On nous charge nous et les sacs sur des mobylettes et on nous emmène jusqu'à la villa. C'est le grand luxe : sol carrelé, 1 WC, 1 salle de bain, 3 chambres, quelques meubles. La pâte à tartiner et le saucisson que j'ai ramenés sont fortement appréciés. L'eau de boisson fonctionne selon un système de bouteilles numérotées et notées selon l'heure à laquelle elles ont été mises à purifier. Dans le groupe, personne ne porte de montre. On s'en sert pour purifier les bouteilles d'eau principalement.

Il est plus simple encore de boire de la bière locale.

Le premier palu est arrivé.

Nous sommes obligés de repasser nos vêtements, au cas où des mouches aient pondu dedans pendant qu'ils séchaient. Le soir c'est également Savarine, vêtements longs, spray qui-pue sur la peau, moustiquaire la nuit.

 

Cette panique que nous avons eu du linge pendu en plein air m'a suffisament traumatisé pour que je fasse quelques années plus tard immédiatement le brillant diagnostic de ver de Cayor chez un patient à la fois époustouflé (par mon savoir) et répugné (par son hôte).

 

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Nous trouvons avec difficulté l'hôtel. Nous avons réservé 6 chambres pour 16. Pour des raisons d'économie, nous n'en avons pris que 2 avec WC. Le délabrement de l'hôtel donne tout son charme à l'équipée. C'est l'aventure. On n'est pas venu là pour aller dans un 4 étoiles. On est heureux de vivre à la dure. Le petit hôtel fait aussi « dancing populaire ». Nous nous prenons donc les décibels en direct mais cela ajoute encore plus de charme à notre échappée.

 

Il est évident qu'il faut avoir 20 ans et une vie ordinaire plutôt confortable pour trouver que dormir à 3 par lit avec des cafards, sans chiottes alors qu'une personne sur 2 à la chiasse, avec Sean Paul à fond dans les oreilles toute la nuit, a du charme.

Il y a des musiques qui nous rappellent inmanquablement des moments ou des endroits. Réentendre Sean Paul me renvoit forcément au "dancing club de l'Amitié", où il était on ne peut plus populaire. Le coupé-décalé, encore quasi inconnu en France, était omniprésent là bas.

Les play-lists, pas du tout redondantes, ressemblaient donc un peu à ça : coupé-décalé / Sean Paul / coupé-décalé / Sean Paul /... ce qui, vous imaginez bien, ne nous donnait pas DU TOUT envie de nous frapper la tête contre les murs.

Ce qu'on aurait fait si on avait osé toucher les murs bien sûr.

 

Nouvel hôtel, conseillé par un autre groupe de blancs. Nous arrivons à avoir 6 chambres pour 14. Elles ont l'air d'être un peu plus salubres, si ce n'est les sanitaires, où nous avons déjà rencontré quelques cafards. En même temps, après avoir vécu plusieurs nuits avec notre pote le cafard dans le précédent hôtel, nous sommes blasés. Par contre la propreté des matelas et des draps est douteuse. L'un d'entre nous s'est allongé 5 minutes et est ressorti plein de plaques. Les puces sûrement.

 

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Ici la présence des insectes est à la limite du supportable. Les douches-trous ou WC-trous, pleins de cafards, et à la tombée de la nuit, des nuées d'éphémères et autres papillons divers qui nous tombent dessus, foncent dans les cheveux, sans répit. La découverte d'énormes grillons ou apparentés de 5 ou 6 cm de long ne nous a pas plus rassuré.

 

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Tel Robinson Crusoé, nous avons tué le coq et nous l'avons dégusté. Peu de viande, mais très bonne, et la sensation d'avoir vécu quelque chose d'exceptionnel, d'avoir dû tuer un coq de nos propres mains pour pouvoir survivre...

 

Heureusement qu'il y a écrit "sensation". Imaginez si on était vraiment mort de faim de ne pas avoir réussi. Ephrem - le coq - me demandez pas pourquoi - était un cadeau du chef du village, en remerciement de nos actions là bas. Il faut bien se rendre compte de la valeur du cadeau pour eux, même si nous, nous nous sommes regardé d'un air bien embarrassé une fois la bestiole dans nos bras. Une fois rentré chez nous, Ephrem a donc élu domicile avec nous dans la maison. On n'était plus à ça prêt. Et comme on était réveillé à 5h du matin par la chaleur/la lumière/les douleurs/les ronflements des autres, un petit chant de coq à 50 cm de l'oreille ne faisait qu'ajouter un peu de folklore.

Mais le départ approchant, il a bien fallu se résoudre à se séparer d'Ephrem, et ce de la meilleure façon possible : par voie orale. Pour ce grand jour, nos plus proches amis locaux étaient là. Pour nous aider en cuisine, et pour leur faire profiter du festin. Mais surtout pour nous aider en fait. Quand l'heure fut venue de passer à l'action, la plupart des filles se détournèrent avec une moue dégoûtée, les mecs ont fait les cakes mais n'avait pas la moindre idée de la façon de faire, et moi, guère plus qu'eux. Auguste, 15 ans, nous a regardé d'un air affligé, et armé d'une vieille lame rouillée, s'est attaqué à la chose. Cela aurait pu être fait proprement si la lame avait eu encore un peu de tranchant, mais là, en l'occurence, il fallait avoir le coeur bien accroché, c'était une véritable boucherie.

L'un d'entre nous a donc tenu la bête, pendant qu'Auguste y mettait tout son coeur. La tête a fini par être plutôt arrachée que coupée. Et oui, le coq a continué de courir un moment sans sa tête.

Ayant bien compris notre haut niveau de débrouillardise, Auguste s'est également chargé de le plumer et le vider, avant que nous nous chargions de le mettre nous même dans la casserole parce que quand même, il était notre invité.

Dans les faits, je crois que c'était de la carne, et qu'il n'avait rien sur les os. Mais comme ça faisait un mois et demi qu'on ne mangeait que de la semoule, il avait des saveurs de restaurant gastronomique.

 

 

 

Toi aussi plonge toi dans l'ambiance (à écouter minimum 6 fois en boucle pour un meilleur rendu)

 

On a vécu dans des conditions plutôt précaires, certes avant tout pour des raisons économiques, mais on était content. On avait l'impression de découvrir la vraie vie là bas, alors qu'on restait loin de ce que pouvait être la vie quotidienne de ces personnes. Hors de question d'aller au fin fond de la brousse si c'était pour avoir des conditions de vie confortable, fallait quand même qu'on puisse raconter nos aventures en rentrant. Dans un sens, ça faisait partie de du jeu.

 

 

 

[La rédaction de ce billet a entraîné d'intenses séances de remuage de popotin avec Tétarde au milieu du salon]