix qui me dit de fermer les yeux, que quelqu'un s'en occupera bien.

 

 

Comme ELLE. Je m'étais bien dit en début de rempla qu'il faudrait que je vérifie comment elle allait dans la semaine. Mais ça pouvait attendre.

Et pis elle ne disait rien, ne se plaignait pas alors bon. Et puis une chose en chassant l'autre j'ai zappé. Elle n'a rien dit, personne dans son entourage pour prévenir.

Et puis, un des inconvénients d'une maison médicale : on se dit toujours que sur le tas, quelqu'un s'en occupera. La collaboratrice a zappé aussi.

 

Et c'est mon remplacé, en rentrant de vacances, qui a constaté les dégâts. Déshydratation majeure. Pronostic vital engagé. Je n'en menais pas large.

Il a fallu 2 jours de réhydratation prudente pour être sûr qu'elle s'en sortirait.

A priori sans trop de séquelles.

Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort il paraît. Enfin c'est ce que dis l'Ours. Pour elle je ne suis pas sûre que ça sera le cas.

 

Grosse remise en question de ma part. Certes je ne risque plus de passer à côté maintenant mais est-ce qu'il me refera confiance ? Est-ce qu'il partira en vacances tranquille, en sachant que j'en ai la responsabilité, comme de tous ses patients ?

 

Parce que quand même, la plante a failli mourir. A cause de moi.

la plante