La première fois que j'ai eu des contacts - indirects - avec l'haptonomie, cela ne m'a pas forcément... convaincue.


Bon ils étaient très indirects les contacts faut dire. En stage à la maternité de GrosseVille, je voyais passer, de loin, les femmes venant accoucher et ayant pour certaines suivi une préparation à la naissance en haptonomie.

Donc je les voyais de très loin, ces femmes, en tant qu'interne de médecine générale. Je n'avais ma place ni dans les accouchements physiologiques sans complication, chasse gardée des sage-femmes et de leurs étudiants ; ni dans la prise en charge des complications, qui relevaient du gynécologue et de l'interne spécialisé en gynécologie, logique.

(Si vous vous dîtes que vu comme ça, je ne servais pas à grand chose, et que je n'apprenais pas grand chose, vous n'êtes pas loin de la réalité. Enfin si, je l'ai déjà évoqué, j'étais faussecouchologue.)


Ces femmes suivies en haptonomie étaient quand même plus souvent casse-couilles que les autres avaient plus souvent un projet de naissance défini. Elles refusaient la péridurale ou la présence d'étudiants, faisaient les originales en souhaitant une autre position que la classique sur-le-dos-les-pattes-en-l'air, voire même avaient des lubies de hippies en voulant écouter telle ou telle musique durant le travail.

Autant vous dire que ces femmes-là, j'avais encore moins le droit de les voir que les autres ; moi qui ne demandais qu'à apprendre, ça ne me mettait déjà pas dans de bonnes dispositions. Ceci d'un point de vue tout à fait égoïste que je reconnaissais totalement, puisque dans le fond, bien que n'étant jamais passée par là, je comprenais quand même un peu leurs demandes.

Mais les retours des sage-femmes ou de ma collègue gynécologue n'étaient pas forcément aussi bons, notamment lorsque l'accouchement ne se déroulaient pas comme prévu. Un accouchement compliqué, ou celui où une intervention avait été nécessaire, semblait d'autant plus mal vécu que la femme avait eu une préparation haptonomique.

Je me souviens notamment d'une femme qui n'arrivait pas à digérer son accouchement, où une ventouse avait été nécessaire, pratiquée par ma co-interne. Intervention de la psychologue, conflits avec les sage-femmes, demande de dossier... Ma collègue, qui même dans l'urgence, est quand même du genre à rester calme, polie, à se présenter et expliquer chaque geste qu'elle est amenée à faire ; en avait été secouée.

 

Pour moi qui n'y connaissais rien, il n'y avait qu'un pas à franchir pour penser que l'haptonomie rendait les femmes particulièrement chieuses.

Ou qu'en tous cas les sage-femmes responsables de l'haptonomie à la maternité embrigadaient les parturientes dans une secte de bisounours où l'accouchement était idéalisé, la péridurale diabolisée, et la moindre complication non envisagée.

 

Avec un peu de recul, j'ai envisagé que le biais viennent plutôt du recrutement. Les femmes ayant déjà vécu des accouchements difficiles, des grossesses à risque, très médicalisées ; ou les femmes souhaitant tout simplement une grossesse et un accouchement le plus physiologique et le moins médicalisé possible; auraient peut être plus tendance à se tourner vers ce type d'accompagnement, qui a pour but de favoriser le développement de liens affectifs et de communication entre les parents et l'enfant. (pour plus de précision sur l'haptonomie... ne me demandez pas.) Bref des femmes qui étaient déjà chieuses qui avaient des attentes assez précises qui s'écartaient du protocole classique de la maternité, et ce AVANT de débuter l'haptonomie.

 

Toujours est-il que lorsque j'ai envisagé une préparation à la naissance lors de ma première grossesse je me suis tout naturellement... détournée de l'haptonomie, non pas que j'en rejette les principes, au contraire, mais je sentais que je m'y trouverais en décalage, surtout avec des sage-femmes avec qui je n'avais pas eu spécialement d'affinités. J'ai pris contact avec une sage-femme libérale qui m'a fait barboter dans une piscine, et c'était très bien.

 

Aussi lorsque je me suis posée la question d'une préparation à la naissance pour cette seconde grossesse - c'est à dire à l'arrache quand il était déjà un peu trop tard comme d'habitude - l'Ours a été le premier surpris que je lui parle d'haptonomie. Non pas que j'en éprouve absolument le besoin, je gardais de relativement bons souvenirs de ma 1ère grossesse et de mon accouchement, mais la curiosité et l'envie d'essayer autre chose et de mourir moins bête étaient là.

Considérant qu'il s'agissait là d'une énième lubie néo-bobo-écolo de ma part, l'Ours décida qu'il n'avait pas besoin de ça pour communiquer avec la Squatteuse, et que de toutes façons il ne serait pas là.

Ce dernier point l'a emporté, car il est vrai que vu son emploi du temps anarchique, malgré toute la bonne volonté du monde, ça aurait été difficile.
En y allant seule, on perdait tout de même en grande partie l'interêt de la chose. J'en suis donc restée à ma préparation en piscine qui m'avait apporté toute satisfaction une première fois.

 

Ce qui ne nous empêche pas tous les deux, et même tous les trois, de passer de bons moments à tisser des liens et à communiquer avec la squatteuse. A notre façon.

Dernièrement, l'Ours s'approche d'une partie charnue de mon anatomie qu'il affectionne particulièrement, collant sa bouche au plus près.

"Squatteuse, je suis ton père."

Devant mon air désespéré, il prend un air innoncent.

"Ben quoi, je fais de l'haptonomie ! Je ccommunique avec ma fille !"

L'Ours, l'inventeur de l'haptonomie par les fesses.