Je me souviens de mon arrivée. Seule, parce que le reste de l'équipe était déjà sur place. On a utilisé au maximum les 30 kg de bagages qui m'étaient impartis, je trimbale un peu de matériel et des médicaments qu'on doit donner. Ça m'a posé quelques problèmes aux douanes, mais j'étais plus inquiète pour le saucisson caché au fond de mon sac.

Je me suis trimballé mes 30 kg toute seule dans le bus, puis dans le TGV, puis dans le RER, et l'autre RER, et l'aéroport. Évidemment ça devait arriver, je me suis cassé la figure dans le métro. J'ai glissé entre le quai et la rame, entraînée par mes 30 kg. J'ai pas trop compris, le biiip a retenti, des mains nous ont agrippés moi et mes sacs et traînés à l'intérieur de la rame.

Ce n'est qu'en essuyant mes larmes assise par terre au milieu des gens que j'ai réalisé que ça aurait pu être beaucoup plus grave qu'un pantalon déchiré et une cheville en vrac.

 

Pour le coup, ma cheville, bien que strappée à l'arrache, ne m'aide pas à porter mes bagages.

Mon avion a eu du retard, je ne sais même plus pourquoi. Sauf qu'à l'arrivée, ici, ils ont pas su dire combien de retard, plusieurs heures seulement. Je suppose que mes collègues sont venus, puis repartis. Je n'ai aucun moyen de les joindre, alors je prend mes bagages, et je m'assoie sur les marches à la sortie de l'aéroport.

Je chasse inlassablement les taxis qui insistent les uns après les autres pour m'emmener. Comme je ne sais même pas où je dois aller, c'est facile de refuser.

Je reste assise et j'attends. Je ne m'inquiète même pas, ça n'aurait servi à rien. De toutes façons, je n'ai pas trop le choix, je suis dans une ville inconnue d'un pays inconnu avec une cheville comme un ballon et 30kg de bagages, je ne vais pas aller bien loin, le meilleure chose à faire, c'est de rester là.

 

 

Arrivée à la capitale en charter. Ici le scooter est le moyen de transport national, il ne semble pas y avoir de code de la route, le slalom est un sport à maîtriser.

Cheapstamatic-541b3d1885b11

Les plus riches maisons ont un toit, les autres se contentent de tôle ondulée. Les petites boutiques se succèdent, se payant parfois le luxe d'une enseigne en bois. La clop ou la portion de vache qui rit s'achète à l'unité, l'eau en petite poche de plastique.

Les gosses grouillent partout, ils semblent ne pas avoir de famille. Les mères les allaitent par terre sur le palier, à côté des canaux qui semblent servir de réseau d'égout précaire.

La poussière c'est le quotidien, tout est fait de terre battue, il va falloir s'y faire, ce pays c'est Roland Garros.

Cheapstamatic-541b4407add82