Toujours les mêmes paysages dans les rues, des enfants qui saluent ou viennent toucher nos mains. Ils n'ont souvent qu'une chemise, un vieux T shirt, des vieilles robes démodées pour les filles. Les cheveux des filles sont toujours bien coiffés, des tresses, des torsades.

 

Il y a des animaux plein les rues. Des chèvres, des poules, de temps en temps une vache attachée à un arbre, ou un âne. L'âne est le second moyen de transport national. On peut voir des gamins juchés sur des charrettes.

 

charrette

 

Un ami m'a dit « Alors ça te surprend ? C'est pas comme tu l'imaginais ? »

Au contraire, ça me surprend, ça m'étonne, ça me choque parfois, parce que c'est justement comme je l'imaginais. C'est les petits villages pauvres, c'est la ville dont les rues ne sont pas goudronnées, à part une ou deux. D'ailleurs, on habite « vers le goudron » ou « à gauche après le goudron »... c'est les femmes en boubou, avec les gamins dormant dans le dos, et leurs paniers sur la tête.

Le marché couvert, ou plutôt fermé, est constitué d'une succession de petites boutiques en dur : du tissu, des chaussures, tout en fait, on peut y trouver des médicaments même.

medic marché

 

 

Le marché des femmes, un peu plus loin, est l'endroit où l'on achète la nourriture. Chacune a sa petite parcelle avec son gamin, ses quelques fruits et les mouches qui vont avec.

Au fur et à mesure on apprend le marchandage, tout se négocie. Nous avons nos marchands habituels : ils nous font des prix, des petits cadeaux. En échange on s'engage à revenir. On peut trouver de tout sur le marché, même du tissu et des tailleurs. Un pantalon sur mesure nous revient à 3€.

 

Les gosses nous accompagnent, nous tiennent la main parfois, tout simplement fiers de marcher à côté de nous. Ils veulent nous toucher, on a l'impression de les bénir.

La ville est grouillante, des femmes au panier, des enfants, des mob partout.

 

Le maire est en train de goudronner les grands axes de la ville, mais la circulation n'est pas bloquée, ce qui ajoute au bordel ambiant.

 

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 On peut observer le ciel pour une fois. Les étoiles ne brillent pas très fort mais le ciel est beau. On se sent bien sous ce clair de lune.

 

La nuit, la ville devient une autre. Le brouhaha du jour s'efface petit à petit, laissant tout de même une trace dans la nuit. Quelques rires rappellent que des gens habitent toujours là, sinon la ville est plongée dans le noir. Un sentiment de tranquillité nous enveloppe, alors que la terre rouge rend toute la chaleur emmagasinée dans la journée. Les seules lumières sont celles des mob et des petits restos locaux. Il faut apprendre à se déplacer dans la pénombre.

 

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Le soir, le ciel nous a refait un beau spectacle. L'orage éclatait, à des dizaines de kilomètres, peut-être plus, mais sans bruit. Réunis sur le toit de la maison, bières à la main, nous regardions le ciel qui se fâchait en silence, mais en puissance. Les éclairs, invisibles derrières les nuages, éclairaient pourtant tout le ciel, nous laissant apercevoir furtivement les formes mouvantes des nuages. Feu d'artifice à l'horizon. Jeu d'ombre et de lumière, jeu de formes, ombres chinoises. Et au dessus de nous, les étoiles...

 

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 Nous sommes le 13 juillet. En France les gens font la fête en bas de chez moi et s'émerveillent devant le feu d'artifice. Environ 5000km plus au sud, une dizaine de blancs kiputés, en habits sales, regardent la pluie tomber en buvant des bières et en jouant aux cartes.

 

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Nous sommes dans une des plus grosses villes du pays, mais avec ses 2 malheureuses routes goudronnées elle garde une ambiance campagnarde. Les gens ne sont pas stressés, un « petit » marché local, et dès que l'on rentre dans la cour d'une petite maison, on se retrouve complètement isolé du reste de la ville, au calme, au milieu des poules.

En même temps, on est au milieu des poules dans la rue aussi.

 

J'aime la vie ici, malgré la chaleur. La région n'est pas touristique, n'offre pas les plus beaux paysages du pays ni le meilleur climat ; mais ici la vie est simple, on se sent chez nous, les gens nous sourient et nous saluent, simplement parce qu'ils sont heureux de nous voir chez eux et non pour essayer de nous vendre quelque chose à tout prix.

 

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Ce soir cinéma. Nous eumes droit à des bancs en ferraille avec dossier. Devant nous, des places moins chères, bancs en pierre, sans dossier. Derrière nous des places plus chères, chaises en fer individuelles avec dossiers et accoudoirs... en face de nous, pas d'écran. Un mur blanc.

Au dessus de nous, pas de toit, le ciel, toujours ce beau ciel.

Une bobine usée, qui a dû faire toutes les salles d'Europe avant de finir sa vie ici. Un son d'une qualité incroyablement mauvaise, mais un très bon moment.

 

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Pour le départ des premiers, nous organisons une soirée crêpes grâce aux œufs offerts par le chef du village, un peu de rhum déniché au maquis et c'est une vraie soirée de fête qui s'organise.