La douche est un moment attendu toute la journée. Tellement attendue qu'on la repousse toujours et toujours, redoutant le moment où ça sera déjà fini.

Deuxième jour et les séances d'application de qui-pue sont déjà une torture, le produit brûle la peau.

On prend petit à petit le rythme de ce pays rouge où rien n'est pressé, rien n'est rapide.

 

Pas un souffle d'air ce soir. Nous faisons le moins de mouvements possible pour ne pas augmenter la chaleur environnante. Une chaleur moite, qui nous suit partout, impossible à fuir.

Le soir est le seul moment où la température descend un peu. Pourtant, impossible d'en profiter, vêtements longs obligés.

On s'habitue petit à petit à la couche de substances que l'on a en permanence sur la peau. Cela varie dans la journée :

  • forfait jour : transpiration + poussière + vernis + crème solaire

  • forfait nuit : transpiration + poussière + vernis + qui-pue

 

On apprend à être sale. L'eau est chère, on ne prend qu'une douche par jour. Le reste du temps on se rafraîchit ou on se nettoie à l'aide de lingettes pour bébé. C'est une option aux forfaits.

Le vernis est en série pour tout le monde, on essaie de temps en temps de l'enlever avec du pétrole, mais il en reste toujours un petit peu, surtout sur les pieds.

Et pour enlever le pétrole, on utilise de la lessive.

On croît avoir bronzé, en fait on est juste sale.

 

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Nous sommes à l'aise maintenant dans ce pays avec sa chaleur et sa poussière rouge. Nos habits, tout comme nous, ont pris la couleur locale, une teinte rougeâtre. Nous sommes aussi couleur locale, je m'aperçois avec bonheur que sous la couche de crasse un joli bronzage a fait son apparition [il en faut peu pour être heureux hein] ce qui fait dire à nos amis autochtones que je ne suis plus une vraie blanche.

 

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La saison des pluies approche, mais toujours aucune goutte d'eau depuis 3 semaines. La chaleur est omniprésente, on recherche le moindre souffle d'air. Cet après midi, alerte. Le vent se lève, les nuages approchent. Comme avant chaque pluie, tempête de poussière, de sable. Les gens se calfeutrent chez eux, rangent leurs étalages, ferment les fenêtres si c'est possible. On savoure déjà le moment, le vent, la température qui baisse. On attend toujours le don du ciel, on le scrute. La tension monte. Quad arrivera-t-elle ? Enfin la délivrance, la pluie.

Elle est arrivée et repartie aussitôt. Fausse joie, le sol est toujours aussi sec. L'orage est là mais pas la pluie.

 

Elle est arrivée, tard, et très légère. Le matraquage sur sur la tôle de la maison donnait l'impression d'une vraie tempête, comme si la nature se déchainait après avoir été trop longtemps retenue. Pour le vent c'était vrai. La pluie n'a fait qu'illusion, le sol était toujours aussi sec.

Au moins le bruit m'a aidé à m'endormir.

 

 

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Enfin hier soir la tempête a éclaté sans prévenir. Un peu de vent et le ciel a éclaté. On aurait vraiment dit qu'il s'ouvrait pour déverser toute l'eau emmagasinée pendant des mois. Le tonnerre explosait, la pluie sur le toit de l'hôtel nous assourdissait. On se demandait presque si l'hôtel allait tenir.

J'aurais aimé être sur le marché pour pouvoir regarder la tête des gens, se précipitant pour ranger leurs affaires, mais tellement heureux de l'arrivée des pluies, c'est la vie ici.

 

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La température est descendue pendant la nuit. Peut être même jusqu'à 20°, nous sommes en plein hivernage après. Nous restons en T-shirt, en savourant le plaisir d'avoir froid, et de pouvoir enfin sortir le pull que nous avions amené « au cas où ». Notre ami Auguste arrive, il grelotte.

 

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Les douches en plein air sont un moment inoubliable. Il faut d'abord puiser l'eau au puits pour remplir les seaux. Ensuite nous nous « isolons » dans les petits cabines en brique, à ciel ouvert. Il n'y a pas de trou, juste un petit écoulement à travers le mur. Nous versons l'eau avec une petite tasse, en nous parlant par dessus le mur, sous le soleil. Une tête apparaît de l'autre côté du mur : quelqu'un est aux toilettes. Ca va ? Ouais ouais et vous, bonne douche ?

Nous nous lavons en regardant le coucher de soleil sur le paysage, les gens dans les champs, le petit village.

 

 

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