Préviously, on rétro

 

Le concours/sésame obtenu, la jeune Docmam que j'étais a enfin eu le droit de voir ses premiers patients. Avant d'attaquer une année de soirées débauche cours théoriques, nous devions faire un staaaaage. Un stage d'initiation aux soins infirmiers. Dans un hôpital et ouaaais.

Si habituellement ces stages se font en CHU, les promos de néo P2 commençaient déjà à devenir trop importantes pour les capacités de formation. Pour la première année, nous fûmes donc quelques uns à être envoyés faire notre stage en hôpital périphérique, près de notre domicile familial. Ça tombait bien, l'hôpital local de TrouVille est juste à côté de chez mes parents, et je venais d'y travailler pour l'été.

Oui mais voilà, l'hôpital de TrouVille n'était probablement pas assez performant pour me faire découvrir les soins infirmiers, je fus donc envoyée à l'hôpital de GrosseVille. A 25km de chez moi. Avec des horaires infirmiers. Et des parents qui bossent tous les deux.  Alors que je n'avais pas encore 18 ans quand j'ai passé mon concours.

Tu la sens venir l’embûche ?

 

COMMENT JE VAIS EN STAGE MOI ?

 

Heureusement pour tout le monde, mon 18ème anniversaire est survenu entre le passage du concours et le début de mon stage. Le passage de mon permis est donc programmé juste après ma majorité, la chance et la législation encore assez souple de l'époque me donne le droit de piquer la voiture de Mère pour aller découvrir la vraie médecine la vraie vie.

 

Cette première étape franchie, je contacte la cadre infirmière pour connaître les modalités et les horaires de stage. Et pour les blouses je fais comment ?

"- Et ben les blouses, l'école vous les fournit voyons.

- heu... la fac nous a jamais rien fourni non...

- ben d'habitude l'école fournit les blouses ! (sachant qu'ils n'avaient jamais accueilli d'étudiants en médecine, la force de l'habitude avait ses limites)

Et ben écoutez je ne sais pas moi, voyez avec la lingerie !"

Le dilemne de la fille qui était étudiante en médecine mais pas interne et qui faisait des soins infirmiers sans être infirmière ne rentrait dans aucun protocole de l'hôpital, mais hors protocole, j'ai réussi à obtenir 2 ensembles blouse + pantalon.

Le premier jour j'arrivais donc en avance, pour récupérer mes tenues et repérer les lieux.

"Bonjour, je suis étudiante en médecine et je commence mon stage aujourd'hui

- ah vous êtes la nouvelle interne ?

- heu... non pas du tout, je suis étudiante en deuxième année... je voulais savoir où je pouvais me changer..."

Silence. Regards étonnés.

 "Et ben vous avez pas un casier pour les étudiants au vestiaire ?

- et bien peut-être, mais je ne sais pas où est le vestiaire, je veux bien que vous me montriez ou que vous m'expliquiez où c'est.

- heu..."

 Perplexité. Concialiabule.

"Nan ben écoute, tu vas te changer dans la réserve, au fond du couloir ça sera plus simple. Bon des fois y'a Georges aussi, comme c'est le seul homme, il se change ici aussi, mais vous ne devriez pas vous croiser."

Après m'être changée entre deux matelas anti escarres, derrière une porte qui ne ferme pas, nous avons tenté d'apprendre à nous connaître. Je ne suis pas sûre qu'en 3 semaines on y soit arrivé. Alors qu'elles s'étonnaient de mon absence totale de connaissance en quoi que ce soit, je regardais avec étonnement leurs protocoles rigoureux (D = a envie de faire caca, A = je lui ai donné le bassin, R = a fait caca) ainsi que les objectifs de stage manuscrits et affichés en salle de soin de ma collègue étudiante infirmière (EIDE comme on dit)

Il a finalement été décidé de me traiter comme ma collègue EIDE, même si à leur grand désespoir je n'avais aucun bagage théorique sur la réalisation d'une sous-cutanée, ni rédigé d'objectifs de stage (qui se seraient résumés à "objectifs : apprendre tout ce qu'on veut bien m'apprendre")

La nouveauté que j'étais, ainsi que le faible nombre d'étudiants en médecine dans le service (genre UN) m'ont au final permis d'apprendre et découvrir beaucoup plus que bon nombre de mes collègues se marchant dessus dans l'indifférence générale du CHU.

Après quelques jours à réviser toilettes et lits au carrés avec les aides-soignantes, je leur ai fait comprendre que je n'avais que 3 semaines sur toute ma carrière pour apprendre le plus possible de gestes et de soins infirmiers. Prise de tension, sous-cutanées, prises de sang, pose de perfusions intra-veineuses, je m'essayais à tout. Mon statut de "étudiante-qu'on-sait-pas-trop-quoi-en-faire" me laissait une certaine liberté pour vadrouiller lorsque mes tâches étaient terminées, me voilà donc greffée au médecin lors de sa visite, ou à observer une coronarographie et lancer ma grande carrière de tombeuse-dans-les-pommes.

J'ai aussi découvert ce que j'allais devenir plus tard : un interne. Je le croisais assez peu, mais il a débarqué un jour dans la salle de repos, au moment de la sacro-sainte pause-petit-déjeuner.

"Qui veut aller faire des gaz du sang avec moi ?"

Ma collègue EIDE refusa poliment, n'ayant pas encore étudié ce chapitre en théorie lors de ses cours.

Je bredouillais que je n'avais moi non plus jamais étudié ça. Il éclata de rire "nan mais toi, tu n'apprendras jamais rien en cours. Tout ce que tu vas apprendre, tu vas l'apprendre sur le tas, alors viens"

 

Au final, ce stage d'initiation aux soins infirmiers m'a initiée à bien plus que ça. J'ai eu un avant goût de mon futur rôle d'externe : le truc en trop, qui gêne et dont on ne sait pas quoi faire, et qui apprendra sur le tas... s'il est motivé.