Quand je repense à ma grand mère, c'est un fouilli de souvenirs qui remontent.

Son accent espagnol et cette chanson à base de gato qui mange des sardinas qu'elle nous chantonnait tout le temps.

La voir danser dans la cuisine sur Ricky Martin en faisant un pas en avant et un pas en arrière parce que nous on ne comprenait pas, mais c'est ce qu'il lui disait de faire, à Maria.

Les énormes tablées familiales avec des cousins grouillant de partout et ses platrées de paëlla.

La caisse aux jouets remplis de merdouilles qui nous semblaient des trésors.

Le vieux parquet sur lequel il fallait glisser avec les patins. En fait elle s'en fichait bien qu'on mette les patins, mais ça nous amusait.

Les horribles tapisseries au point de croix qui ornaient les différents murs de la maison.

Les lits à ressort sur lesquels on sautait pendant des heures en s'inventant mille et un jeux, persuadés que les adultes, en bas, n'entendaient pas nos bétises. En fait, ils les entendaient très bien -comment en aurait-il été autrement - mais ils savouraient le fait d'être tranquilles pendant ce temps.

Son petit jardin où il n'y avait pas grand chose à part des hortensias bleus mais où on allait voir et nourrir les lapins, ces lapins que mon grand père échangeait au bout d'un moment avec son voisin, pour ne pas avoir à tuer ceux qu'il avait élevés.

C'est aussi la boîte orange qu'elle sortait pour le café, toujours remplie de gaufrettes maison ou de rosquillos, rosquillos dont on n'a jamais réussi à trouver la recette, tout simplement parce qu'il n'y en avait pas, de recette.

rosquillos

rosquillos in progress

 

C'est aussi ce petit village niché dans la boucle du fleuve, entre les collines, avec ses maisons et ses paysages façonnés par les ardoises. Ce petit village si loin du pays où elle est née, où le temps semblait être allé moins vite, avec ses vieilles ardoisières, son école de fille et son école de garçon, et ses veillées funéraires à la maison.

 

 

Quand elle est décédée, à la difficile tâche de vider et nettoyer la petite maison aux ardoises s'est associé le plaisir de temps passé en famille à se rappeler les bons moments. Le partage des maigres biens n'a pas été trop difficile, l'héritage étant très modeste. La séparation avec le Christ ensanglanté en (points de) croix  ou avec la malle aux trésors merdouilles n'a pas posé plus de problèmes que ça. Cela n'a pas empêché le reste de la famille de sourire quand j'ai très officiellement demandé à récupérer dans le garage de vieilles caisses en bois de mon grand père. Des caisses en bois qui sont maintenant très en vogue dans les magasins de déco où elles sont vendues faussement vieilles, mais les miennes sont vraiment vieilles, et sont officiellement estampillées "explosifs de l'ardoisière" et ça leur donne toute leur valeur.

Ma seule autre demande concernait la boîte orange, que l'on consentit à me laisser pour héritage.

Depuis qu'elle est chez moi, elle a de nombreuses fois servie à ranger les différents petits gâteaux, chocolat et autres cochonneries qui font du bien.

 

Lors d'une stupide et inutile brouille familiale, il y a quelques années, c'est naturellement que j'ai amené une boîte remplie de sablés de Noël... dans la boîte orange.

boite orange

 

 

Et lorsque ce matin, mon oncle m'envoya une photo de boîte orange pleine de gaufrettes pour la nouvelle année, j'ai trouvé que c'étaient les meilleurs voeux du monde.

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Pas de billet en 2015 ici, pour plein de raisons plusse meilleures les unes que les autres. Et je n'en promets pas spécialement plus en 2016.

 

Je ne suis pas adepte des voeux de bonne année. Mais je vous souhaite à tous... une chouette boîte orange.