Ce matin nous sommes allés dans le village où nous finissons de faire construire une école. Le directeur nous y emmène en mob. 47Km de piste, nos fesses s'en souviennent.

Il y a quelques années, il a été muté, à contre cœur, dans le village. Là il se rend compte que la seule chose que l'Etat a envoyé dans ce village, c'est lui. Aucune subvention, rien. Il décide alors que la première chose à faire, c'est d'avoir une vraie école, et non pas un bâtiment précaire avec un toit en paille qu'il faut reconstruire tous les ans.

Cheapstamatic-541dff49ae109

 

 

Il tape à toutes les portes pour construire son école, jusqu'à ce qu'il tombe sur nous. Cette année nous finissons de construire la dernière salle de classe.

Dans les villages les enfants sont encore plus timides. Les plus petits pleurent, les moyens fuient, les grands nous observent sans rien dire, même quand nous leur parlons.

Pour une année, un enfant doit payer 10 francs pour aller à l'école, sans compter les fournitures. C'est trop pour la plupart des enfants, surtout l'année dernière où il y a eu la sécheresse, et pas à manger. Nous finançons donc la construction, l'achat de matériel, et l'apport de fournitures scolaires dans la mesure du possible. Nous avons jumelé l'école avec une école française qui participe également.

 

Cheapstamatic-541dfed6e88de

Il nous montre une concession, l'arbre à palabre. Je demande s'il y a une structure de santé dans le village. Non il n'y en a pas, le dispensaire le plus proche est à 3 km. Ce n'est pas très loin, et quelqu'un du village est plus ou moins formé pour les premiers secours. Le village est donc bien desservi par rapport à la moyenne.

 

- - -

 

Nous allons passé la journée au village avec une asso locale. Tout le monde, soit une trentaine de personnes, entassé à l'arrière d'un camion avec tout le matériel, sur les pistes cahotantes. Durant les deux dernières semaines ils ont répété 2 petites pièces de théâtre de sensibilisation contre l'excision et le SIDA.

 

Cela me rappelle une discussion surprise entre quelques collègues et nos amis locaux, lors d'une soirée un peu arrosée...

« Quoi ? Tu fais pas le cuni ? Y'a pas que ta b***, faut penser au clitoris aussi !

- ah oui, mais elles n'ont plus ça ici. »

Ah. Oui. Hum.

 

 

Lors des pièces de théâtre j'observais les réactions du public avec attention. Les femmes ont rit et applaudit à la pièce contre l'excision. L'instituteur était ravi de leur réaction. Il nous explique que c'est toujours la coutume ici, et également que les fillettes sont promises vers l'âge de 6-7 ans. Il nous dit fièrement qu'il a fait en sorte qu'aucune fille de son école ne soit promise.

La pièce sur le SIDA a fait beaucoup rire. Trop rire ? Fallait-il traiter le sujet avec plus de sérieux ? Je ne sais pas, sachant que le public visé était plus ou moins absent. La population du village semble composée de vieux et d'enfants. Nous interrogeons l'instituteur. Où sont les jeunes de notre âge ?

 

Dans le pays voisin, à quarante kilomètres, ils partent 1 an ou 2 pour travailler et gagner un peu d'argent pour pouvoir rentrer, acheter un vélo et se marier, au village. Parfois ils ne rentrent pas. C'est la guerre là-bas.

 

Nous nous interrogeons sur le sens de la vie de ces gens. Se lever, cultiver pour pouvoir manger, se coucher. Faire des enfants. La plupart ne sortiront jamais de leur village, pas d'amour, pas d'envie.

 

(Erf je m'interroge régulièrement sur le sens de ma propre vie aussi. Et je me pose probablement beaucoup plus de questions existentielles à la con qu'eux, en fait. Et probablement que leur vie a beaucoup plus de sens que a nôtre pour beaucoup d'entre nous.)

 

Nous sommes vraiment immergés au plus profond de la culture africaine ; les pièces se jouent sous l'arbre à palabre ; en fond les femmes en boubou pilent le mil, petite musique régulière à 2, 3 ou 4 temps, les bébés dans le dos.

Cheapstamatic-541dffca82657

 

Quelques vieillards osent s'approcher et nous touchent les cheveux en rigolant. Ils ne voulaient pas croire que c'était des vrais.

Nous passons la nuit là bas. Sensation unique et indescriptible d'être dans un autre monde, observer le ciel africain, où tout paraît beaucoup plus proche, soleil, lune ou étoile, à des dizaines de kilomètres de toute source d'électricité ou d'eau potable.

 

L’événement doit être exceptionnel pour le village. Une animation, des blancs qui viennent, un dancing le soir. Les gosses dansent. Nous arrivons pour danser à notre tour, un cercle se forment immédiatement autour de nous pour nous laisser danser. Nous sommes gênés mais rien n'y fait, notre public ne se mêlera pas à nous et restera statique.

 

Le village semble vraiment heureux de notre venue et nous remercie, surtout pour la construction de leur école. Même le chef du village, dont le visage ne trahit aucune émotion, tient à nous offrir un coq et des œufs.

 

Les femmes font une danse pour notre départ, nous sommes vraiment touchés.